L’immense Donald Westlake (1933-2008) a publié de très nombreux romans noirs, maniant avec vigueur l’ironie voire le sarcasme. Outre sa série de polars efficaces et plutôt marrants consacrés au cambrioleur John Dortmunder, il s’est attaché régulièrement à dénoncer les travers de la société américaine. C’est le cas avec « Le couperet » (1997), dont Costa-Gavras avait fait une première adaptation, assez glaçante, en 2005, avec un excellent José Garcia. Le Coréen Park Chan-wook reprend la même trame, à savoir comment se débarrasser de candidats encombrants pour décrocher un poste dans une entreprise, dans un registre aux antipodes, furieusement sanglant.

Il est prêt à tout pour décrocher un bon job. Photo ARP Sélection
« Aucun autre choix » : c’est ainsi, et sans un mot de plus, que des Américains justifient un plan social dans une usine coréenne produisant du papier qu’ils viennent de racheter. Un des salariés, qui a sué sang et eau durant plus de 20 ans pour accéder à un poste de cadre, fait partie de la charrette. Socialement déclassé, financièrement aux abois, il va connaître le chômage, les petits boulots, le mépris de ceux qui l’entourent dans un pays entièrement tourné vers une vision productiviste de l’existence. Il le jette à la figure de ceux qui le virent : « En Corée, on nous avait dit : Travaillez dur, rejetez les syndicats et vous garderez votre boulot à vie. Pourquoi nous avez-vous menti ? » Pour retrouver son train de vie, sa belle maison, ses deux voitures ; assurer l’avenir de sa femme et de ses deux enfants, dont une fille, petit génie du violoncelle, il va prendre à son compte la maxime patronale en estimant que lui non plus n’a « aucun autre choix »…que de buter trois autres candidats quand une offre d’emploi intéressante se présente…
Suspense macabre et comédie noire
Avec une telle histoire, qui confronte l’amoralité d’un homme prêt à tout et celle d’un monde de l’entreprise sans foi ni loi, Park Chan-wook trouve un terrain de choix. Pour appuyer sa dénonciation de l’ultra-libéralisme, il fait feu de tout bois : passant du suspense macabre à la comédie noire, de la furie sanglante au mauvais esprit ricanant ; le tout dans une mise en scène virevoltante, multipliant les images chocs, les plans acrobatiques, les musiques balancées à puissance maximale. De quoi nous faire frémir et rire tour à tour tant le réalisateur pousse le bouchon très loin. On apprendra ainsi que la technique du bonsaï, ses coups de sécateur et ses liens serrés, peuvent avoir quelque utilité quand on cherche à « compacter » un corps pour mieux le faire disparaître. Parmi bien d’autres « recettes » qu’il n’est pas recommandé de reproduire pour se faire une place au soleil…
« Aucun autre choix », de Park Chan-wook, actuellement au cinéma.

