À Toulouse, l’art se vit autant dans les galeries que dans les rues, et certaines rencontres vous marquent plus que d’autres. Adeline, alias Aestcart est une artiste toulousaine dont le travail se nourrit de rencontres, de collaborations et de projets pluridisciplinaires. Étudiante en dernière année de master en design graphique, elle a su construire un parcours qui dépasse les cadres traditionnels de l’art : peinture, mode, vidéo, performances dans l’espace public… chaque médium devient pour elle un terrain d’expérimentation et un moyen de créer du lien. Très tôt, Adeline a compris que son art ne pouvait exister que dans l’échange et le partage. C’est cette volonté de connecter avec les autres qui l’a poussée à inviter des passants à peindre avec elle, à collaborer avec des artistes locaux ou à développer des projets comme “En une prise”, où musique, vidéo et peinture se rencontrent pour créer des œuvres collectives et spontanées. Aux côtés d’Adeline, Samuel Lahana joue un rôle clé. Manager et soutien dans l’ombre, il l’accompagne dans l’organisation et la structuration de ses projets, tout en respectant sa liberté créative. Samuel veille à ce qu’elle puisse se concentrer pleinement sur son art, tout en assurant les liens avec les collaborations, les opportunités et le public.
Leur duo illustre parfaitement cette idée que l’art peut se nourrir d’un équilibre entre instinct, intuition et cadre bienveillant : Adeline crée et Samuel l’accompagne pour que chaque projet trouve sa place et son impact. Parallèlement à ses performances artistiques, Adeline a fondé sa marque de vêtements upcyclés, Nébuleuse, qui traduit son univers en pièces uniques et responsables, mêlant esthétique, singularité et réflexion sur les pressions sociales contemporaines. Son parcours témoigne d’une démarche instinctive mais réfléchie : chaque projet, chaque collaboration et chaque création est pensé pour provoquer des émotions, surprendre et rassembler. À travers son travail, Adeline transforme chaque rencontre en une expérience artistique unique, faisant de Toulouse à la fois son terrain de jeu et sa galerie vivante, avec Samuel comme complice de cette aventure. Interview.

Quand la rue devient scène et que chaque rencontre inspire une toile ©Pixmyart
Adeline, peux-tu te présenter, expliquer ton parcours jusqu’ici, ainsi qu’expliquer tes projets actuels ?
Ce qui m’anime vraiment, c’est le mélange des médiums, la création de choses sous des formes auxquelles on ne s’attend pas, et surprendre autant le public que moi-même. J’ai toujours eu beaucoup de projets en parallèle, souvent très différents les uns des autres. En ce moment par exemple, je travaille sur une collection de tapis, réalisée en collaboration. L’idée de collaboration est centrale dans ma démarche artistique, j’adore travailler avec de nouvelles personnes, comprendre leurs univers, leurs identités, ce qu’elles veulent transmettre par l’art et par quels moyens. J’aime réussir à trouver un projet qui a du sens pour moi comme pour l’autre. Je vois l’art avant tout comme une source de partage et je fonctionne avec l’idée que 1 + 1 = 3. Que la rencontre crée toujours quelque chose de plus fort. Je développe aussi de plus en plus de projets dans l’espace public. J’aime peindre dehors, peindre des gens, et surtout provoquer cet effet de surprise. L’inattendu me passionne. Parmi mes autres projets, je prépare une collection de vases en impression 3D, en collaboration avec Julien, le patron du Flashback. J’ai également créé un projet intitulé “En une prise”, qui met en avant des artistes toulousains. L’idée est de mélanger les styles musicaux, d’intégrer des créateurs de vêtements, et de créer des vidéos où les disciplines se croisent. Là encore, la collaboration est au cœur du projet, et c’est ce qui fait, selon moi, que ça fonctionne. En parallèle, je suis actuellement en dernière année de master en design graphique. Mon mémoire et mon projet de recherche portent sur la notion de rencontre et sur la manière dont celle-ci lie les autres et dont la spontanéité peut façonner tout un parcours. C’est un travail très personnel, nourri de mes propres histoires et des personnes que j’ai croisées. C’est aussi une manière de remercier les gens, de montrer à quel point certains d’entre eux ont contribué à la personne que je suis aujourd’hui.
Sur Instagram et Tik Tok, on te découvre souvent avant de te connaître. On tombe sur une vidéo où on voit d’abord un passant, une toile, et ton visage arrive seulement après. Est-ce que tu as l’impression que les gens rencontrent d’abord Aestcart avant de rencontrer Adeline ?
Je n’ai pas vraiment l’impression qu’il y ait une différence entre Aestcart et Adeline. Pour moi, c’est la même personne. Je vis à travers mon art et mon art vit à travers moi. Que l’on rencontre Adeline ou Aestcart on rencontre quelqu’un de profondément sincère, avec la même sensibilité. Quand les gens me rencontrent en vrai, ils découvrent la “vraie” Adeline, mais avec l’impression de déjà un peu me connaître. C’est un peu comme si mon art racontait déjà une partie de mon histoire.

Offrir un morceau de son univers à ceux qui croisent sa route ©Aestcart
Samuel, quand tu observes son travail sur les réseaux, qu’est-ce qui, selon toi, accroche les gens en premier : la peinture, le concept, ou la personnalité d’Adeline ?
On peut dire les 3 ? Je pense que c’est un chemin inconscient pour celui qui regarde. Ce qui accroche, c’est un ensemble. Je crois qu’elle a trouvé une bonne recette. Mais les meilleures recettes sont celles qui nous procurent le plus de plaisir en les consommant. Les artistes doivent se démarquer. Et ce n’est pas un problème d’époque, c’est un problème d’artiste. L’art est aussi, en principe, fait pour que certains le voient ou le remarquent. Et aujourd’hui pour se démarquer nous avons effectivement les réseaux sociaux. Évidemment, ce qui accroche au début c’est sa présentation ; une fille qui va demander à des inconnus s’ils peuvent peindre chez elle. Et ça c’est déjà suffisant pour titiller l’imaginaire de celui qui regarde. Ça crée une belle accroche pour révéler ensuite tout le reste de son art / travail. Aujourd’hui, les réseaux sociaux regorgent de contenus “putaclic”. Ils pullulent de formats qui sont fabriqués uniquement pour nous faire aller jusqu’à la fin en maintenant notre attention, et offrent une fin très souvent décevante qui nous fait regretter la minute qu’on a perdu à regarder la vidéo. Je crois qu’elle est là, l’accroche réelle d’Adeline. Elle ne nous fait pas perdre notre temps, elle nous fait en profiter. Elle nous prend par la main et nous amène dans son univers. Elle nous fait repartir avec un souvenir. À travers ses vidéos et ce concept, elle crée un voyage, elle nous donne envie d’embarquer avec elle vers une destination qui nous manque une fois que nous somme rentrés. Je ne pense pas que ce soit pour sa personnalité que les gens regardent la vidéo, ce n’est pas la première chose qu’on capte et ce n’est pas ce qu’elle met le plus en avant. En revanche, c’est pour sa personnalité et son univers que les gens reviennent ou parlent d’elle. En bref, elle crée une émotion. Et une émotion suffisamment agréable pour qu’on en veuille plus (+).
Adeline, l’une de tes démarches, c’est d’aller aborder des gens dans la rue pour leur proposer de venir peindre chez toi. Ça répond à une volonté de ta part de partager des choses, de transmettre aussi et de rencontres. Est-ce que tu as le sentiment de répondre, à travers cela, à des besoins similaires chez les personnes que tu rencontres ?
Quand j’aborde des gens dans la rue pour leur proposer de venir peindre chez moi, ce n’est jamais uniquement autour de la peinture. C’est surtout une invitation à vivre un moment différent et hors du temps. Je me dis que ça n’arrivera jamais à personne de se faire inviter par un/une inconnu de cette manière. J’ai l’impression d’offrir cette expérience de vie qui restera sûrement gravée à jamais dans leurs souvenirs. Je me rends compte que beaucoup de personnes ont envie de créer, mais n’osent pas forcément, ou pensent que ce n’est “pas pour elles”. On ne se connaît pas, mais on se retrouve à peindre ensemble, à se découvrir. Il y a une forme de confiance qui s’installe naturellement. J’ai l’impression que ça répond autant à mon besoin de rencontre qu’au leur, et qu’on s’apporte mutuellement quelque chose. Les personnes repartent en me disant qu’elles ne s’attendaient pas à vivre un moment comme celui-là, que ça leur a fait du bien. Et pour moi, c’est exactement ça le cœur de mon projet ; lorsque l’art devient un prétexte pour se rencontrer.
Chaque toile que tu réalises dans ce cadre est le résultat d’une rencontre, mais aussi d’un moment précis. Est-ce que tu pourrais repeindre la même œuvre ailleurs, avec quelqu’un d’autre, ou est-ce que l’endroit et la personne sont indissociables ?
Je pense que l’endroit et la personne sont totalement indissociables de l’œuvre. Même si je pouvais reprendre une idée, une composition ou une ambiance, la toile ne serait jamais la même ailleurs, ni avec quelqu’un d’autre. Chaque peinture est liée à un moment précis et à l’association de nos énergies. Refaire exactement la même œuvre n’aurait pas de sens, parce que la rencontre ne serait plus la même.
Toulouse est omniprésente dans ton travail : les passants, les artistes locaux, les collaborations… Qu’est ce que cette ville t’autorise que tu ne ferais peut-être pas ailleurs ?
C’est à Toulouse que ce concept a vraiment pris vie. C’est ici que j’ai commencé à aborder des passants, à inviter des inconnus à venir peindre chez moi, et j’ai envie que ce projet reste profondément lié à cette ville. J’aurais pu le faire ailleurs, mais le fait que cela soit né ici, ça donne une histoire particulière. Les toiles sont directement liées aux personnes que j’ai rencontrées ici, aux rues dans lesquelles je les ai croisées, aux moments précis vécus dans cette ville. Quand j’imagine des expositions plus tard, j’aimerais pouvoir raconter que ce sont des toulousains (pas forcément d’origine), mais des personnes qui vivent ici, qui traversent la ville, qui en font partie à un instant donné. C’est presque une forme de témoignage, une trace des rencontres qui composent Toulouse. Comme moi, beaucoup ne sont que de passage ici. Peut-être partirons-nous un jour, mais ces œuvres continueront d’appartenir à cette ville. J’ai parfois l’impression qu’à Toulouse, les artistes ne sont pas tant mis en avant que ça, ou en tout cas que cette mise en lumière n’est pas visible. Ce n’est que récemment, en entrant vraiment dans le milieu artistique toulousain, que j’ai réalisé que nous étions plus que nombreux. Ça me donne le sentiment qu’il manque encore des projets, des espaces, des occasions pour que cet art existe pleinement. Si Toulouse compte autant d’artistes, c’est forcément pour une raison, et je pense que cette raison mérite d’être mise en valeur. Il ne faut pas avoir peur de laisser les artistes investir la ville, de leur laisser les murs, de les laisser poser des traces, des empreintes. C’est aussi comme ça que se construit l’histoire d’une ville, à travers ce qu’elle autorise artistiquement.

Capturer un instant suspendu entre Toulouse, le fleuve et la couleur. ©Aestcart
Samuel, est-ce que tu dirais que ce choix du local est stratégique ou instinctif chez elle ?
Pour répondre à la question je dirai instinctif. Mais bizarrement, je crois que c’est ni l’un ni l’autre. Elle ne fais pas ses peintures à l’instinct, elle sélectionne, choisi ses moments. Elle n’est pas non plus (mais alors absolument pas) stratégique. Ou en tous cas, pas de manière volontaire. Pour Adeline, je parlerai plutôt de nature. Faire de l’art, c’est sa nature. Elle le ferait partout où elle serait à partir du moment où son environnement provoque quelque chose chez elle. Elle ne chasse pas l’émotion, elle ne prévoit pas non plus de la créer. Elle ne chasse pas non plus le succès ou la gloire, non. Elle s’exprime et elle avance. Dans sa langue, avec ses codes, a son rythme. Et nous, spectateurs, aimons l’écouter et avoir l’impression de marcher à côté d’elle. Je crois qu’une des compétences qui montre que quelqu’un est doué, c’est sa capacité à nous donner l’impression que ce qu’il fait est simple. Et c’est ce que fait A2. C’est son trait de génie. Oui cela ressemble très fortement à de l’instinct, mais ce mot m’inspire quelque chose d’animalier. D’inconscient. Et j’ai l’impression qu’Adeline a conscience de ce qu’elle fait. Son envie de créer est instinctive oui. Comme manger, boire et dormir, Adeline a besoin de créer. Mais son art, lui, ne l’est pas. Il est réfléchi, il a un but.
Avec “En une prise”, tu assumes un rôle de directrice artistique : peinture en live, musique, image, rythme… Qu’est ce qui t’attire dans le fait de ne pas choisir un seul médium ?
En une prise, c’est avant tout un projet un peu fou qui a été crée très vite sur un de mes nombreux coup de folie. Le principe, c’était de faire avec ce qu’on avait, et de réussir à produire quelque chose qui a l’air presque impressionnant et impossible à réaliser seul, alors que tout repose un « et si on tentais » Et il y a énormément de travail derrière, même si ça ne se voit pas forcément au premier regard. Ce projet m’aide beaucoup, il aide aussi Adrien et Mogane. On a vraiment créé quelque chose à trois, et j’ai l’impression que ça nous élève, que ça nous donne le sentiment de faire quelque chose qui a du sens. Ça aide aussi les artistes qu’on invite, parce qu’on leur offre un espace, une visibilité, mais surtout une expérience. À chaque fois, on crée des journées très intenses, qui restent gravées. On travaille beaucoup, mais on s’amuse surtout, et chacun donne un bout de lui-même pour créer quelque chose de commun. Encore une fois, tout part de la rencontre. J’ai du mal à me limiter à une seule forme d’expression, parce que j’ai l’impression que certaines idées ont besoin de plusieurs langages pour exister pleinement.

Dans les coulisses d’“En une prise”, où peinture, musique et vidéo se mêlent en un seul instant créatif. ©viens_on_en_discute
Samuel, comment ça se gère d’être manager d’une artiste aussi plurielle, quel est le rôle que tu joues dans sa vie, ses projets…?
C’est un équilibre. Mon rôle ce n’est pas de diriger son art. Mon rôle c’est plutôt de lui permettre de respirer dedans. Je suis là pour structurer, organiser, parfois pour la conseiller (mais rarement car elle a très souvent de bonne idées seule). J’essaie à mon échelle de « protéger » son énergie. Je fais le lien avec les opportunités, les collaborations, les demandes. Mon but c’est qu’elle puisse se concentrer sur son art et que le reste ne l’atteigne pas trop. Évidemment, elle est au courant de tout et a le dernier mot sur toutes les décisions. Adeline est très naturelle quand il s’agit de créer. Moi j’essaie de lui apporter un cadre qui lui permet de rester elle même, libre, dans toutes les contraintes que peuvent entraîner son activité. Je suis un soutien, un relais, parfois un filtre mais toujours au service de sa vision et de ses créations.

Derrière chaque création d’Adeline, Samuel est un regard attentif qui structure et soutient l’imagination. ©Aestcart
Tes projets créent un réel engouement sur les réseaux, tu t’es formé une belle audience depuis quelques temps. Ce succès te conforte sûrement dans ce que tu fais, mais représente t-il aussi une pression supplémentaire ? Comment ?
Oui, il y a clairement une forme de pression qui commence à apparaître. Pendant longtemps, je n’ai jamais vraiment pensé à l’argent dans mon travail. Je créais avant tout par envie, par besoin, sans me poser la question de la rentabilité. Aujourd’hui, comme je suis encore en études supérieures, cette question reste un peu en arrière-plan, mais je sais qu’elle va forcément s’inviter dans ma vie à un moment donné. Quand les études s’arrêtent, il faut payer un loyer, vivre comme tout le monde, et ça change le rapport à ce qu’on fait.Ce que j’aimais dans mon art, c’était justement l’idée de pouvoir le rendre accessible, de permettre à tout le monde d’en avoir un petit bout. J’ai souvent aimé donner, et offrir mes créations, parfois à des personnes que je ne connaissais même pas. Avec l’engouement sur les réseaux, je ressens à la fois un vrai réconfort ça me confirme que ce que je fais touche des gens et en même temps une forme de responsabilité supplémentaire. Je me demande comment continuer à rester fidèle à cette générosité et à mes valeurs d’artiste tout en trouvant un équilibre qui me permettra de vivre. C’est une réflexion encore en cours, mais j’essaie de ne pas perdre de vue pourquoi j’ai commencé à créer qui est pour le partage, avant tout.
Peux-tu expliquer en quelques phrases le projet de ta marque, Nébuleuse ?
Nébuleuse, c’est ma première vraie collection autour du vêtement upcyclé.Je ne voulais pas customiser des vêtements achetés en masse ce qui m’intéresse, c’est la singularité et le côté écologique de l’upcycling. Le nom Nébuleuse vient de l’astronomie, c’est un amas d’étoiles en formation, parfois prêt à exploser sous la pression. Pour moi, cette pression dans le ciel se retrouve dans nos vies aujourd’hui, et j’essaie de la traduire dans les vêtements que je crée. Chacun peut se reconnaître dans cette tension, dans cette impression de ne pas être totalement épanoui par le monde tel qu’il est. Ta marque de vêtements, Nébuleuse, ce n’est pas juste une marque, c’est une métaphore. Peux-tu l’expliquer avec tes mots ? Qu’est-ce qui était trop à l’étroit dans ton travail d’artiste pour que tu aies besoin de passer par la mode ? Pour moi, la mode est une deuxième forme d’art qui est partout, visible dans l’espace public, et c’est pour ça que c’était un moyen parfait de faire passer un message. Dans notre société, chacun est singulier à sa manière, mais en même temps, on est soumis à des standards, à des attentes : comment se présenter, quoi consommer, comment travailler… Il y a cette pression constante, cette forme d’uniformisation qui nous fait souvent ressembler les uns aux autres.

Quand Nébuleuse prend vie au MAD Bar, mêlant mode, art et surprises pour le public. ©Photovalinsta et ©Tombeaubeau
Nébuleuse ce n’est pas juste une marque, c’est une métaphore. Peux-tu l’expliquer avec tes mots ? Qu’est-ce qui était trop à l’étroit dans ton travail d’artiste pour que tu aies besoin de passer par la mode ?
Porter ces pièces, c’est un peu affirmer qu’on ne veut pas être aliéné à des normes, qu’on peut exister librement tout en vivant dans ce monde qui impose la pression de l’argent et du travail. J’aime l’idée que mon art puisse dépasser les murs et puisse être assumé. La collection est portée par des inconnus, des artistes locaux, des gens croisés dans la rue.
Comment vois-tu tes projets, tant ta marque que les collaborations avec des artistes que ton art… évoluer dans quelques années ?
Toutes ces collaborations me permettent de vivre mille et une expériences, de rencontrer mille et une personnes et de continuer à vivre mes rêves. Elles m’ouvrent des portes et montrent que c’est possible et qu’il suffit de se lancer, d’avoir l’intuition et l’ambition de faire ce qui nous tient à cœur. Une fois qu’on commence, le reste suit souvent naturellement. C’est cette énergie-là que je veux continuer à transmettre à travers tout ce que je fais.

La collaboration est au coeur de son processus de création car chacune fait se créer quelque chose de plus grand que la somme de leurs talents. ©Photovalinsta et ©Tombeaubeau
Ton art et tes projets rassemblent beaucoup, tu donnes envie de créer, de partager… Mais toi, qu’est-ce qui te recharge pendant tes moments de bas ?
Le fait de me sentir entourée, portée par les autres. Quand je parle de projets avec les personnes que je rencontre, que je les regarde dans les yeux et que je vois cette petite étincelle briller, ça me donne énormément d’énergie. J’ai souvent l’impression que je leur donne la force de croire en eux, et qu’en retour, ils me la redonnent. J’ai traversé des périodes où je me sentais extrêmement seule, et je pense que c’est aussi pour ça que j’ai orienté mon travail vers la collaboration. J’ai compris assez tôt que créer avec les autres, c’était ce qui me faisait tenir, ce qui me donnait envie de continuer, d’aller plus loin. Aujourd’hui, tout mon travail tourne autour de cette notion de rencontre. C’est vraiment au cœur de ma vie et si je devais me définir en tant qu’artiste, je dirais que je suis une artiste de la rencontre.
Aujourd’hui, tu es étudiante, artiste, directrice artistique, entrepreneuse. Si on enlève les projets, les rôles et les réseaux… Qui est Adeline, là, maintenant ? Et dans quelques années, qu’est-ce que tu aimerais que l’on retienne de ton travail, ici à Toulouse ? Est ce que tu penses que la toi adolescente aurait imaginé / osé produire tout ça, en termes de projets, d’énergie… ?
Aujourd’hui, Adeline, c’est une fille heureuse. Mon projet a beaucoup été inspiré par la photographe Sarah Call et son travail Les Dormeurs. Ce que j’aimerais qu’on retienne de moi, c’est un peu la même chose qu’on retient d’elle ; une personne qui ose, qui dépasse un peu les limites de l’attendu, qui va au-delà du raisonnable pour créer quelque chose de fort, de presque inimaginable. J’ai hâte de voir la suite et je suis persuadée qu’il sera rempli de moments forts, intenses et inattendus. J’aimerais qu’on se souvienne d’Adeline comme d’une fille libre, d’une fille spéciale. Une personne qui essaie de partager son libre arbitre et qui inspire peut-être les autres à en faire autant. Dans quelques années, j’aimerais que l’on se souvienne de mon travail à Toulouse comme de quelque chose qui a fait bouger les choses, qui a donné une énergie, un souffle, et qui a créé des rencontres et des expériences uniques.
Pour l’instant tu es encore étudiante. Est ce qu’aujourd’hui tu arrives à vivre de ton art ?
Ça dépend de ce que l’on entend par « vivre ». Si c’est vivre avec l’argent, alors non, je n’en vis pas encore. Mais si c’est vivre ma vie, alors oui, mon art me permet de vivre pleinement. Je me sens vivante, j’existe dans les yeux des personnes et c’est un sentiment qui me réconforte.

Adeline, toujours en mouvement, continue de transformer ses idées en projets vivants et inspirants. ©Aestcart
Samuel, quand Adeline doute, si elle te fait part de ces moments, comment essayes-tu d’être là pour elle ?
L’avantage pour répondre à cette question, c’est que Adeline doute rarement. En tous cas pas d’elle ou de son travail. Au contraire, elle a plutôt tendance à croire qu’elle peut faire plus que ce qu’elle fait déjà. Malheureusement il n’y a que 24h dans une journée. Il peut évidemment y avoir des moments de bas, mais c’est rarement lié à son travail, et quand bien même, ces moment ont tendance à lui permettre de penser et de créer de nouvelles choses. S’il arrive qu’elle n’aille pas bien (et vraiment c’est plutôt rare), j’essaie de lui rappeler ce qu’elle a fait jusque là et l’intention qu’elle avait et qu’elle a toujours. Car parfois, elle ne se rend pas compte que ce qu’elle arrive à faire et à transmettre représente un travail énorme. Quand on utilise les réseaux comme sa galerie, il peut arriver que certains se laissent envahir par les émotions que peuvent procurer les chiffres liés à ce support. Ils s’estiment être des génies quand ça marche et nul quand ça ne marche pas. Adeline n’a pas ce problème. Elle ne fait pas ce qu’elle fait pour qu’on la remarque, on la remarque parce qu’elle fait ce qu’elle fait. Et s’il y a des moments où elle s’oublie, alors je le lui rappelle. Ces phases font partie du processus créatif. Je lui rappelle tout ce sur quoi elle a déjà travaillé, avec qui, comment elle en est arrivée là ; seule et en s’écoutant. Tant qu’elle est sincère avec elle-même et qu’elle s’écoute, il n’y a aucune raison que les choses changent.
Et si tu devais résumer Adeline en une phrase, en tant qu’artiste mais aussi en tant que personne, tu dirais quoi ?
Je dirai qu’A2 autant en tant que personne qu’en tant qu’artiste, elle est une fenêtre vers un monde où les couleurs ne sont pas les mêmes que dans le nôtre.

