Dès l’entrée, le titre se fait injonction : Domestique-moi si tu peux ! Une phrase qui sonne comme un jeu, presque comme un défi. Au Muséum de Toulouse, jusqu’au 5 juillet, cette exposition scientifique propose une plongée dans l’histoire de la domestication à travers un parcours étonnamment ludique, pensé pour comprendre sans brusquer et expliquer sans choquer.

Une collection impressionnante de statues de tous les invisibles domestiqués illustre l’exposition
Loin d’un discours austère, l’exposition mise sur l’interactivité. On touche, on compare, on reconnaît des odeurs, des tailles, des matières. Le visiteur est invité à ralentir et à regarder autrement ces animaux et ces plantes qui font partie intégrale de notre quotidien, au point d’en devenir invisibles. Fabien Laty, le chargé d’exposition, explique que c’est la principale raison de la volonté de réaliser un tel projet : “Les espèces végétales et animales nous entourent, elles nous nourrissent. Mais c’est un processus tellement prégnant qu’on finit par ne plus les remarquer”.
L’exposition aide ainsi à mettre des mots simples sur une réalité complexe. La domestication est présentée comme un processus long, parfois dur, mais expliqué avec beaucoup de pédagogie. Pas de culpabilisation, ni de discours frontal : les mécanismes sont montrés, illustrés, contextualisés. On comprend comment, au fil des siècles, l’humain a sélectionné, trié, orienté certaines espèces selon ses besoins. Une évolution façonnée par l’homme, que l’exposition rend visible à travers objets, supports visuels et dispositifs interactifs. “Valérie Chansigaud, la commissaire scientifique de l’exposition, nous a apporté un regard beaucoup plus précis et historique sur ce phénomène, ses causes et conséquences. Elle nous a beaucoup aidé à avoir une meilleure approche temporelle.”

Tout au long du parcours, des jeux et dispositifs interactifs permettent d’en apprendre plus et de manière simplifiée
Domestique-moi si tu peux ! ne se limite pas aux animaux. Les plantes occupent une place importante dans le parcours. Trente-cinq végétaux jalonnent l’exposition, présentés comme des témoins vivants de cette transformation progressive. Nourrir, soigner, décorer, accompagner des rites : chaque plante raconte une histoire différente. Le visiteur découvre comment, à force d’être choisies, déplacées et cultivées, elles ont changé d’apparence, de goût ou de résistance. Du blé ancien aux cultures modernes, le sol devient lui aussi un terrain d’expérimentation humaine, expliqué de manière claire et accessible.

Des plantes de notre quotidien, aux effets exploités depuis des années par l’Homme
Pour capter l’attention des plus jeunes comme des plus grands, l’exposition s’autorise aussi des clins d’œil inattendus. Des références à la pop culture surgissent au fil du parcours : Max, le cochon fidèle de George Clooney, Rintintin ou encore le potiron géant. “Ces éléments du parcours ont deux objectifs. Il y a une volonté de mettre un coup de projecteur sur des individus en particulier, car chacun a ses spécificités. Les personnifier dans ce processus qui les englobent. Et bien sûr, apporter une pointe de légèreté à cette histoire particulièrement dure.”
Peu à peu, sans s’en rendre compte, le visiteur devient acteur de sa propre réflexion. L’exposition ouvre le regard sur des formes de domestication moins évidentes : insectes, poissons, coquillages. Elles permettent de comprendre les conséquences de ces pratiques jusqu’à cette donnée marquante : la biomasse des bovins dépasse aujourd’hui celle de nombreux animaux sauvages.
A travers les écriteaux et textes explicatifs, le propos reste accessible et bienveillant. “Nous abordons la thématique de manière neutre mais assez explicite pour que le public soit interrogé et interpellé. Il faut se rendre compte que nous sommes tous acteurs de cela.” En sortant, on n’a pas l’impression d’avoir reçu une leçon, mais plutôt d’avoir appris à regarder autrement. “Nous nous sommes appuyés sur la connaissance globale qu’ont les gens et sur la proximité naturelle que nous entretenons avec les animaux. Tout le monde sait ce qu’est un chien ou un chat, et nous partons de ces références déjà connues pour construire le discours de l’exposition. C’est basé sur l’affect et la familiarité avec les animaux et les plantes, en abordant aussi les questions de bien-être animal.”
Domestique-moi si tu peux ! réussit le pari de rendre compréhensible un sujet complexe, en parlant aussi bien aux enfants qu’aux adultes, et en faisant de la connaissance un terrain de jeu et de réflexion.





