Dans la chronique « Les albums culte à écouter », Culture 31 fait honneur à un grand album de l’histoire de la musique.
After Hours de The Weeknd
Sorti le 20 mars 2020, After Hours a cinq ans. Offert par le chanteur canadien Abel Tesfaye, alias The Weeknd, au début du confinement mondial, cet album nous a fait sortir de nos igloos solitaires avec ses arrangements d’un temps inconnu et ses cris d’amour brisé.

The Weeknd © Salandco / Wikimedia
Alors que l’ère The Weeknd sera close le 16 mai 2025 avec la sortie du film très attendu Hurry Up Tomorrow avec l’actrice de la série Mercredi Jenna Ortega, Abel Tesfaye nous pressait déjà d’être à demain pour la découverte de son âme.
Un écho au confinement
Alors que le festival Rio Loco, dénommée Supernova pour ses 30 ans en juin 2025, offrira au public toulousain une odyssée galactique, After Hours offre à celles et ceux qui l’écoutent un voyage futuriste teintée de nostalgie et d’avenir musical. Deux ans après My Dear Melancholy (2018), un EP acclamé par la critique où il disséquait ses ruptures avec la chanteuse Selena Gomez et la mannequin Bella Hadid, il se réinventait comme toute autre popstar.
La différence ici, c’est que The Weeknd visualise sa musique ou la musique dans le futur. Certes, il en revient à de multiples influences du passé. Fin 2019, il faisait son retour avec Heartless, un single trap et hip hop inspiré de Kanye West (période The Life of Pablo de 2016) et Blinding Lights, le titre synth-pop à la A-Ha produit par le génie pop Max Martin, futur classique des années 2020. Cependant , il nous embarque ici dans un voyage unique en son genre de sons cinématographiques à la cohérence pleine d’une Janet Jackson ou d’un Michael. On y suit un The Weeknd, masqué par le sang qui coule de son visage sur la pochette de l’album, perdu dans un Las Vegas nocturne. La voix, souvent aiguë et autotu(n)ée, porte en elle une introspection crue que l’artiste nous donne sur l’amour rompu, la drogue, la mort par suicide, la gloire obtenue après le sacrifice et la pauvreté.

After Hours © XO, Republic / UMG / Wikimedia
Les beats trap ou two-step garage (Hardest To Love) et les synthétiseurs robotiques (Too Late, entre autres) évoquent l’œuvre de Daft Punk (avec qui The Weeknd avait déjà collaboré pour le hit mondial numéro un en France I Feel It Coming, notamment) et la bande son qu’ils ont produit pour le film Tron : L’Héritage (2010). Interpolant la mélodie chantée du classique d’Elton John Your Song (Scared To Live), The Weeknd n’en reste pas moins au sommet de son art dirigé vers le temps lointain.
Une odyssée futuriste
After Hours n’est pas seulement disque de confinement, c’est une plongée dans l’âme d’Abel Tesfaye. Les titres s’enchaînent avec une agréable fluidité, en partant d’Escape From LA jusqu’à Save Your Tears. On y entend un homme qui oscille entre désir charnel et vide intérieur. Là où le film culte de 1985 After Hours (qui a inspiré le nom de l’album), réalisé par Martin Scorsese, s’amuse des mésaventures de nuit de son personnage principal (after hours, après le travail donc), ni Abel Tesfaye ni The Weeknd n’existent sans l’art travaillé et l’amour de la femme aimée dans son propre After Hours, d’où les déconvenues qu’il vit lui aussi la nuit. Les ruptures le hantent, mais il y a aussi l’égotrip d’un artiste au sommet, conscient de sa chute possible. Les arrangements, entre synth-pop, R&B alternatif (dont il est l’un des pionniers), et hip/hop, flirtent avec le post-disco des années 1980 et des guitares funky (In Your Eyes). La chanson Snowchild raconte son passé d’enfant rêveur face à la drogue qui a emporté ses amis, Faith sa descente aux enfers de l’addiction, seul remède qu’il a trouvé face à son amour perdu. Malgré ces ces moments sombres, la musique reste dansante, presque salvatrice. C’est un album qui n’a pas pris une ride. Il fait le pont, symbolisé par la chanson éponyme After Hours, entre hier et demain.
Assurément le plus grand album de The Weeknd, et son plus vendu en France avec plus de 600 000 exemplaires écoulés dans l’Hexagone selon Pure Charts, After Hours résonne encore avec l’amer du confinement, la vision incertaine et futuriste de l’avenir qu’il a créé. Un intemporel à réécouter d’urgence.