[Les arroseurs arrosés] : Quand les acteurs de la culture évoquent librement leurs passions, leurs projets et un de leurs plus beaux rôles, celui de témoin attentif des programmations locales.
Philippe CROS a participé pendant près de 30 ans au rayonnement de la Fondation Bemberg, en tant que directeur et conservateur. Ce passionné d’Art et d’Histoire, natif de Toulouse, mais n’ayant vraiment découvert la Ville Rose qu’à ses 27 ans, après avoir vécu à Paris, a plus d’une corde à son arc : auteur, comédien, metteur en scène, dramaturge… Son cerveau est en constante ébullition, avec pour principal moteur : la passion. Pour la série [Les arroseurs arrosés], il revient sur ses émotions de spectateur, son engouement sans faille pour les propositions de l’Opéra National du Capitole, mais aussi sur la reprise de sa pièce à succès « Meurtre au Chalet », au Grenier Théâtre.
Il n’est pas rare de croiser Philippe CROS installé sur les fauteuils en velours rouges, bleus ou noirs des salles de spectacle toulousaines. Depuis ses années estudiantines dans la capitale, ce dernier n’a jamais cessé de fréquenter cinémas et théâtres, en quête de grandes émotions : « À Paris, j’assistais plusieurs fois par semaine à des spectacles de la Comédie-Française. Je garde de merveilleux souvenirs de cette époque. Grâce aux places à visibilité réduite, vendues en dernière minute et à cinq francs, j’ai découvert un nombre incalculable de spectacles. Pour moi, l’absence de visibilité n’était pas un problème, au contraire. En tant que spectateur fasciné par les textes, j’adorais entendre les comédiens, fermer les yeux, et écouter. C’est imparable pour trouver toute la vérité, ou la faiblesse d’un texte. J’ai beaucoup appris pendant presque dix ans de fidélité au Français. Mais j’aimais aussi particulièrement les programmations des Théâtres de Boulevard, du Palais-Royal ou encore de la Porte Saint-Martin. Ce sont des lieux que je fréquente toujours lorsque je me rends à Paris. »
À Toulouse, l’auteur des pièces à succès « Meurtre au Chalet » ou tout dernièrement « Martine fait un carton » à aussi ses lieux de prédilection pour consommer du spectacle vivant de qualité : « Je pense que pour assister à des mises en scène d’exception, il faut aller au ThéâtredelaCité. Voilà une grande maison, qui arrive à conjuguer les textes et l’audace. C’est un théâtre nécessaire, que j’aime découvrir, et redécouvrir. Nous avons beaucoup de chance à Toulouse ! Et puis bien sûr, j’aime me rendre au Grenier Théâtre et au Théâtre du Pavé, qui sont des lieux familiers pour moi. »
« L’opéra ? Un temenos ! Une cérémonie ! »
Parmi les plus beaux souvenirs de Philippe CROS, en tant que spectateur… Il y a forcément ceux vécus au Théâtre du Capitole : « Je n’ai raté aucune des propositions de l’Opéra National du Capitole ces dernières années. Je ne sais pas si les Toulousains sont conscients de la chance qu’ils ont de pouvoir profiter d’une programmation d’une telle qualité. C’est une véritable référence à l’échelle locale, bien sûr, mais aussi nationale et bien au-delà ».
Initié à l’art par sa famille, Philippe se souvient : une pendule en bronze chez ses grands-parents, représentant une scène de chasse à courre, de beaux livres, des églises, des châteaux… Voilà ses premières confrontations avec le « beau ». Aujourd’hui encore, c’est en famille, ou avec amis, qu’il aime partager une soirée culturelle : « Cette saison, j’avais hâte de revoir « Norma », dans cette mise en scène extraordinaire ! Mais je suis aussi heureux d’avoir été surpris en découvrant ce merveilleux opéra de Mozart, « Idoménée », que je ne connaissais pas, mais qui m’a beaucoup plu ! J’attends encore avec impatience les représentations du « Vaisseau fantôme ». Il y a quelques années, j’avais été totalement embarqué par la mise en scène flamboyante de « Platée » du duo Shirley et Dino. Pour moi, l’opéra c’est un endroit sacré. Une cérémonie ! Encore plus que le théâtre… La musique relève de l’indicible. »
Pour l’ancien directeur et conservateur de La Fondation Bemberg de Toulouse, passé par l’École du Louvre et l’Institut d’Art et d’Archéologie de La Sorbonne, il est aussi important que les souvenirs culturels puissent se créer dès le plus jeune âge : « Je n’ai pas eu la chance d’assister à des spectacles de qualité dans le cadre de ma scolarité… Des spectacles de seconde zone, oui… C’était plutôt du genre « Les Farfadets de Limoges »… Un choc de nullité, pas de quoi déclencher une vocation ! Quand je vois des scolaires venir au Capitole, je trouve ça merveilleux pour ces écoliers de pouvoir être confrontés dès le plus jeune âge à une programmation de qualité, exigeante. En 1994, au sein de la Fondation Bemberg, j’avais créé le premier service pédagogique pour un musée de la Ville de Toulouse. Il me semble que c’est particulièrement important. »

Claudia Pavone © Mirco Magliocca
« Je me suis rapproché du théâtre grâce aux textes »
Toujours sur scène en tant que comédien dans le spectacle « Le Repas des Fauves », Philippe CROS est aussi auteur de pièces à succès : « Je me suis rapproché du théâtre grâce aux textes. J’avais l’envie d’entendre et de dire. J’ai participé à des ateliers théâtre à Paris, quand j’étais étudiant, dans le quartier de la Bastille… Mais rien de révolutionnaire dans mon parcours. À Toulouse, j’ai aussi intégré les ateliers du Pont Neuf, du Grenier Théâtre, du Pavé, du Hangar… Je me suis nourri de tous ces enseignements et de toutes ces rencontres. »
À la suite de ces premières expériences, et après avoir écrit une trentaine d’ouvrages scientifiques (comme on les qualifie en histoire de l’art), et de catalogues d’expositions, Philippe CROS a aussi souhaité écrire pour le théâtre : « Au début, j’écrivais simplement pour mon plaisir, sans me soucier du nombre de comédiens, par exemple, ou des problématiques techniques, qui sont importantes lorsque l’on écrit dans l’objectif de monter sa pièce. Et puis… »
Le retour « au Grenier » de la pièce à succès Meurtre au Chalet
Et puis… Lors d’un séjour pluvieux à Londres, « Meurtre au Chalet » est né : « J’avais déjà écrit deux spectacles, comiques, qui avaient été joué en région et au Théâtre de Dix heures, à Paris. Mais l’idée de « Meurtre au Chalet » s’est imposée à moi lors de ce crochet par Londres. Contraint de rester au chaud, à cause de cette météo hivernale… J’ai écrit une pièce d’hiver, avec des envies d’hiver. »
Toutefois, il ne faut pas s’attendre à une pièce naturaliste, mais bien à une fiction théâtrale. Le spectateur, comme devant une boule à neige, assiste à une enquête grandeur nature. Une sorte de Cluedo géant ou d’une investigation digne de celles d’Agatha CHRISTIE, où les cinq protagonistes sont particulièrement malmenés…
Le pitch ? L’auteur nous invite dans un magnifique chalet des Alpes, un soir de réveillon… Où vit un vieil oncle à héritage ! De découvertes en coups de théâtre, chacun des protagonistes va se révéler, au fil de l’intrigue, sous un tout autre visage… Mais la souricière n’est pas seulement à l’intérieur du chalet cossu, la nature elle-même semble s’être liguée pour tous les mettre en danger… Au douzième coup de la nouvelle année, chacun sera-t-il encore en vie ?
Lors de sa création, en 2024 au Grenier Théâtre de Toulouse, cette comédie policière, dont la mise en scène est signée par le comédien Régis GOUDOT, avait affiché complet ! Mais que ceux qui n’avaient pu s’y rendre se rassurent, il sera possible d’effectuer un nouveau voyage direct pour Alpes, du 24 au 26 avril prochains, sans même bouger de son fauteuil…
L’arroseur arrosé…
Évidemment, après avoir abordé les souvenirs du spectateur et les projets de l’auteur… Il est difficile de ne pas conclure cet entretien en interrogeant Philippe CROS sur son positionnement de spectateur quand il est l’auteur du spectacle : « Quand je suis spectateur, je le suis à 100 %. Bien sûr, je reconnais mes mots… Mais, dans ce type de situation, à aucun moment je ne me place comme l’auteur. Je ne suis pas non plus stressé… Quand on en arrive à cette étape, dans le processus de création, je pense que nous avons tous donné le meilleur de nous-même… Il ne reste plus qu’à profiter du moment ! »
Meurtre au Chalet – Compagnie des Horaires Décalés
Jeudi 24 avril 2025 – 20h30
Vendredi 25 avril 2025 – 20h30
Samedi 26 avril 2025 – 20h30
De Philippe CROS, dans une mise en scène de Régis GOUDOT
Avec : Emmanuelle KALFON, Emmanuelle MONFERRAN, Quentin IACONO, Lionel LATAPIE DI PIETRO, Robert SIMON
Réservations & Informations pratiques : https://www.greniertheatre.org/pieces/meurtre-au-chalet/