Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Casino de Martin Scorsese
En 1995, cinq après Les Affranchis, Martin Scorsese se penche à nouveau sur la mafia et signe encore un chef-d’œuvre aux airs d’opéra. D’un film à l’autre, on retrouve le tandem Robert De Niro / Joe Pesci ainsi que l’adaptation d’un livre de Nicholas Pileggi, également coscénariste des deux longs métrages. Pour autant, le cinéaste ne se contente pas d’un copier / coller, mais signe une nouvelle interprétation de son thème de prédilection : l’ascension et la chute (voire l’éventuelle rédemption) d’un personnage. Ici, il s’agit de Sam « Ace » Rothstein, brillant bookmaker envoyé à Las Vegas dans les années 1970 par la pègre de San Francisco afin de diriger en sous-main le casino Tangiers. A la fois efficace gestionnaire et visionnaire, Rothstein donne un nouveau souffle au casino tout en veillant à ce qu’une part des bénéfices satisfasse ses exigeants patrons.
Seulement, la présence de Nicky Santoro (ami d’enfance de Rothstein, Italo-Américain missionné par la mafia pour « protéger » ce dernier) se fait de plus en plus envahissante et dangereuse. L’énergumène ponctionne et rackette à tout-va. Des cadavres s’amoncellent. Le FBI s’en mêle. Rothstein, en quête de respectabilité et de légalité, tente de réfréner les ardeurs du psychopathe cupide. En vain. Puis, son couple avec l’ancienne prostituée et arnaqueuse Ginger McKenna bat de l’aile. Celle-ci est restée en contact avec son ex-compagnon, un minable voyou qui vise sa fortune. Les addictions à l’alcool et à la cocaïne de la jeune femme n’arrangent rien. Evidemment, tout cela finira très mal…
Autodestruction
Durant trois heures, et après une scène d’ouverture explosive dans tous les sens du terme, Casino ne connaît pas de temps morts. Le récit caracole sans miser sur l’action gratuite. Les accès de violence n’en sont que plus choquants. Ce n’est pas tant par la finalité de l’intrigue que le film impressionne, mais par sa parfaite construction digne d’un grand roman et par les compositions inoubliables des comédiens. Dirigé alors pour la huitième fois par Scorsese, De Niro livre une prestation de grande classe comme Joe Pesci, une nouvelle fois génial dans un rôle de chien fou prolongeant son personnage des Affranchis. Quant à Sharon Stone, elle tient là son meilleur rôle, incontestable sommet d’une filmographie décevante.
Scorsese se permet des citations (la reprise de la musique de Georges Delerue pour Le Mépris de Godard), filme cette histoire d’autodestruction annoncée avec un sens épique rare, rappelle sans ostentation par quelques mouvements de caméra qu’il est l’un des plus grands réalisateurs de son temps. Avec lui, Las Vegas, temple dédié au Dieu dollar, devient le théâtre d’une tragédie antique. A la fin, un monde s’écroule. Malgré la corruption, le meurtre, la vulgarité qui le régissaient, on ne peut s’empêcher – à l’instar de Rothstein – de ressentir une étrange nostalgie.
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