Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Le Tombeur de ces dames de Jerry Lewis
Vedette populaire, Jerry Lewis fit partie de ces comiques américains dont le talent fut plus reconnu à l’étranger que chez lui, en Amérique. A ce titre, la critique française en particulier à travers Les Cahiers du Cinéma et Positif, les deux revues rivales de la cinéphilie hexagonale pour une fois d’accord, saluèrent le talent de l’acteur dirigé notamment par Frank Tashlin puis celui du cinéaste. Son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, Le Tombeur de ces dames sorti en 1961, nous fait découvrir Herbert H. Heebert, jeune diplômé, qui s’apprête à annoncer la bonne nouvelle à sa fiancée, mais qui la surprend dans les bras d’un autre homme.

Effondré, Herbert décide de ne plus avoir affaire à la gent féminine, mais accepte malgré cela un emploi d’homme à tout faire dans une pension de jeunes filles. Maladroit, angoissé, complexé, parfois hystérique : il va déclencher une série de petites et grandes catastrophes…
Stylisation extrême
Le scénario et la vraisemblance n’ont qu’une importance très secondaire dans cette comédie s’inscrivant dans la droite ligne du « slapstick » où la dimension physique, les effets exagérés et l’enchaînement des scènes priment avant tout. Si certains ont souvent réduit Jerry Lewis à ses grimaces et à son faciès élastique, Le Tombeur de ces dames rappelle à quel point la stylisation extrême de son art est sa marque. Au-delà de son goût du pastiche, l’acteur-réalisateur assume pleinement l’artifice et le rejet de tout réalisme. De la composition des plans à la construction des gags jouant sur l’étirement du temps, c’est une mise en scène millimétrée qui se déploie.

Le décor de la pension de famille se transforme ainsi en une sorte de maison de poupée au sein de laquelle le regard du spectateur évolue au gré de mouvements de caméra et de plans d’ensemble virtuoses. Instaurant même une mise en abyme avec l’arrivée d’une équipe de tournage, le film bascule dans un jeu de miroirs déjà amorcé par le générique d’ouverture rendant hommage au cinéma hollywoodien ou par la présence de George Raft dans son propre rôle. Au-delà de ses audaces narratives et techniques ou de son extraordinaire palette chromatique, Le Tombeur de ces dames illustre à travers le personnage campé par Jerry Lewis les frustrations, et les psychoses d’un certain mâle blanc occidental, asexué, voire castré, infantilisé. Dans des registres ou des inspirations différentes, Pierre Etaix, Woody Allen, Jim Carrey ou les frères Farrelly perpétueront l’originalité et la liberté de Lewis.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS
























































































































































































































