Ecritures de Lumières de Ferrante Ferranti
Le grand photographe italien s’expose du mercredi 11 mars au samedi 11 avril, les mercredis, jeudis, vendredis et samedis, de 15h à 18h, à l’Institut Catholique de Toulouse 31 rue de la Fonderie, 31000 – Espace muséographique Georges Baccrabère/ Tél. secrétariat: 05 62 26 96 89
Photographe globe-trotteur, Ferrante Ferranti a exposé dans de nombreux pays: France, Italie, Espagne, Portugal, Russie, Roumanie, Colombie, Brésil, etc. Il fut le photographe de l’exposition Mont-Anthos au Petit Palais.
Sa soif de voyages, habitée par une quête spirituelle permanente, semble sans limite: Ferrante Ferranti observe le monde qui ne cesse de l’émerveiller; et c’est cet émerveillement qu’il partage avec une grande générosité à travers ses œuvres (Madame Pascale Cazalès Directrice du pôle Arts et Patrimoine de l’Institut Catholique de Toulouse). Il nous met en relation avec un « au-delà de la réalité. »
Par exemple avec cette photographie en noir et blanc d’un bronze du Musée National Archéologique de Naples, l’une des deux sculptures en bronze des Coureurs, trouvées à Herculanum.

Elles représentent deux jeunes éphèbes nus, probablement deux athlètes représentés au moment du départ dans une course à pied. Les deux statues prennent une pose identique et, à quelques détails près, ils sont physiquement similaires. Les yeux sont en os et en ivoire pour le globe oculaire, les iris et les pupilles, le reste du corps en pierre grise et noire.
La lumière de Ferranti nous interroge comme ici au Panthéon de Rome où un faisceau d’une puissante intensité sort de l’oculus transformant en or tous les marbres qu’il touche. L’artiste explore les vestiges du passé à travers les jeux d’ombres et de lumière créés par le soleil sur les ruines. Avec l’âme d’un archéologue, cet architecte de formation mêle son travail photographique à sa passion pour l’Antiquité et le Baroque.

Il n’est pas étonnant que le plasticien italien ait partagé ses émotions avec Dominique Fernandez, que l’on ne présente plus, de la Sicile à Saint-Pétersbourg en passant par le Portugal et les Brésils baroques; et que ses livres s’appellent L’esprit des ruines, Sur les chemins de l’Infini, Empreintes du Sacré, tant ses pérégrinations ressemblent à une quête du Sacré, justement.
Ses photographies ont trouvé tout naturellement leur place au milieu des pièces archéologiques de l’Espace muséographique Georges Baccrabère de l’Institut catholique de Toulouse (ouvert toute l’année. Pour les groupes, sur rendez-vous. Renseignements au Tél : 05 61 36 81 12. Gratuit), comme par exemple celle du Christ voilé de la Chapelle Sansevero de Naples (1994) au-dessus d’un sarcophage Gallo-romain du Bas-Empire.
À l’opposé d’un monde saturé d’images éphémères et banales, les œuvres de Ferrante Ferranti montrent que la photographie est un art total et exigeant; qui parfois touche à la peinture, comme ici les Pyramides de Ghizeh.

Sa maestria technique suscite l’admiration, mais elle nous rappelle aussi que chacun a sa vision propre de la réalité et qu’elle reste subjective.
Dans son recueil À la peinture (écrit en 1945, traduit en français en 2001 par Claude Couffon aux Editions Le Passeur), Rafael Alberti a consacré quarante-huit poèmes à la beauté plastique de la peinture, en sacralisant tous les éléments constitutifs de l’acte de peindre, et au premier chef, « l’œil du peintre »; cet œil avec lequel Ferrante Ferranti nous donne à voir ses paysages intérieurs.
Et en retrouvant les rumeurs du monde, je me suis souvenu du recueil de poèmes de Paul Eluard, Donner à voir, où il a écrit « Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé… On rêve sur un poème comme on rêve sur un être aimé. » Le Cahier d’Art n°27 de l’ICT qui lui est consacré est disponible en téléchargement gratuit sur le site de celui-ci.
Parallèlement l’exposition Les Pierres Vivantes est visible à OAK Gallery – Galerie OΔK 2 place Montoulieu 31000 Toulouse
France tel : Enquiries : +33 6 58 56 86 19 – Email : contact@oneofakind.fr
Merci à Madame Madame Pascale Cazalès pour son aimable autorisation de reproduire les photos de Ferrante Ferranti.
La Perse mandingue de Kiya Tabasssian et Ablaye Cissoko
Je vous ai déjà entretenu dans cette chronique d’Ablaye Cissoko dont la kora et la voix m’ont envouté il y a trois décennies au point que je l’ai fait intervenir auprès des personnes hospitalisées dans le cadre du programme Culture à l’Hôpital. Je me souviens en particulier d’un concert à la Chapelle de La Grave dont il avait dompté l’acoustique difficile, pour le plus grand plaisir d’enfants et de personnes âgées accueillis dans l’Hôpital voisin.

Ablaye qui adore échanger aves des musiciens de tous les horizons comme le trompettiste allemand Volker Goetze ou Cyril Brotto l’occitan : Ablaye Cissoko & Cyril Brotto à la Pause Musicale : une oasis de douceur dans un monde de brutes
ou Kiya Tabassian l’iranien, virtuose d’un luth à cordes pincées originaire d’Inde du Nord, façonné à partir d’une calebasse et d’un long manche en teck.

Dans un troisième album magnifique, « Estuaire », le griot sénégalais et le musicien iranien entremêlent les cordes de leurs instruments, la kora, la harpe à calebasse d’Afrique de l’Ouest et le setar. Avec le soutien du percussionniste Patrick Graham.
Ils ont créé un pays imaginaire, la Perse mandingue, en détournant leurs fleuves musicaux pour qu’ils se rejoignent dans cette embouchure « où l’eau douce rencontre l’eau salée, comme un symbole de passage, de renouveau et de fertilité », ainsi que l’a déclaré Kiya Tabassian, qui rêvait d’une fusion entre leurs instruments à cordes.
L’écoute par le musicien iranien de l’album d’Ablaye, Le Griot Rouge [2005] a été l’étincelle qui les a réunis, « pour mieux abolir les frontières entre Orient et Occident, ancien monde et nouveau monde, musiques savantes et populaires. »
Ce n’est pas un hasard s’ils se sont réunis sur l’Ensemble Constantinople, tant l’ancienne cité phare éclairant l’Orient et l’Occident, a toujours été un espace de rencontres et de métissages culturels.

Ablaye Cissoko et Kiya Tabassian ont entremêlé leurs cordes et retrouvé ensemble ces histoires enfouies dans leur hérédité musicales, de la poésie mandingue à celle de Saadi, le grand conteur de Chiraz du XIIIe siècle.
De quelle utilité sera un bouquet de roses pour toi ?
Prenez une feuille de mon jardin de roses
Une fleur dure cinq ou six jours
Mais cette roseraie est toujours délicieuse.
Ô oiseau de l’aube, rossignol, apprends l’enchantement de l’amour du papillon nocturne qui a offert sa vie à la brûlure d’amour sans émettre de son.
Estuaire, de Constantinople – Kiya Tabassian, Ablaye Cissoko et Patrick Graham, Ma Case Records/Socadisc.
PS. A travers l’écorce, un livre de Marc Rivère, un auteur qui compose ses histoires comme des partitions , va bientôt être édité par les Editions MaÏa.
La couverture, une représentation anonyme d’un ange musicien du Quattrocento, et les quelques extraits de ce qui s’approche d’une prose poétique que j’ai pu lire, ont retenu mon attention.
…La forêt, il faut l’imaginer sortie parmi les pierres, comme un chaos qui s’organise, enracinée à la matière d’un temps qui s’éternise; le temps a beau griffer, ronger jusqu’à la sève, d’aussi loin qu’il s’élance, ici, sa loi s’immobilise… Quand les oiseaux se taisent, tout semble s’arrêter. La forêt fait silence ; son souffle retient l’air au fond de sa poitrine et sa voûte dissout les névroses du vent. Comme la neige, en absorbant les sons, elle va… La forêt, on a beau la croire immobile, la voir dans son écrin telle une mer figée, elle va son chemin, remue son destin à sa guise, profonde et solennelle…
Une campagne de prévente et de promotion vient d’être lancée. Si le cœur et la curiosité vous en disent, voici le lien: ICI
