A pied d’œuvre, un film de Valérie Donzelli
Porté par un éblouissant Bastien Bouillon, le dernier opus de Valérie Donzelli adapte le livre de Franck Courtès (A pied d’œuvre, paru en 2023), un récit narrant le passage de ce photographe de talent, vivant confortablement de ses clichés, d’une situation sociale enviable à celle de pauvre hère sombrant dans la pauvreté. Et tout cela pour assouvir une passion : écrire.

@ Pitchpoï Productions / France 2 Cinéma
Paul abandonne son appareil photo pour se consacrer à sa véritable vocation : l’écriture. Mais voilà, ses livres ne rencontrent que des succès d’estime et sa maison d’édition ne veut plus lui faire d’avance. Petit à petit, épuisant ses économies, Paul frôle la rue… Pour éviter cette extrémité, il accepte des travaux de tous ordres trouvés via une plateforme sur laquelle le moins cher est sélectionné, qui pour du jardinage, qui pour des travaux d’entretiens d’une maison, etc. Cela lui suffit pour survivre et surtout lui laisse le temps d’écrire. Sur cette trame, a priori un peu mince, Valérie Donzelli, Prix du scénario à la dernière Mostra de Venise pour cette adaptation, scrute profondément notre temps ainsi que la condition de l’artiste dans notre monde. Tous les travaux auxquels se résigne Paul sont autant de séquences d’une Comédie humaine d’un cynisme effrayant et dont nous sommes témoins au quotidien… Paul ira jusqu’à l’impensable pour quelques dizaines d’euros, traqué par son éditeur pour le roman de sa vie qu’il finira par publier avec succès…sans lui donner un sou, estimant qu’il en avait assez fait pour lui !
Nous ne le suivons depuis pas mal d’années, aujourd’hui il explose enfin dans des premiers rôles d’envergure, voici Bastien Bouillon à sa juste place. Il compose ici un Paul d’une résilience extraordinaire, acceptant son statut sans violence ni aigreur aucunes. Il court après un but, écrire malgré le froid, la solitude, la faim, la précarité et sa propre exploitation par une société qui n’a que faire des artistes s’ils ne sont pas rentables. La puissance de ce comédien réside dans la sensibilité du portrait qu’il trace de l’ancien photographe sans le moindre débordement. Il accepte sa paupérisation avec une sérénité stupéfiante, l’acteur faisant preuve ici d’un jeu d’une sobriété et d’une pudeur qui n’enlèvent cependant rien à l’émotion. Il est bouleversant. Mais cela, on est d’accord, c’est le talent !

