On ne l’appellera plus le Weekend des Curiosités. Après treize ans de bons et loyaux services à dénicher les pépites de demain, le festival toulousain cède son flambeau. Du 29 au 31 mai, c’est sous le nom de CTRL+F que l’événement investira Le Bikini. Un changement d’identité radical qui assume son changement de D.A pour mieux coller à une nouvelle génération de festivaliers, avec une mission inchangée mais un look sérieusement mis à jour.

Le tout nouveau festival du Bikini qui promet trois soirs de folie © CTRL+F
Treize ans pour un festival, c’est une belle performance. Mathias Roux et Hugo Breton, les programmateurs et chefs de projet, étaient, déjà l’année dernière, lucides sur son évolution. “On ressentait qu’il fallait se réadapter au public d’aujourd’hui.” Pour parler à une cible plus jeune, il fallait un électrochoc visuel et une identité plus percutante. Le choix de « CTRL+F » ? Littéralement “copy + find”, c’est une métaphore de la recherche (de talents) et de cette curiosité active d’aujourd’hui dans un océan de sorties quotidiennes sur les plateformes. “On a travaillé une vraie identité propre qui puisse s’adapter au nouveau public, avec ce côté moderne, ce raccourci clavier, tout en gardant l’ADN historique”. De quoi de transformer le festival en un événement capable de fédérer une communauté sur le long terme.
Comment choisit-on une nouvelle programmation avec un tel changement de D.A ? Il n’y a pas de formule magique dans le bureau des programmateurs. “Il n’y a pas mille critères, pas de recette miracle”. Le choix de la line-up se base sur une volonté claire ; représenter la musique amplifiée sous toutes ses formes : rock, rap, chanson pop ou techno. L’exigence reste la même : anticiper ce qui va exploser. “On va chercher des artistes dans ce qu’on écoute, dans ce qu’on voit, ce qui nous parle… On veut montrer ce qui a du potentiel, ce qui est pertinent.” Mais également ce qui marche déjà. L’affiche de cette première édition officielle ne fait pas dans la demi-mesure. Elle mélange les genres, passant de la pop entraînante au rap tranchant. Parmi les noms déjà annoncés, Sam Sauvage fait figure de symbole.

Entre spleen nocturne et pop solaire ©CTRL+F
Nommé dans la catégorie révélation aux Victoires de la Musique après un album carton et l’annonce de son Olympia en décembre 2026, il incarne parfaitement la réussite que le festival souhaite propulser.“C’est ce type de projet qu’on souhaite défendre, mais également ceux des artistes en qui on voit du potentiel.” Le but est clair : que les artistes programmés aujourd’hui soient les Theodora ou les Georgio de demain. “C’est un game sélectif, il n’y a pas de place pour tout le monde, mais on essaye de montrer ce qui est foisonnant”. La liste des artistes s’est récemment allongée avec une deuxième vague de noms qui confirme cette direction éclectique. On y retrouve Blue Jay, Bleu Soleil, Camoufly, Dakeez, Ève, Me&George, Pamela, Sean, Upsilone, Xo et Zélie. Ils rejoignent les premiers confirmés comme Camille Yembe, Piche ou Romsii. Chaque artiste ayant été choisi pour son audace et sa capacité à proposer quelque chose de nouveau.
Le Bikini reste le vaisseau amiral de cette aventure. Pour Mathias et Hugo, l’imbrication entre la salle et le festival est naturelle. Il a toujours été rock et novateur ; CTRL+F en est le résident logique. Et pour plus tard ? Ils voient loin, mais pas forcément plus grand. L’objectif n’est pas de gonfler la jauge (de 2400 personnes) ou d’ajouter des jours de festival, mais de renforcer cette relation de confiance avec les Toulousains. “L’idéal serait d’arriver à un stade où on peut annoncer l’événement sans aucune programmation, et que les gens prennent quand même leurs places les yeux fermés parce qu’ils savent que ça sera qualitatif”. Le marché des festivals est aujourd’hui une jungle où les prix s’envolent. Mais CTRL+F veut rester un événement qui soulagera les portefeuilles légers. Le pass deux jours est ainsi à 49 euros, avec le dernier jour gratuit, soit moins cher que la moyenne des concerts classiques au Bikini. C’est un pari sur l’audace : « On propose une quinzaine ou une vingtaine de concerts par soir, donc le tarif est assez attractif ».

La mue des Curiosités pour laisser place à la relève… ©Louis Derigon
L’ambition de CTRL+F dépasse largement les trois jours de weekend. Les programmateurs imaginent déjà le projet évoluer. Au-delà du festival, ils veulent que CTRL+F devienne un repère permanent dans l’agenda culturel toulousain. « On aimerait se placer comme un label qui promeut la découverte ». Cela signifie que des concerts et des soirées pourraient être organisés tout au long de l’année sous cette bannière. Le festival devient ainsi la partie émergée d’un travail de défrichage quotidien.
L’an dernier, l’annonce de la « dernière édition des Curiosités » avait créé une petite secousse. Mais l’équipe a vite compris qu’il serait dommage d’abandonner un projet qui propose quelque chose d’unique dans le paysage festivalier. Le Weekend des Curiosités se positionnait dans le top 3 ou 4 des festivals d’artistes émergents en France, et CTRL+F promet suivre cette lignée. C’est un engagement de découverte des talents de demain, d’une ambiance garantie et d’une expérience collective ouverte. Les curieux de la Ville Rose ont rendez-vous au printemps pour valider ce nouveau chapitre qui s’annonce déjà comme un incontournable.
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