Marie-Hélène Lafon publie Hors champs aux éditions Buchet Chastel. Un récit à deux voix pour dire l’intime.

Marie-Hélène Lafon © Olivier ROLLER
On retrouve d’emblée les décors chers à l’autrice. Un lien viscéral à la terre. Un décor rural, âpre et silencieux. À l’intérieur des murs, une famille. Le père, propriétaire autoritaire de la ferme. La mère, femme solide, attentive et observatrice. La sœur, jeune fille qui rêve d’un horizon plus vaste. Le frère, destiné à reprendre l’exploitation agricole. Le quotidien s’installe. Identique, jour après jour. Rude et inquiétant. Car l’avenir dépend de la ferme, et de sa fragilité. La tension grandit à mesure que les colères muettes prennent racine en chacun.
La fatalité d’être
Gilles, le garçon, doit bientôt renoncer à l’enfance, aux jeux et à l’insouciance. Son père veille. Il sera celui qui reprendra l’héritage familial. Un autre choix est impensable. La ferme ou rien. Et Gilles ne cherche même pas à se rebeller. Il exécutera sa mission. Claire, sa sœur, observe. Son statut de fille lui offre une liberté — mais aussi une forme d’exclusion. Alors elle s’éloigne. D’abord pour ses études. Son monde s’élargit, s’ouvre à tous les possibles. Ce sera l’enseignement, puis l’écriture. Lorsqu’elle revient sur ses terres, elle constate le chemin inverse parcouru par Gilles. Celui de l’enfermement, du rétrécissement. Gilles est devenu taciturne, dur, solitaire, enchaîné à la ferme et à une forme de fatalisme.
Avec une économie de mots, mais une puissance verbale qu’on lui connaît, Marie-Hélène Lafon parcourt cinquante années de la vie de Gilles et Claire. Des décennies de labeur, de choix impossibles, de doutes intérieurs et parfois d’espoir. Le tout en dix tableaux réalistes et palpables. Une façon d’éveiller les sens du lecteur. De l’interpeller. De l’interroger, aussi bien sur la condition paysanne que sur la condition humaine. Car la voix de l’un peut devenir la voix de tous. Un huis clos sobre, puissant et profondément incarné !


