Très discrète depuis 2019 et la sortie de l’excellent album « L’An 40 », Jeanne Cherhal a enfin redonné de ses nouvelles, en avril dernier, avec la sortie de son 7e disque sobrement intitulé « Jeanne », réalisé par son ami Benjamin Biolay. La chanteuse nantaise sera sur la scène de la salle Interférences, à Balma, jeudi 12 février.

Jeanne Cherhal. Photo Jean-François Robert
On a beaucoup aimé Jeanne Cherhal dans les années 2010 avec ses trois albums magnifiques, « Charade », « Histoire de J. » et « L’An 40 », dans lesquels tant musicalement que sur le plan des textes brillait son talent. Et puis, la chanteuse a passé du temps avec le répertoire de Véronique Sanson, sa grande influence, et des chansons de films en version piano-voix. Pour la matérielle, Jeanne Cherhal a eu la grande chance (espérée par bien des artistes) d’écrire les paroles de pas moins de 4 chansons pour Johnny Hallyday, sur des musiques de Yodelice, durant la même décennie glorieuse.
L’album qu’on attendait
La suite a été beaucoup plus discrète, sans nouveaux titres à l’horizon ni tournées conséquentes. Et puis, grâce au soutien de Benjamin Biolay et de Pierre-Alexandre Vertadier (le dernier tourneur…de Johnny chez Décibels Productions), Jeanne Cherhal s’est remise à la tâche. Libérée de son contrat avec la maison de disques Barclay, la chanteuse a autoproduit son 7e album, « Jeanne », démontrant aisément qu’elle n’avait rien perdu de sa créativité. Dès l’entame, son « Rodrigues » nous séduit. Il y a son jeu de piano charmeur, son esprit pop paisible, délicat puis lyrique. Et bien sûr cette voix profonde qui nous embarque dans de belles sensations. D’autres titres comme « La marée », « Sahara » ou « Grande est ma chance » ont le même pouvoir d’attraction. Benjamin Biolay y a sa part, lui qui a réalisé l’album, avec la subtilité qu’on lui connaît (ah ! ces envolées de cordes et ces cuivres chaleureux…) Comme parolière, Jeanne Cherhal vogue entre douceur contemplative (quand il s’agit d’évoquer la nature) et ironie cinglante (pour dénoncer les travers de certains). « Le cri des loups » est dans ce registre implacable. Sur un rythme plutôt sautillant, la chanteuse dézingue « les indécents, les imbéciles » et leurs « pièges habiles » ; ceux qui « hachaient menu-menu (sa) chair au désespoir ». A la fin, on entend le président Macron se disant – à contretemps de l’actualité judiciaire – « grand admirateur de Depardieu »…
Sur scène, un sacré tempérament
Jeanne Cherhal a le sens de la formule. Dans « La marée », elle raconte « le ressac oublié de (son) ventre blessé », les « frissons inquiétants », les « secousses glacées ». Pour autant, tout n’est pas mélancolique ou sombre dans ses chansons. Son « Jean » est l’occasion d’une confession très directe : « Est-ce la ligne de votre cul ou vos yeux qui m’ont conquise ? » « Faut plus qu’on se revoie », son duo avec Benjamin Biolay, est du même tonneau, à la manière des grands classiques Gainsbourg-Birkin. Lui : « Est-ce juste ton cul ou ton air sévère qui m’a plu ? » Elle : « J’ai deux heures devant moi et j’ai envie de faire l’amour ». Et ce n’est qu’un aperçu d’un ping-pong verbal qui démontre qu’entre les deux oiseaux, ce n’est « pas anodin du tout ».
Jeanne Cherhal sera en concert à la salle Interférences, à Balma, jeudi 12 février, et c’est un moment rare à déguster absolument. Sa vigueur, son abattage, son charme ravageur sont décuplés sur scène, tant l’artiste maîtrise son art. On peut aussi compter sur les 4 musiciens qui l’accompagneront pour rendre toute la splendeur mélodique magnifiée par le travail de Benjamin Biolay.
Jeanne Cherhal en concert jeudi 12 février à 20 heures à la salle Interférences de Balma. Tarif : 45 euros. Première partie : Julii Sharp. Placement libre.


