Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Ninotchka d’Ernst Lubitsch
« Garbo rit ! » : c’est par ce slogan publicitaire que le film d’Ernst Lubitsch fut promu avec la promesse de découvrir enfin la star suédoise dans une comédie. Il était temps car Ninotchka, sorti en 1939, fut son avant-dernier film, mais il brille d’un éclat particulier grâce à la rencontre entre l’actrice et le maître de la comédie sophistiquée. Voici donc Nina Yakouchova, alias Ninotchka, rigide commissaire politique soviétique, envoyée à Paris afin de superviser la mission de trois agents chargés de vendre des bijoux ayant appartenu à une aristocrate russe exilée dans la capitale française depuis la révolution de 1917. Or, les trois hommes se sont vite laissés séduire par les plaisirs de la ville-lumière et par là même du capitalisme. L’incorruptible et doctrinaire Ninotchka va, à son tour, faillir en tombant sous le charme d’un aristocrate parisien, le comte d’Algout…

Trois ans avant sa charge contre le nazisme avec l’irrésistible To Be or Not to Be, Lubitsch s’attaque au communisme à travers cette délicieuse satire. Tout en cassant à l’écran l’image froide et mélodramatique de la grande Greta Garbo, le metteur en scène procède de la même façon pour le personnage de Ninotchka – intransigeante, sectaire, revêche – découvrant peu à peu les bonheurs de la vie et l’amour.
Nul message ni discours propagandiste cependant devant la caméra de Lubitsch. Si la dénonciation du Goulag, des exécutions sommaires, des grandes purges et du caractère à la fois absurde et totalitaire du régime soviétique est présente au gré d’allusions aussi directes que piquantes, Ninotchka transforme cet arrière-plan historico-politique en ressort dramatique. Les personnages pourront-ils échapper à leurs milieux et à leurs pays respectifs afin de vivre librement leur amour ? En outre, le tableau des Russes blancs n’est pas moins corrosif que celui des communistes. A son habitude, Lubitsch se joue des clichés, des apparences, des préjugés. Tout est annoncé et semble prévisible, pourtant les surprises sont au rendez-vous.

Aux discours formatés et aux idéologies, Lubitsch oppose la légèreté, la frivolité, l’élégance. Les dialogues pétillent : « – C’est une injustice sociale !, – Cela dépend du tarif… ». Le champagne guérit tous les maux. L’impeccable Melvyn Douglas donne la réplique à une Garbo remarquable de justesse et de finesse. Les non-dits et les sous-entendus ont leur place dans cette éblouissante comédie romantique. On appelait cela la « Lubitsch’s touch ». Elle n’a jamais été égalée. Il faut voir et revoir ses joyaux parmi lesquels Ninotchka.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS





















































































































































































































