Critique Théâtre. Théatredelacité. Toulouse, le 24/1/26. La De Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias / Baro d’Evel. Avec des musiciens de l’orchestre de chambre de Toulouse et la pie-corbeau Gus.
Baro d’Evel avec LA nous enchante.
Ce spectacle repris pour le ThéâtredelaCité fait partie d’un dytique avec Falaise. Chaque spectacle est le négatif de l’autre. LA en blanc, Falaise en noir.

LA est un duo funambulesque de poésie grotesque. Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias forment un couple de danseurs virtuoses, de clowns divins et d’acrobates sensationnels. Il se dégage du moindre geste comme des mouvements de grande ampleur une poésie et une grâce insondables. Le décor semble très simple. Trois cotés ferment la scène sur une certaine hauteur. Il est blanc immaculé. Les deux artistes passent à son travers, dans des bruits de coquilles d’œuf rompus, d’abord lui puis elle. La pie elle arrivera de côté.

Ce duo humain avec l’oiseau va créer une suite de scénettes souvent grotesques mais toujours belles et poétiques. Après cette sorte de naissance ou cette entrée dans un intérieur mystérieux les murs se noircissent. Petit à petit une sorte de dessin de paysage se matérialise sous nos yeux. Le plus actif pour le dessin en noir sur le blanc est l’homme. Avec des moyens des plus étranges comme les coups de micro balancé au bout de son fil. Les thèmes proposés sont le dedans et le dehors, l’altérité, l’entraide, la naissance, la solitude et l’empathie, la construction d’un couple. Le public est traversé par des émotions très fortes.

La beauté est porteuse d’émotions contradictoires. La musique dans cette nouvelle version de la pièce apporte beaucoup.
L’orchestre de chambre de Toulouse est dans la fosse mais voit les deux acteurs. Il y a une vraie connexion entre musiciens et acteurs. La fusion est totale. La musique habille les émotions avec de la profondeur. Camille et Blaï chantent avec beaucoup d’émotions. Les voix sont fragiles, surtout celle de Camille avec une délicatesse incroyable. Le grand pas de deux en un ballet d’une virtuosité sublime propose des portés de toute beauté. La pie-corbeau Gus est un acteur un peu cabotin mais semblant comprendre toute les situations. Ses vols à travers la scène, entre la salle et la scène, la manière dont l’oiseau détruit une note en papier sont inouïs. Ses mouvements sur les pieds de Camille sont des moments incroyables, comme magiques. L’humour est magnifique tout du long.

Vraiment ces moments de poésie apportent beaucoup de joie au public qui fait une standing ovation aux artistes. Les 6 musiciens viennent saluer avec les deux artistes et la Pie Gus.
En fait ce spectacle n’est pas très long, mais il est si riche d’émotions, de beauté, d’humour et de surprises que le temps s’arrête en sa compagnie. Le public debout a exulté en ce soir de dernière représentation au ThéâtreDeLaCité. La salle était comble comme chaque soir.

Nous avions beaucoup aimé Qui som ? en décembre 24. Retrouver LA comme amplifié par la musique avec l’orchestre de chambre de Toulouse est un vrai bonheur.
Photos: François Passerini.
sauf la dernière : H.S.

Hubert Stoecklin
