Philippe Besson publie Une pension en Italie aux éditions Julliard. Retour en arrière sur un épisode familial aussi fondateur qu’émouvant.

Philippe Besson © David Morganti
Le narrateur interroge sa mère. Encore. Car une pièce du puzzle familial manque — une pièce centrale : celle du grand-père, Paul. Jamais connu. Disparu. Pourquoi ? Et pourquoi ce silence malaisant dès qu’il s’agit d’évoquer cet aïeul ? Le narrateur perçoit un malaise, des non-dits, peut-être des mensonges. Et surtout un secret, trop longtemps enfoui. La mère finit par lâcher quelques bribes, ici et là. Une vérité semble peu à peu émerger. Pour lever les derniers flous, il ne reste alors qu’une solution : enquêter. Faire le chemin inverse.
Le récit d’un désir
Retour dans les années 1960. Paul, quadragénaire, est professeur d’italien à Nice. Il aime passionnément l’Italie. Lors d’un été caniculaire, il décide d’emmener sa femme Gaby et leurs deux filles, Colette et Suzanne — la mère du narrateur — dans le sud du pays. Après un long trajet en voiture, la famille arrive dans une charmante pension en Toscane. Madame Sophia les accueille avec entrain et bienveillance. Tout pour le confort de ses hôtes. Le soir, ils sont attendus dans la salle de repas pour déguster des plats locaux. Aux fourneaux, l’énigmatique et séduisant Sandro. Le premier soir, alors que celui-ci énonce le menu, son regard croise celui de Paul. Une seconde. La seconde qui fera tout basculer.
Avec ingéniosité et sensibilité, Philippe Besson retrace le parcours d’un homme déchiré, tiraillé. D’un homme qui découvre son identité. Mais aussi la sensualité et la liberté d’être soi. Enfin, autant que possible, dans une époque qui enferme et condamne. Être libre, à quel prix ? Celui de perdre sa famille et ses deux filles ? Celui de vivre dans la culpabilité d’avoir abandonné les siens ?
Il faudra le temps d’une génération pour que le petit-fils refuse cette fatalité. Pour qu’il comble ce qui est resté sous silence et vienne réparer les blessures anciennes. Le texte, empreint de poésie et de passion, rappelle de grands classiques comme Sur la route de Madison, mentionné dans le roman. On y retrouve la même intensité, le même suspense, mais avec une fin peut-être différente — peut-être plus optimiste. Car là réside le brio de Philippe Besson : rendre solaires et vivants les désirs et les pulsions dissimulés. Un texte poignant à bien des égards.
Une pension en Italie • Julliard


