Chaque mois de janvier, la Semaine franco-allemande place l’amitié entre l’Hexagone et l’Outre-Rhin sur le devant de la scène. Cette année encore, Toulouse célébrera ce rendez-vous avec ses institutions partenaires, à l’instar du Goethe Institut. Dans ce cadre, le public de la Cité des Violettes sera invité à appréhender autrement les deux pays européens, à travers différents temps forts, du 22 au 31 janvier prochains.

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Plus de 60 ans de coopération, ça se fête ! Le 22 janvier 1963, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer scellaient l’amitié entre l’Allemagne et la France via la signature du traité de l’Élysée. La relation franco-allemande franchissait alors un nouveau cap. 40 ans plus tard, la Journée franco-allemande, naturellement établie le 22 janvier, voyait le jour.
Pour célébrer davantage cette amitié de longue date, il y a bien sûr la version longue : la Semaine franco-allemande, attendue du jeudi 22 au samedi 31 janvier 2026. Ce rendez-vous sera honoré à Toulouse, sous l’impulsion de la municipalité et ses institutions partenaires, dont le Goethe Institut. Un florilège de propositions culturelles et de rencontres sera donc proposé aux habitants de la Cité des Violettes, pour découvrir l’Allemagne et la France sous de nouvelles perspectives.
Zoom sur le programme
Les festivités débuteront le 22 janvier à 19h30 avec un concert du trio Rozhinkes, en hommage à la chanteuse américaine Molly Picon. Au menu : des chansons issues d’œuvres théâtrales yiddish, de films et de comédies musicales. Une ouverture bercée de diverses influences musicales, suivie d’un verre, pour partager une véritable parenthèse conviviale. Au fil de la semaine, les Toulousains seront ensuite conviés à différents temps forts gratuits dans la ville. Notamment au programme : une conférence-débat sur le thème du journalisme à l’ère des fake news, une lecture scénique, un après-midi linguistique autour de pâtisseries, ou encore un récital consacré à la tradition musicale lorraine.

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Cinq questions à Stefanie Neubert, directrice du Goethe Institut depuis 2011

Stefanie Neubert © Goethe Institut
Pouvez-vous revenir sur les fondations de l’amitié franco-allemande ?
Ce qui nous relie, ce sont une histoire européenne et franco-allemande commune, ainsi que des envies et des intérêts communs. Aujourd’hui, la stabilité de l’axe franco-allemand est même un des facteurs de la stabilité de l’Europe. Donc notre envie, en tant que Goethe Institut, est de faire en sorte que cet axe reste fort au niveau culturel et reste quelque chose de regardé avec intérêt par les populations française et allemande. D’ailleurs, les relations culturelles peuvent être un ciment pour la relation franco-allemande tout court.
Malheureusement, on vit dans une ère où la situation géopolitique fait que beaucoup de fonds sont dirigés vers la défense et vers des domaines considérés comme stratégiquement nécessaires. Et notre institut – comme d’autres instituts en France et dans le monde – espère pouvoir démontrer que la culture est aussi un élément stratégique et participe aussi à une stabilisation, à une société à la fois diverse et ouverte.
En effet, comme vous l’avez statué l’an passé, nos sociétés sont fragilisées par des crises politiques et la montée des extrémismes. Quel rôle concret l’art et la culture peuvent-ils jouer dans ce contexte ?
Malheureusement, je pense que l’art et la culture doivent se défendre dans un contexte qui est encore plus rude que l’année dernière. Et notre rôle est de donner des outils et des moyens pour que les gens continuent à se rencontrer, à échanger, et peut-être briser des murs grâce au dialogue. Notre vocation est de proposer des manifestations et des rencontres pour éviter que chacun reste dans son trou avec ses préjugés.
Comment décririez-vous la programmation 2026 de la Semaine franco-allemande ?
À Toulouse, elle est très large. Elle comprend toutes sortes de genres artistiques : cinéma, débats, expositions, rencontres linguistiques, visites guidées en langue allemande et littérature. Avec l’école allemande de Toulouse, on invite notamment la journaliste allemande Susanne Freitag-Carteron. Le sujet des échanges est le journalisme à l’ère des fake news, et plus spécifiquement comment les journalistes – surtout des chaînes publiques – essayent de se battre et faire face à un regard sceptique vis-à-vis du journalisme. Le débat concerne également ce que ça veut dire d’être journaliste, alors que pas mal de monde parle de Lügenpresse comme on le dit en allemand, c’est-à-dire d’une presse mensongère, comme si tous les médias étaient des menteurs.

Susanne Freitag-Carteron © Max Sonnenschein
Quels sont vos objectifs avec cette 23è édition ?
On essaie surtout de réinventer les formats et les propositions, mais nos objectifs ne sont pas forcément changés, et plutôt renforcés. Nous avons toujours cette envie d’attirer l’attention sur les tendances culturelles et artistiques en Allemagne, en invitant des artistes, que ce soit des réalisateurs, des musiciens, ou même une journaliste. De manière globale, notre objectif est de garder la vivacité des liens entre la France et l’Allemagne, démontrer – si c’était nécessaire – l’importance de ces liens, et surtout donner envie de s’intéresser davantage aux pays voisins.
Plus globalement, comment le Goethe Institut s’inscrit-il tout au long de l’année dans cette mission de dialogue entre les cultures française et allemande ?
Les instituts travaillent de façon étroite avec des partenaires locaux ou régionaux. Par exemple, ils coopèrent pour inviter des artistes sur des festivals – que ce soit des évènements littéraires, musicaux, ou d’art visuel – pour contribuer à la régularité et la vivacité des échanges. Nous avons quatre instituts en France, mais sommes actifs sur six lieux différents, et nous travaillons davantage en réseau pour construire des programmes culturels plus visibles.
Par exemple, nous avons commencé à travailler sur un projet pour attirer l’attention sur des artistes originaux et souvent méconnus de l’Allemagne de l’Est. Que ce soit la nouvelle génération qui est née après la chute du mur, et qui vit depuis la naissance les transformations de la société allemande, ou alors des artistes et intellectuels qui étaient déjà actifs avant la chute du mur, et ont souvent été censurés ou mis à l’écart. Ils ont des propositions artistiques et intellectuelles souvent originales, mais qui ne sont pas assez entendues ou pas assez vues. Pour résumer, nous travaillons ensemble pour montrer des aspects de la culture allemande qui ne sont peut-être pas encore assez connus ici, en France, et nous sommes plus forts et visibles en réseau.


