C’est un peu de musique de chambre pour violon-piano qu’il vous offre. Ce sera le mardi 27 janvier. Au clavier David Fray et à l’archet le prodige Daniel Lozakovich. Ils interprèteront du Bach, Jean- Sébastien et du Beethoven. Le jeune violoniste a un début de carrière “hallucinant“ avec des commentaires du même niveau, qui se résument en deux embryons de phrases : “maîtrise parfaite“ et “talent exceptionnel“. Il semble avoir déjà joué partout dans le monde. Mais partout, ce n’est pas n’importe où. Il trouve même le temps d’enregistrer et ce, depuis son premier CD à quinze ans. Et il a juste 24 ans !
Quant au pianiste, un habitué de la Halle, il est plus raisonnable peut-être, ancré dans notre région, et fondateur et directeur artistique très investi du festival “L’Offrande musicale“ né dans les Pyrénées. Mais c’est aussi une magnifique carrière internationale qu’il poursuit.
C’est donc bien un tandem d’exception qui vous attend à la Halle à 20h dans le cadre du Cycle Grands Interprètes.
Programme :
Jean-Sébastien BACH :
Sonate pour violon et piano n° 1 en si mineur, BWV 1014
Sonate pour violon et piano n° 3 en mi majeur, BWV 1016
Ludwig von BEETHOVEN :
Sonate pour violon et piano n°9 en la majeur, opus 47 « à Kreutzer »
Daniel Lozakovich, dont le talent majestueux laisse critiques et publics pantois, est né à Stockholm en 2001 où il commence le violon vers ses sept ans, un peu trop tard, paraît-il. Mais, le surdoué suédois de l’archet apprend vite, très vite, très très vite ! Sa carrière solo débute deux ans plus tard – il a neuf ans ! – auprès des Virtuoses de Moscou et Vladimir Spivakov. Il parle le suédois, le russe, en famille, l’anglais et l’allemand !

Daniel Lozakovich © Martin Raphaël Martiq
Tel un météore, Daniel Lozakovich joue déjà régulièrement avec des orchestres parmi les plus reconnus. Il collabore avec des chefs d’orchestres internationaux prestigieux dont la liste est déjà fort longue, impressionnante. Récemment, il a répondu à l’invitation du Boston Symphony Orchestra dirigé par Andris Nelsons. Sont aussi notables, son apparition new-yorkaise au Mostly Mozart Festival aux côtés de Louis Langrée, sa collaboration avec Klaus Mäkelä pour le Cleveland Orchestra ou encore sa participation avec Esa-Pekka Salonen, alors au Los Angeles Philharmonic. Parmi ses tournées marquantes, il faut noter celle qu’il a entreprise avec Valery Gergiev en Asie et au Japon ainsi que celle qu’il a réalisée sous la direction d’Andrés Orozco-Estrada pour le Hr-Sinfonieorchester. Toutes ses saisons sont qualifiées de remarquables.
Soliste très recherché, il connaît dès l’adolescence puis tout jeune homme les salles les plus prestigieuses. Il est régulièrement invité aux festivals internationaux de musique, comme le Verbier Festival, les Sommets Musicaux de Gstaad, le Festival de Rotterdam, le Festival des Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, le Festival de Pâques de Moscou,……En un mot, c’est un début de carrière “scotchant“ !!
À 15 ans, c’est le plus jeune musicien signant un contrat d’exclusivité avec la Deutsche Grammophon. En effet, en 2018, il publie son premier album composé des concertos pour violon et de la solo partita n°2 de Bach qui s’est hissé en haut du classement des ventes musicales en Allemagne et sur Amazon France. Dédié à Tchaïkovski, son deuxième album, None but the lonely heart, est sorti en 2019. En 2020, il enregistre un troisième album live dans lequel il joue, avec le Münchner Philharmoniker, le concerto pour violon de Beethoven, dirigé par Valery Gergiev. Et il n’a que…22 ans au 1er avril.
Il est le lauréat de nombreuses récompenses dont le premier prix du Vladimir Spivakov International Violin Competition de 2016. Il joue sur deux instruments ; le Stradivari « ex-Baron Rotschild » gracieusement prêté par Reuning & Son (Boston) et Eduard Wulfson ainsi que le Stradivarius Le Reynier (1727) prêté par LVMH. Il joue aussi le Stradivarius, le Sancy, ce précieux violon qui accompagna plus de soixante ans Ivry Gitlis jusqu’à son décès en 2020.

David Fray © James Bort / Warner
Sonate n° 9 en la majeur Op. 47 dite Sonate à Kreutzer
Elle est en quatre mouvements :
Adagio sostenuto – Presto
Andante con variazioni
Finale: Presto
Elle est composée en 1803, et jouée pour la première fois le 4 mai 1803, à un concert à l’Augarten-Halle de Vienne, par George Augustus Polgreen Bridgetower, violoniste prodige de vingt-quatre ans, mulâtre né de mère polonaise et de père dit “prince abyssinien“, plutôt des Caraïbes. Beethoven est au piano. Dans l’assistance, comme on dit, il y a tout le monde. Elle est publiée dans la foulée en 1805 et bizarrement dédiée “al suo amico“ Rudolph Kreutzer, éminent violoniste parisien qui ne l’aura jamais joué en public. Il la déclarait, carrément, “inintelligible“.
Elle est dite écrite dans un style très concertant, indique le sous-titre, comme celui d’un concerto. L’histoire de cette sonate est sujette à caution et on retiendra cependant que Beethoven, sollicité par Bridgetower en personne pour écrire une sonate pour telle date, eut de grandes difficultés pour la terminer à temps. Il s’agit ici pour le compositeur d’établir entre les deux instruments le dialogue animé et dialectique et qui sont la part du soliste et de l’orchestre dans un concerto. Certains parleront même alors, d’un véritable corps à corps entre le violon et le piano. On sait que la partie violon était écrite depuis quelque temps puisqu’elle correspond au finale d’une sonate pour violon complète, la première des trois sonates Op.30. Une façon de gagner du temps.
Enfin, on sait que la période est complexe pour le musicien. La surdité est bien déclarée. Son fameux Testament de Heiligenstadt rédigé en 1802 est toujours dans ses bagages, et l’idée de sa Symphonie n° 3 dite Héroïque trotte toujours dans sa tête, pendant que des angoisses monstres le rongent.
Johann Sebastian Bach 1685-1750
Sonate pour violon et piano en si mineur BWV 1014
Adagio – Allegro – Andante – Allegro
Sonate pour violon et piano en mi majeur BWV 1016
Adagio – Allegro – Adagio ma non tanto – Allegro

Jean-Sébastien Bach
La musique de chambre du compositeur se révèle très abondante Et c’est à partir de toutes ces admirables pages que l’on va retrouver le violon, “l’instrument des plus lyriques épanchements“ et le piano succédant au clavecin. Sonates pour violon et piano, on dira plutôt sonates pour violon et clavecin que sont la BWV 1014 et 1016. Elles font partie des Six BWV 1014-1019 que le fils Carl Philip-Emanuel qualifiait de “trios à clavier“ car le violon et la main droite du clavecin sont des partenaires égaux, tandis que la main gauche joue une partie de basse séparée, ce qui permet bien d’affirmer que ce sont de véritables “sonates en trio“. Bach père appréciait énormément cette collection de six puisqu’il est prouvé qu’il les a retravaillées jusqu’à sa mort en 1750. Elles auraient été écrites dans la période Köthen 1717-1723.
Dans la BWV 1016 par exemple, « le clavecin joue encore un rôle d’accompagnement mais dès l’Allegro, les deux musiciens échangent avec enthousiasme le matériau thématique. Le célèbre Adagio, qualifié de mélodieux par Carl-Philipp pourrait presque passer pour une passacaille classique si le violon ne prenait pas rapidement le relais pour les accords d’accompagnement, laissant ainsi une large place au clavecin. L’entrelacement est alors complet. Le dernier mouvement, exubérant, se déploie autour de deux thèmes : au début et à la fin, une démonstration virtuose de traits rapides et vifs, et au milieu, une ligne plus lyrique de triolets ondulants. »




