Cécile Coulon publie Le visage de la nuit aux éditions de l’Iconoclaste. Le récit croisé d’un monstre et d’un ange.

Cécile Coulon © Laura Stevens // Modds
D’abord, une ambiance. Celle du Fond du Puits. Un village solitaire, silencieux. Hostile à bien des égards. Ou chaque maison cache un mystère ou un secret. Dans l’une d’entre elles vivent un père et son fils. Un père brusque, un enfant malade. Alors on prévient le guérisseur. Sans bruit, sans mot, il guérit l’enfant d’une fièvre atroce. Mais, il prévient, l’enfant vivra avec un visage déformé. Insoutenable. Le père en devient fou furieux. Il quitte le foyer et abandonne le jeune garçon. Hagard, des villageois le trouvent sur le chemin et l’embarquent. Dès lors, une vie de solitude attend l’enfant.
Les ombres de la nuit
Le prêtre du village recueille le jeune garçon. Désormais prénommé, le monstre. L’église, retirée du village, devient à la fois son refuge et sa prison. Il ne peut pas en sortir. C’est ce que lui conseille le prêtre. Car les gens ne sont pas prêts. Les gens sont cruels. La laideur de l’enfant pourrait susciter la méchanceté. Et pire encore. Alors le prêtre promet au garçon de lui offrir une instruction et un lieu sécurisant. Pour cela, il est aidé par l’ancienne institutrice. Elle aussi vit recluse depuis l’incendie criminel de l’école. Aveugle, mais guidée par une sagesse intuitive, elle aidera et aimera l’enfant maudit.
Une nouvelle vie s’articule autour de ces trois personnages, cabossés mais résistants. Le jeune garçon grandit, s’éduque et retrouve une forme de liberté à la nuit tombée. Là où le danger semble s’écarter, là où personne ne peut être heurté par l’apparence du garçonnet. La nuit se révèle amicale, surprenante et enseignante. Un soir, il croise une autre âme errante. Une jeune fille enveloppée d’un large manteau. Elle aussi porte un lourd secret : celui de veiller sur un frère que l’on cache. Pour des raisons opposées à celle du monstre. Le frère est doté d’une beauté extrême. Si parfaite qu’elle doit être dissimulée de la vindicte probable. Les histoires se font échos dans la nuit, mais jusqu’à quand pourra-t-elle les protéger ?
Cécile Coulon au-delà de s’interroger sur la bêtise humaine, la jalousie et la monstruosité, dresse un portrait lumineux de deux enfants que tout oppose. Elle montre que les apparences sont trompeuses et condamne les êtres pour des raisons futiles. Quand, à l’inverse, ce qui ne se voit pas dissimule parfois des visages abjects. Tout cela est porté par l’écriture poétique, musicale et enchanteresse, à laquelle Cécile Coulon nous a habitués, livres après livres.
Le visage de la nuit / Cécile Coulon • L’Iconoclaste


