Le 31 mars dernier, les Clefs de Saint-Pierre avaient choisi d’explorer le riche répertoire des musiques d’Europe Centrale. Quatre musiciennes et musiciens des pupitres de cordes de l’Orchestre national du Capitole et un pianiste de talent ont ainsi présenté un programme original d’œuvres représentatives de la période romantique et « Mitteleuropa ».

De gauche à droite : Kristi Gjezi, Thibaud Epp, Eléonore Epp, Juliette Gil et Pierre Gil – Photo Classictoulouse –
Comme le remarque en début de soirée le Président de l’association des Clefs de Saint-Pierre, Laurent Grégoire, ce concert réunit, auprès du violoniste super-soliste de la formation symphonique toulousaine Kristi Gjezi, un couple, composé de Juliette et Pierre Gil, respectivement altiste et violoncelliste, et une fratrie, celle constituée de la violoniste Eléonore Epp et du pianiste Thibaud Epp. Il n’est pas impossible d’imaginer qu’une telle configuration « familiale » explique en partie la belle cohésion instrumentale et musicale qui préside tout au long de ce concert.
L’équilibre remarquable entre les cinq voies de ce quintette constitue l’un des éléments essentiels de la qualité de l’ensemble. Les combinaisons sonores ainsi que les choix de phrasés s’avèrent parfaitement réalisés, comme naturellement. Les deux grandes œuvres inscrites au programme possèdent à l’évidence des point communs, elles n’en démontrent pas moins leur propre personnalité. La présentation liminaire de Jean-Sébastien Borsarello en caractérise bien les éléments.
Le Quintette pour piano et cordes n° 1 opus 1 en do mineur, qui ouvre le concert, constitue une œuvre de jeunesse du compositeur hongrois Ernő Dohnányi (Ernst von Dohnányi en allemand) né en 1877 et mort en 1960. A l’opposé, le Quintette n° 2 op. 81 en la majeur d’Antonín Dvořák (1841-1904) date de la fin de vie du compositeur.
La partition de Dohnányi s’ouvre sur un Allegro chaleureux dont les interprètes soulignent le lyrisme chaleureux de l’écriture. Suit un Scherzo : Allegro vivace, vif et joyeux, et son Trio coloré. L’Adagio quasi Andante débute avec un solo d’alto somptueusement nostalgique, magnifiquement phrasé par Juliette Gil, suivi par ses complices qui déroulent un tissu d’un subtil lyrisme.
Le Finale : Allegro animato évoque une danse animée au rythme joyeux. Un beau solo de violoncelle est suivi d’une fugue au classicisme inattendu. Une coda enthousiaste conclut cette découverte bienvenue.

Au premier plan : Kristi Gjezi, Eléonore Epp, Juliette Gil, Pierre Gil. Au second plan : le pianiste Thibaud Epp – Photo Classictoulouse –
Le Quintette n° 2 op. 81 en la majeur d’Antonín Dvořák, joué en seconde partie de soirée, possède une ampleur et une durée véritablement symphoniques. L’Allegro ma non tanto initial s’ouvre sur un nouveau solo de violoncelle, accompagné avec grand talent par le pianiste Thibaud Epp. L’ensemble des musiciens avance d’un pas décidé, comme en chantant. Le mouvement suivant, intitulé Dumka, est un Andante con moto inspiré d’un genre slave de poésie méditative et élégiaque qui porte ce nom. Associé au deuil, il se développe dans une succession d’atmosphères contrastées et de plages musicales parfaitement caractérisées par les interprètes.
Le bref troisième mouvement, Scherzo, porte la mention « Furiant », en référence à une danse traditionnelle bohémienne pleine de vivacité. Le violoncelle et l’alto, tout en pizzicati, se relayent pour en soutenir le rythme alors que le premier violon déclame la mélodie principale. Joyeux et rythmé, le Finale : Allegro évoque une polka allègre dans laquelle le second violon démarre une fugue, comme dans le final du Quintette de Dohnányi. A la suite d’un épisode de style choral, un accelerando propulse l’œuvre vers l’une des codas les plus brillantes du compositeur.
L’accueil enthousiaste du public débouche sur un bis qui reprend le Scherzo (Furiant) de ce stimulant Quintette de Dvořák. Une fois de plus on admire la cohésion à la fois technique et musicale dont ces musiciens font preuve. Un vrai bonheur !
Serge Chauzy
une chronique de ClassicToulouse