Marty Supreme, un film de Josh Safdie
Marty Supreme, alias Marty Mauser dans le film, n’a pas vraiment existé. Par contre Marty Reisman (1930-2012), oui. Il fut même, au milieu du siècle dernier, un pongiste de renom, titulaire de cinq titres mondiaux. Si le dernier opus de Josh Safdie s’inspire du livre que cet athlète de haut niveau a écrit (The Money Player), il en a gardé la partie sportive et la flamboyance de son auteur, la licence romanesque prenant le relai. Il fallait bien Timothée Chalamet pour l’incarner. En fait le réalisateur a littéralement fait le film pour le héros de Dune.

Timothée Chalamet (Marty Mauser) – Crédit : A24
Pour en revenir à Marty Mauser, le scénario nous trace son irrépressible ascension, sa soif de lumière et de gloire. Et surtout de réussite. Nous sommes en 1952. Alors que le ping-pong est peu connu aux USA, Marty développe une virtuosité face à la petite balle en plastique qui lui ouvre rapidement des cercles plus ou moins louches dans lesquels il gagne quelques dollars. Mais il est convaincu de valoir beaucoup plus. Se vendant corps et âme à la femme d’un milliardaire sponsorisant une compétition de pongistes au Japon, il va, petit à petit, se faire une place à l’international. Il faut dire que rien ne lui résiste. Véritable tête à claques, Marty n’hésite devant aucune combine pour arriver à ses fins. Sa folle énergie et son bagout de bonimenteur faisant le reste.
Assurant son rôle de showman, il demeure malgré tout un puriste dans son art, refusant l’emploi de nouvelles raquettes avec mousse. Cette figure iconoclaste du ping-pong sortira ce sport de la zone de sous-culture dans laquelle il était fréquenté alors par des marginaux et des étudiants courant après le moindre billet pour survivre.
Timothée Chalamet est parfait en pongiste survolté, ne craignant aucun interdit, brisant toutes les frontières, d’une audace folle. Nous le suivons, en courant, dans son incroyable odyssée. Alors, certes, le film est émaillé de séquences de ping-pong, et comment en serait-il autrement, plutôt bien montées d’ailleurs, avec ce qu’il faut de suspense à la clé. Mais c’est la dynamique du film qui emporte tout, nous faisant oublier les 2h30 de durée. Le portrait de ce Rastignac du tennis de table, aussi euphorisant que percutant, est une vraie réussite.

