Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Adieu ma concubine de Chen Kaige
Couronné par la Palme d’or en 1993 (avec La Leçon de piano de Jane Campion), le long-métrage de Chen Kaige marque la consécration internationale du cinéma chinois et hongkongais que le public occidental découvre réellement, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, dans sa variété à travers les œuvres de Zhang Yimou, John Woo, Tsui Hark ou Wong Kar-wai. Se déroulant sur un peu plus d’un demi-siècle, le film relate l’amitié entre Douzi et Xiaolou, jeunes élèves de l’opéra de Pékin en 1924 qui font leur apprentissage en jouant les rôles principaux de la célèbre pièce Adieu ma concubine relatant les amours contrariées entre le prince Xiang Yu et Yu Ji. Plus tard, Xiaolou épousera Juxian, une ancienne prostituée, suscitant ainsi la jalousie de son partenaire de scène qui sombre dans la drogue.

Fresque historique et mélodrame amoureux, Adieu ma concubine, adapté du roman de Lilian Lee, déploie durant près de trois heures un ballet de couleurs, de mouvements, de sentiments entre grand spectacle et drame intimiste. Le personnage de Douzi, interprété par la star de la chanson et du cinéma Leslie Cheung qui se suicidera en 2003, est un être déchiré tant dans son identité que dans ses sentiments pour Xiaolou.
Table rase
De l’occupation japonaise à la prise du pouvoir par les communistes, l’Histoire offre un arrière-plan accompagnant les destinées individuelles tandis que les épisodes relatifs à la Révolution culturelle renvoient à la propre expérience de Chen Kaige qui fut enrôlé enfant dans les Gardes rouges et dénonça ses parents. Cette culpabilité imprègne le film, lui conférant sa part la plus sombre et tragique. Le jeu, le théâtre, la fiction, l’ambiguïté n’ont plus leur place traditionnelle dans ce nouveau monde faisant table rase du passé. La délation, les aveux publics, la violence brute font rage.

Audacieux dans son propos (le film fut censuré en Chine), Adieu ma concubine l’est moins dans sa forme qui n’est pas sans évoquer le cinéma de David Lean et certaines productions hollywoodiennes de l’âge d’or. D’où aussi le succès mondial du film de Chen Kaige qui offrait, quelques années après Le Sorgho rouge de Zhang Yimou, un nouveau rôle marquant à Gong Li appelée à devenir une star planétaire.
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