Après Sarah Bernhardt devant la caméra de Guillaume Nicloux en 2024, voici une autre « divine », son homologue et contemporaine italienne : Eleonora Duse, la « Duse ». Pietro Marcello nous offre ici un biopic centré sur les derniers temps de son existence. Pour être un brin académique, il n’en demeure pas moins éblouissant de par la présence dans le rôle-titre de Valeria Bruni Tedeschi, ici sur ses sommets.

Valeria Bruni Tedeschi (la Duse) – Crédit : Erika Kuenka
Né en 1858, Eleonora Duse est aujourd’hui considérée comme la Sarah Bernhardt transalpine, ce qui n’est pas un mince compliment. Ce biopic nous la fait croiser alors que le premier conflit mondial accumule les millions de morts. Elle est en fin de carrière et une santé chancelante fait redouter le pire à ses proches. La guerre est enfin terminée. Dépourvue de ressources car ruinée par un banquier en faillite, Eleonora Duse décide de remonter sur les planches malgré l’avis contraire de son médecin. Criblée de dettes, elle va recevoir, et accepter, le soutien de Mussolini sans se rendre compte de l’image qu’elle apporte au Duce. Mère indigne, elle évite autant sa fille Enrichetta que ses petits-enfants. Mais tout cela est anecdotique dans le portrait que nous en trace le réalisateur. Ce dernier se concentre sur l’artiste et sa volonté de mourir sur scène, jouer jusqu’à son dernier souffle alors qu’elle se sait au crépuscule de sa vie. Il était impossible de ne pas rencontrer Gabriele D’Annunzio, dont elle fut l’une des nombreuses maîtresses, tout comme la Divine française d’ailleurs. De 14 ans son aînée, cette dernière, sous les traits de Noémie Lvovski, lui donne la réplique lors d’une rencontre dantesque dans un restaurant. Scène culte !! Ce film est entrecoupé d’images d’archives montrant le périple du Soldat inconnu dans toute l’Italie, avec ces centaines de milliers d’Italiens s’agenouillant au passage du train couvert de fleurs transportant le cercueil. L’artiste peut-il se compromettre politiquement ? La réponse est dans la question, tout en n’étant pas vraiment le sujet de ce biopic. Ici il est question d’une comédienne qui a su, un temps, sublimer son art. S’il ne reste aucune trace de ses prestations, la critique de l’époque nous le laisse entendre néanmoins. Il fallait donc une très grande actrice moderne pour entrer, non pas dans son jeu, mais dans sa psyché. Nulle autre que la franco-italienne Valeria Bruni Tedeschi ne pouvait revêtir les parures démesurées de ce monstre sacré. Elle le fait avec une fièvre de chaque instant d’une telle intensité que la Duse aura désormais pour nous sa voix, ses regards, ses postures, son élégance.

