Après le succès de premières adresses dans l’Hexagone, la ronron-librairie Mon Chat Pitre ouvrira ses portes à Toulouse, le 20 avril prochain. Un établissement pas comme les autres, à découvrir au 24 rue de la Bourse, ancien écrin de la librairie jeunesse Tire-Lire. Le concept : allier le plaisir de la lecture au bien-être procuré par les chats, dont le bonheur est également au cœur de l’initiative. En effet, les matous présents seront issus de refuges et d’associations. Culture 31 a échangé avec Solène Chavanne, cofondatrice du projet.

Solène Chavanne
Culture 31 : Une ronron-librairie, c’est quoi ?
Solène Chavanne : C’est une librairie généraliste avec des chats. Un lieu où on retrouve la combinaison parfaite de l’apaisement du chat – parce que le chat est quand même l’animal le plus serein qu’il soit, avec les bienfaits connus de la ronron-thérapie – et des bienfaits d’un moment de lecture et de la présence des livres.
Comment cette idée de concept est-elle née ? Quel a été le déclic ?
Avant, j’étais journaliste sur LCI. J’avais une chronique avec des animaux en plateau, et je faisais adopter des chiens et des chats le dimanche matin, en direct. Puis je me suis levée un matin, et j’ai vu mon chat allongé sur mon livre. Je savais que les ronron-librairies n’existaient pas, même s’il y avait des cafés à chats. Puisque j’étais journaliste dans ce domaine, je l’aurais su. J’en ai donc parlé à mon mari de l’époque, également journaliste, qui m’a dit que c’était une excellente idée. On a quitté Paris pour s’installer à Aix-en-Provence. Bien qu’on soit séparés, on reste les cofondateurs de Mon Chat Pitre.

Solène Chavanne et Jean-Philippe Doux, cofondateurs de Mon Chat Pitre
Deux adresses existent déjà à Aix-en-Provence et Colmar. Pourquoi Toulouse pour votre troisième implantation ?
J’ai lancé un appel aux candidatures et j’ai fait une cagnotte en ligne pour pouvoir développer le concept en franchise. J’ai eu une demande énorme avec 300 candidatures de franchise, et ce jusqu’en Argentine… Partout dans le monde ! En fait, tout dépend des candidats et des rencontres. Je sélectionne ceux qui ont les épaules pour faire un Mon Chapitre, parce que c’est un investissement, il faut pouvoir gérer une librairie. Puis évidemment, il faut aimer les chats et les livres ! Là, il va d’abord y avoir une ouverture à Toulouse, puis à Bordeaux, Albi et Versailles.
Par ailleurs, vous dites proposer une sélection exigeante de livres. C’est-à-dire ?
C’est une librairie généraliste, donc l’important pour nous, c’est vraiment qu’il y ait tous les rayons possibles. Après, ce sont des librairies indépendantes, on insiste là-dessus. C’est-à-dire qu’elles ont leur propre stock. On veut que chaque librairie puisse se faire plaisir. L’idée de l’exigence repose sur le fait que les livres sont choisis avec soin en fonction du public de Mon Chat Pitre et des goûts des libraires, mais surtout qu’il y en ait vraiment pour tous les goûts. Il y un rayon jeunesse, un rayon manga, de la littérature française, de la littérature étrangère… Tous les domaines sont présents !
Au-delà de la lecture, les visiteurs peuvent passer un moment privilégié avec les chats présents. Comment sont choisis les animaux ? Doivent-ils avoir un caractère particulier ?
Premier critère indispensable, il doit être HPI et savoir lire ! (Rires). Plus sérieusement, il faut vraiment qu’il soit très sociable, voire carrément pot de colle avec les humains. Ce serait un cauchemar pour un chat un peu timide et craintif, parce qu’ils ont vraiment beaucoup de sollicitations. On choisit le genre de chats qui aiment qu’on les papouille quand ils dorment. Même si les gens n’ont pas le droit de les porter, parce que ce ne serait pas agréable pour eux. En tout cas, ils ont caresses illimitées, parce que j’ai vraiment choisi des chats qui adorent ça. Autre critère : le chat doit bien s’entendre avec les autres chats, mais aussi avec les chiens, parce que je veux absolument qu’on accepte les chiens guides d’aveugles. C’est impératif pour moi.

Vous vous renseignez donc directement auprès des refuges et d’associations.
Oui, et c’est très important pour moi de faire travailler les associations locales et de les mettre en valeur. Les petites associations ont besoin de visibilité et font un travail incroyable, que ce soit pour les adoptions ou la stérilisation. Ils connaissent par cœur leurs chats, et le travail de sélection se fait avec eux. Sans oublier qu’on a le record d’abandons en France, donc je voulais vraiment les mettre en avant. Et pour Toulouse, il y a une petite particularité. Il y aura deux petites chattes qui viennent d’Ibiza, et je suis en train d’adopter un chat qui a été trouvé dans une poubelle en Grèce. J’ai eu un appel au secours d’une dame merveilleuse pour ce petit chat noir, qui viendra directement de Grèce. Ça va être très cosmopolite !
Seul Mon Chat Pitre adopte les chats présents dans les librairies.
Exactement, sauf si le chat ne se plaît pas à Mon Chat Pitre, auquel cas on réfléchit à la meilleure solution pour lui. Parce qu’on peut avoir un chat très pot de colle, mais qui ne se plaît pas dans cet environnement. Sinon, ce sont des ambassadeurs des chats de refuge. Comme on est un commerce, je ne voulais pas que les gens puissent partir avec un livre, donc un objet, et un chat. Parfois, ils ont déjà été abandonnés plusieurs fois, et ils sont souvent très heureux dans leur nouvelle vie et se lient d’amitié avec leurs copains chats. L’idée, c’est vraiment d’en faire des ambassadeurs, et même un peu des stars des réseaux sociaux. Et justement, on fait adopter des chats encore en refuge par le biais de nos réseaux sociaux. Mais les nôtres restent en librairie tant qu’ils y sont bien.

Que se passe-t’il pour les chats hors des horaires d’ouverture de la ronron-librairie ?
Ils sont toujours dans la ronron-librairie. C’est pour ça qu’on a exigé au minimum 130 mètres carrés de librairie, avec des ponts suspendus. Vraiment un univers très agréable, que ce soit lumineux. Et donc, ce sont des chats d’appartement. Pour ce qui est des jours de fermeture, on s’organise déjà pour qu’il n’y ait pas de fermeture de vacances. Et les jours comme le dimanche, on va les voir ! Mais le chat est un animal qui dort énormément, les jours de fermeture, ils sont bien contents. Quand j’y vais, ils sont rangés sur les étagères. Ils sont toujours entre eux, donc il n’y a pas de souci, et ça leur fait un peu de calme.
Par ailleurs, chaque chat est parrainé par une personnalité médiatique. Comment choisissez-vous les personnalités marraines ?
Au départ, quand j’ai créé Mon Chat Pitre à Aix-en-Provence, c’était essentiellement des amis. Il y avait Faustine Bollaert, Maxime Chattam, etc. Et puis là, on a par exemple reçu la demande de Catherine Benguigui pour Versailles. Elle m’a dit qu’elle adorerait être marraine. Donc c’est avant tout des rencontres et des gens qui adhèrent au concept, qui donnent leur voix pour que nos valeurs de retour à la lecture et de protection animale puissent avoir plus d’impact.
Côté fréquentation, dans les établissements existants, vous avez une clientèle internationale, venue des quatre coins du monde. Comment expliquez-vous ce succès ?
Ça tient beaucoup aux réseaux sociaux. Je m’amuse énormément avec la communication de Mon Chat Pitre. Certains chats sont même devenus des stars internationales. Notamment Marcel, qui a été trouvé dans une poubelle et qui a fait décoller les vidéos à des millions de vues. Les gens viennent de l’autre bout de la planète pour le voir ! On m’a demandé des autographes de Marcel et les gens se prennent en photo avec lui. Il faut dire qu’il a une passion assez unique pour les lustres de la librairie. Il s’y pend tout le temps, donc les gens ont commencé à l’adorer. Et puis on a Titou, qui a un strabisme. L’idée, c’est aussi de montrer des chats comme ça, qui ont une particularité. On a fait plus de 60 millions de vues depuis l’ouverture ! Du coup, les gens viennent de partout.
Marcel a-t’il fait son autographe ?
Pour le coup, il ne l’a pas fait, parce que je ne trouve pas ça bien de mettre de l’encre sur une patte de chat. Et ça fait justement partie des choses que j’essaye de ne pas faire : ni les déguiser, ni faire de l’anthropomorphisme. Ils sont tellement drôles qu’il suffit de les observer. Et c’est vrai que je me suis beaucoup amusée à faire des vidéos pour les réseaux sociaux. Puis les gens ont vraiment adhéré. Il y a vraiment quelque chose de magique à Mon Chat Pitre. On n’a jamais vu un râleur franchir la porte ! C’est une sélection naturelle à l’entrée. Il n’y a que des gens bienveillants, avec de l’humour, qui se parlent entre eux. Et ça, c’est vraiment grâce aux chats !
Vous visez donc le même type de public à Toulouse.
C’est notre public. On a une demande tellement énorme à Toulouse. Les gens me réclament les villes et Toulouse revenait tout le temps. Ils sont ravis qu’un Mon Chat Pitre arrive ici !
Propos recueillis par Inès Desnot

