Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Duel au soleil de King Vidor
Réalisateur de films à succès devenus des classiques à l’ère du muet (La Grande Parade, La Foule), King Vidor a également signé nombre de longs métrages marquants en passant au parlant comme Hallelujah !, Le Champion, Notre pain quotidien, Le Grand Passage ou Le Rebelle. Mais dans sa riche filmographie, Duel au soleil, sorti en 1946, brille d’un éclat particulier même si ce western inclassable ne constitue pas son œuvre la plus personnelle. Produit par le mythique David O. Selznick, auquel on doit notamment Autant en emporte le vent, le film fut également scénarisé par le despotique producteur qui évinça Vidor de la fin du tournage au profit, entre autres, de William Dieterle ou de Josef von Sternberg.

Duel au soleil est tout entier construit autour de Jennifer Jones, la muse et la future épouse de Selznick (de 1949 à 1965) qui décida d’en faire une star. Elle campe ici Pearl Chavez, jeune fille métisse dont le père fut condamné à la pendaison après avoir tué sa femme et l’amant de celle-ci. Confiée à une amie de son père, Laura Belle McCanless, épouse d’un sénateur et grand propriétaire terrien, Pearl fait la connaissance des deux fils de la famille : Jesse, le bon garçon, et Lewt, voyou et séducteur. Evidemment, entre les deux, son cœur balance, mais le charisme du mauvais fils l’emportera…
Eros et Thanatos
Dès l’ouverture, une voix off présente le décor où se dénouera l’issue fatale des deux amants. Par la suite, en dépit de passages plus classiques, Duel au soleil ne va pas se départir de la démesure, du baroque, de l’outrance qui font sa signature par-delà les décennies. Mêlant acteurs légendaires d’Hollywood (Lilian Gish, Lionel Barrymore) et vedettes du moment (Joseph Cotten, Gregory Peck), le film se focalise sur Jennifer Jones, ancienne interprète de Bernadette Soubirous et objet de désir filmé avec un érotisme défiant la censure de l’époque. Nulle surprise d’ailleurs que le puritanisme et la religiosité soient moqués dans ce portrait amoureux d’une « pécheresse » à la beauté aussi incandescente que le Technicolor.

Le racisme, la jalousie et la rivalité mimétique imprègnent cette tragédie sur l’amour fou qu’auraient adorée les surréalistes. Duel au soleil regorge d’imperfections, de clichés, de kitsch, mais son sens du baroque, son audace et sa flamboyance transcendent le pur western mélodramatique pour le transformer en une œuvre inoubliable où Eros et Thanatos se livrent leur éternel combat. A l’image de la scène finale, l’une des plus iconiques de l’histoire du cinéma…
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