Le nouveau film de Kelly Reichardt, sur les écrans le 4 février, nous plonge dans l’Amérique des années 1970 sur les pas d’un jeune père de famille braquant un musée.

The Mastermind – photo Condor Distribution
Début des années 1970 dans une petite ville du Massachusetts. J.B. Mooney, menuisier au chômage, marié et père de jumeaux, s’ennuie, mais a une idée derrière la tête. Une visite en famille au musée d’art local lui permet de constater que la sécurité, comme au Louvre, n’est pas le fort de l’établissement. Le vol d’une figurine en bois lui donne d’autres ambitions. Pourquoi ne pas tenter de dérober quatre toiles du peintre Arthur Dove ? Mooney entraîne dans son projet une bande de pieds nickelés aussi fiables qu’un serment d’ivrogne. Le braquage tourne mal, mais la petite bande rafle les toiles convoitées. Les ennuis commencent cependant pour « le cerveau »…
Le début de The Mastermind évoque le loufoque des frères Coen, mais le film bifurque ensuite vers un ton plus grave, doux-amer, désenchanté, mélancolique. Le braqueur amateur va se trouver emporté dans une spirale en forme de dérive sans issue. Avec une bande-son jazzy et une photographie aux couleurs automnales, Kelly Reichardt lorgne du côté d’un certain cinéma américain des années 1970. On songe à Jerry Schatzberg, Bob Rafelson ou John Cassavettes. La reconstitution vintage (grain de la pellicule, vêtements, voitures…) fonctionne dans cette ballade au cœur d’une Amérique en crise minée par la guerre du Vietnam. Cependant, l’exercice se révèle assez vain.
Film hybride
The Mastermind s’étire complaisamment. L’ennui s’invite. Josh O’Connor occupe l’écran en semblant se demander parfois ce qu’il fait là. On regrette qu’Alana Haim, découverte comme actrice dans Licorice Pizza et Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, ne fasse que passer (on peut aussi l’écouter dans l’épatant groupe pop rock Haim créé avec ses deux sœurs). Kelly Reichardt, réalisatrice notamment de Night Moves et First Cow, encensée par la critique, couronnée à plusieurs reprises au festival de Deauville, abonnée au festival de Cannes, est considérée comme le nouveau petit génie du cinéma américain. Il est permis de ne pas partager l’admiration collective.
Les scènes de manifestations violemment réprimées par la police trouvent un écho inattendu avec l’actualité. Quant à la chute du film, elle offre une pirouette d’un humour noir très kafkaïen qui achève de faire de The Mastermind un objet hybride, pas totalement dénué de charme, mais absolument dispensable.

