Arthur aka Jeune Mac comment à s’imposer dans le paysage du street art toulousain, en déposant ses dessins dans l’espace public avec une approche originale et spontanée. Autodidacte, il suit un bachelor en design graphique avant de se lancer en indépendant dans l’art et sa démarche actuelle. Il lance sa propre marque de vêtements, Anjulu, et déplace ensuite son univers au fil des rues. Depuis novembre 2025, muni de ses Posca, il profite de ses promenades quotidiennes dans la ville rose pour chercher des encombrants sur lesquels dessiner son personnage, accompagné de messages positifs de courage. Plus qu’un simple street artist, Jeune Mac revendique une démarche tournée vers la transmission et le partage, en particulier auprès des jeunes. Aujourd’hui, il commence à se faire un vrai nom à Toulouse, avec l’envie de marquer la ville à son échelle, sans jamais perdre l’essence de ce qui l’a fait commencer.

Jeune Mac espère pouvoir réaliser la fresque du Rose Festival 2026. ©JeuneMac
Culture 31 : Tu fais quoi aujourd’hui concrètement ?
Arthur : Je me suis lancé en freelance en graphisme. J’ai travaillé pour quelques boîtes, notamment pour réaliser des t-shirts. Les gens m’ont surtout contacté via ce biais-là. J’ai aussi développé ma propre marque de vêtements en 2022, qui s’est vraiment développée en 2023. C’est à ce moment-là que j’ai fait une première sortie, mais j’ai beaucoup changé de DA en cours de route : le nom, le style graphique… Je me cherchais encore. 2024, ça a été l’année où j’ai vraiment fait plus de choses, et 2025 a bien continué sur cette lancée. Petit à petit, j’ai commencé à pousser davantage mon côté artistique, notamment à partir de novembre.
Qu’est-ce qui t’avait donné envie de créer ta marque ?
L’idée a commencé à germer en terminale. J’étais au lycée Saint-Sernin, et chaque année, il y avait un concours pour créer les pulls du lycée. Cette année-là, Bigflo et Oli s’occupaient du projet avec leur marque, Visionnaire. Je me suis dit que c’était une super opportunité. Pendant les vacances de Noël 2021, j’ai créé cinq logos. Trois ont été sélectionnés parmi tous ceux présentés, puis un a été choisi : le mien. Résultat, on a produit environ 1 500 pulls. À ce moment-là, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas aller plus loin. En parallèle, je suivais des marques indépendantes, notamment Supa à Toulouse, et d’autres créateurs partout en France. Je me suis dit : vas-y, j’essaie. J’avais besoin d’un objectif, d’un truc qui me fasse me lever le matin. J’en avais marre de ne rien faire de concret. Peu importe que ça marche ou pas, je voulais juste avancer.
Qu’est ce qui a inspiré ton art ?
Je suis beaucoup d’artistes sur les réseaux. J’aime énormément le travail de Emmans (MNS), pour son style graphique très fort. J’essaie parfois de m’en approcher, même si lui raconte plus des scènes de vie que moi. Il y a aussi un artiste espagnol, Naiabyy, et un autre artiste américain. Ils ont des traits très précis que j’adore. Après, mon projet Jeune Mac ne part pas forcément de quelqu’un en particulier, c’est un univers qui m’est vraiment venu naturellement.

Arthur peint principalement dans la rue, sur tout type de matière. ©JeuneMac
Justement, comment est né Jeune Mac ?
À la base, je faisais des dessins chez moi. Un jour, j’en ai déposé un, que je trouvais trop grand, près de poubelles dans la rue. Un gars l’a récupéré et m’a demandé si je voulais le reprendre et je lui ai répondu qu’il pouvait bien évidemment le garder. Et après ça, j’y ai réfléchi et je me suis dit que ce serait cool de déposer plus de mes dessins dans la rue. Au début je dessinais chez moi le soir et le lendemain je les scotchais dans la rue et je postais ça sur TikTok. Les gens venaient les récupérer. Ensuite, j’ai eu envie de faire plus grand, plus original. Un jour, je suis tombé sur une plaque abandonnée sur le trottoir. Je me suis dit que c’était parfait : c’est grand, c’est déjà là, ça ne dérange pas. J’ai donc commencé à peindre directement sur les encombrants dans la rue. Tout s’est fait comme ça, sans calcul.
Tu as ton personnage très original que tu utilises pour chacun de tes dessins, un peu comme ta signature. L’idée t’es venue rapidement ?
Non. Au début, j’avais un autre personnage, mais il était trop compliqué à exploiter. Il avait des yeux en forme de cœur, et pour les expressions, c’était un enfer. En septembre 2025, je me suis posé une semaine chez moi. J’ai dessiné tout ce temps sans réfléchir, sans me demander si ce que je créais était bien ou pas. À la fin, j’avais une pile de dessins. J’ai mélangé plusieurs éléments de différents personnages et c’est comme ça que le mien est né.

Ses dessins sont toujours accompagnés de phrases positives, ainsi que de sa signature. ©JeuneMac
Pourquoi le nom Jeune Mac ? C’est ton pseudo d’artistes, est-ce que tu as également appelé ton personnage comme ça ?
“Mac” vient de Mac Miller. Sa musique m’a beaucoup accompagné dans une période pas facile. Puis je cherchais un nom court, simple. Le “Jeune”, c’est venu comme ça, pour rajouter un petit truc en plus. Il n’y a pas de réflexion ultra poussée. Mon personnage n’a pas – encore – vraiment de nom officiel, donc je l’appelle Mac aussi pour l’instant.
Tu t’es déjà formé une audience assez importante, que ce soit sur Tiktok et sur Instagram, comment vis-tu ces interactions sociales à la fois physiques et en ligne ?
Des gens viennent parfois me voir lorsque je dessine dans la rue. Ils viennent me poser des questions sur ce que je fais, parfois ce sont des personnes qui m’ont vus sur les réseaux et viennent discuter avec moi de la démarche. Récemment, une maman et sa fille se sont arrêtées. C’était une jeune d’environ 17 ans, elle m’a dit qu’elle aussi voulait devenir graphiste. On a longuement discuté, et ça m’a beaucoup touché. J’ai aussi rencontré un monsieur martiniquais, on a parlé quelques minutes, mais c’était super enrichissant. Chaque rencontre me marque, je m’en souviens presque toutes. J’ai souvent des doutes, je n’en parle pas sur les réseaux, mais je doute tout le temps. À chaque fois que quelqu’un m’envoie un message pour me dire de continuer, ça me rassure énormément. Je me dis que ce que je fais a du sens pour les gens. Au départ, je faisais ça pour moi. Maintenant, c’est devenu un vrai échange.
Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ?
Pas du tout, honnêtement. C’est encore très compliqué financièrement. Je commence à avoir quelques revenus avec des tableaux, je réalise également des dessins pour des devantures de restaurants, mais ce n’est pas suffisant. Puisque tout ce que je gagne avec mon art, je le réinvestis dans d’autres projets. J’ai un petit job à mi-temps à côté pour payer tout ce qui est matériel qui ne va malheureusement bientôt plus être suffisant donc je pense augmenter la cadence à ce niveau. Mais je veux quand même garder du temps pour l’art dans tout ça, j’y accorde beaucoup d’importance.
Est-ce que tu es fier de toi aujourd’hui ?
Oui, je pense que oui. Avant, j’avais l’impression de ne jamais en faire assez. Mais avec du recul, et grâce à mes proches, je me rends compte que j’ai accompli pas mal de choses importantes pour moi. Surtout, il y a peu de temps, je n’aurai jamais osé faire ça. Trop peur du regard des gens, trop de doutes aussi. Aujourd’hui, de voir que ça touche les gens, que ceux pour lesquels je fais ça aussi d’une certaine manière sont réceptifs aux messages que je veux faire passer, à mon art en général, c’est la plus grande victoire.
Tu as certainement des projets à venir… j’ai vu passer ta candidature pour réaliser un projet avec le Rose Festival ?
Exactement ! Mon objectif récent, c’est ça, réaliser la fresque du Rose que Bigflo et Oli proposent à un artiste d’ici. J’ai posté une vidéo sur les réseaux pour faire passer le message, maintenant j’attends j’attends de voir ! J’ai eu un message d’Oli qui m’a dit qu’ils allaient regarder, qu’ils trouvaient ça chouette. Donc on verra. Après, de manière générale, j’aimerais faire un maximum de projets ici, à Toulouse. Travailler avec des structures ou des organisations avec lesquelles j’ai grandi. Par exemple, le Stade Toulousain : mon père nous emmenait souvent aux matchs quand j’étais enfant. Si un jour je peux faire un projet là-bas, ce serait incroyable. Les Abattoirs aussi, c’est un musée que j’affectionne particulièrement. Ce sont des lieux qui me font rêver. Ça paraît un peu inaccessible, mais je les garde sur ma liste. L’idée, c’est vraiment de faire un maximum de choses ici, dans cette ville. Et quand je sentirai que j’ai fait ce que je voulais faire à Toulouse, que j’ai marqué la ville à mon échelle, là je me dirai peut-être : ok, maintenant on peut aller voir ailleurs.

En plus des Posca, Arthur utilise souvent ses pinceaux pour réaliser ses oeuvres. ©JeuneMac
Qu’est-ce que tu aimerais que Toulouse retienne de toi, au-delà de tes œuvres ?
Le positif que j’essaie de transmettre. Plus que l’objet en lui-même ou le dessin, j’aimerais que les gens retiennent l’énergie, la bienveillance, le fait que tout est fait par passion et par cœur, pas dans un but commercial. Jusqu’ici, j’ai plus donné que reçu, que ce soit en termes de visibilité ou d’argent, mais je le fais parce que j’aime transmettre du positif. Je veux que les gens voient ça en premier : quelqu’un qui crée pour les autres, qui donne de la force, du courage. Au début, je déposais souvent mes dessins près des écoles, des universités. Je pense beaucoup aux étudiants, aux jeunes qui sont un peu perdus, qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent faire. Si ça peut leur donner le sourire ou un petit déclic, c’est gagné.
Propos recueillis par Julie Akacha



