Nouvelle évocation du fameux procès des hauts dignitaires nazis, « Nuremberg », de James Vanderbilt, a le défaut des grosses productions américaines, forcément simplificatrices. Mais le film a aussi pour mérite de rappeler aux jeunes générations combien fut déterminant ce moment historique, venant clore une guerre ayant coûté la vie à 60 millions d’hommes, dont 6 millions de juifs exterminés par les Allemands.

Rami Malek et Russell Crowe dans « Nuremberg ». Photo Nour Distribution
Il faut préciser d’emblée que « Nuremberg » n’est pas vraiment un film de procès, de nombreux documentaires ayant déjà été réalisés sur le sujet. Sur deux heures trente de projection, les audiences à l’intérieur du tribunal (qui durèrent de novembre 1945 à octobre 1946) occupent moins d’une heure, le reste du temps servant à expliquer le contexte de cette fin de Seconde Guerre mondiale, terrible boucherie marquée par l’infamie des camps d’extermination nazis. Le scénariste et réalisateur James Vanderbilt (on lui doit les scripts de « Wedding Nightmare » et « Scream 7 » – pas vraiment le même registre) raconte assez longuement les préparatifs d’une opération inédite réunissant Américains, Britanniques, Russes et Français et validant la notion juridique de crime de guerre et de crime contre l’humanité.
Le nazi et le psy
Adaptant un livre sur un aspect méconnu du procès, il focalise son attention sur les échanges préparatoires entre le psychiatre américain Douglas Kelley (Rami Malek) et le « Reichmarschall » Hermann Göring (Russell Crowe), l’un des plus proches collaborateurs d’Hitler. En cellule se crée une curieuse attention réciproque entre le médecin et son tristement illustre « patient ». Se dégage finalement une banale vérité : Göring et ses comparses sont des hommes, devenus des monstres par soif de pouvoir et aveuglement idéologique. C’est manifeste lors de l’intervention de Göring au cours du procès. Le dignitaire nazi, qui rejette la faute sur Himmler (qui s’est suicidé en mai 1945), prétend n’avoir rien su de la « solution finale » ayant méthodiquement conduit 6 millions de civils (essentiellement des juifs) à la mort. Il apparaît en chef de gang arrogant voire goguenard, s’amusant dans le box avec les 23 co-accusés, réduits dans le film à des silhouettes dont on a vite saisi le caractère malfaisant.
En noir et blanc, les archives de l’horreur
L’autre moment fort des audiences (ou du moins de l’ultra résumé qu’en fait le film), qui installe un silence absolu à Nuremberg, est la projection d’images tournées par les Américains lors de la libération des camps. Les cadavres sont entassés et parfois ramassés au bulldozer « pour limiter la propagation des épidémies », les rares survivants décharnés, les yeux enfoncés dans les orbites. Ce qui durait une heure lors du vrai procès nous coupe le souffle, même réduit à quelques extraits. Et, rare moment de sobriété dans « Nuremberg », ce noir et blanc implacable est diffusé sans commentaire et sans musique (par ailleurs tonitruante et martiale). Le film de James Vanderbilt a donc le mérite de rappeler, notamment aux jeunes générations, tout ce que signifie l’horreur nazie à une époque où les dirigeants autoritaires voire fascistes reprennent le pouvoir un peu partout dans le monde.
Impressionnant Russell Crowe
Sur le plan strictement artistique, outre le soin apporté à la reconstitution historique, il vaut pour le jeu des principaux acteurs, Russell Crowe en tête en méchant boursouflé (où est passé le héros athlétique de « Gladiator » et « Robin des Bois » ?) à l’ego démesuré. Dans le rôle du procureur américain, Michael Shannon impose sa haute stature et sa voix grave alors que Richard E. Grant interprète solidement un juriste anglais. On n’en dira pas autant de Rami Malek, dont le jeu caricatural se résume à une bouche pincée et des roulements d’yeux répétés.
« Nuremberg », de James Vanderbilt, au cinéma mercredi 28 janvier.

