Digne héritier de Ken Loach, Brendan Canty raconte, avec « Christy and his brother », la vie difficile d’un adolescent dans une Irlande précarisée. La tonalité est sombre mais cette chronique sociale est portée par un souffle de vie puissant.

Diarmuid Noyes et Danny Power dans « Christy and his brother ». Photo Pyramide Films
Certes, l’histoire paraît avoir été racontée des dizaines de fois. Elle met en scène un adolescent irlandais de 17 ans, Christy, qui vient habiter chez son demi-frère, Shane, après avoir été viré d’une famille d’accueil. Le premier est impulsif et mal dans sa peau. Le second a réussi à trouver un projet de vie en s’installant comme artisan peintre et en formant un couple avec bébé. Les deux partagent une enfance cabossée et le lointain souvenir d’une mère morte trop tôt. Comment vont-ils renouer les fils d’une fraternité déchirée ? Et comment Christy va-t-il trouver sa voie, entre tentations délinquantes (un vil cousin s’y emploie) et vie professionnelle potentielle (une amie de sa mère, coiffeuse, veut le prendre sous son aile) ?
Loin des clichés
Tel est l’enjeu dramatique de « Christy ans his brother » (qu’on aurait pu traduire, sans effort, par « Christy et son frère »). Il est donc un peu limité et propice aux clichés. Clichés que, fort heureusement, Brendan Canty et son scénariste Alan O’Gorman évitent largement. Bien sûr, le réalisateur raconte un quotidien difficile dans une banlieue de Cork qui n’a rien à voir avec les cartes postales de l’Irlande bucolique. Il faut travailler dur pour nourrir sa famille. Garder le cap pour ne pas se retrouver dans la panade. Fuir comme la peste certains « amis » aux conseils funestes…
Interprété avec intensité par Danny Power, Christy observe son environnement de ses yeux bleus d’enfant perdu. Il s’attendrit avec le bébé de son frère, se met à l’écoute d’une jeune droguée rencontrée la nuit, fait le coup de poing quand on lui cherche des noises, se rapproche d’un groupe de jeunes glandeurs – avides de tendresse derrière des propos rugueux…
Casting impeccable
Le cinéma de Brendan Canty est proche de celui de Ken Loach. Il a le même sens du casting impeccable, mélangeant comédiens professionnels et amateurs. Il filme caméra à l’épaule, au plus près des visages fatigués. Il n’édulcore rien mais laisse toujours la porte ouverte à l’espoir, à l’esprit de communauté, à l’énergie de la survie. Il évite la facilité de la noirceur absolue façon frères Dardenne. Dans sa jeune vie, Christy a pris beaucoup de coups. Un avenir possible s’offre pourtant à lui. Et le spectateur d’être à ses côtés afin, intérieurement, de l’encourager.
« Christy and his brother », de Brendan Canty, actuellement au cinema.

