Audrey MARCHAL est une passionnée. Pleinement engagée dans tous les projets qu’elle entreprend, cette Toulousaine « pur-jus et chauvine », aime relever des défis. Après avoir exercé, dès l’adolescence et pendant plus de 20 ans, le métier de chanteuse lyrique, elle est depuis deux ans la directrice de la galerie In Arte Veritas. Une nouvelle mission dans laquelle elle s’épanouit particulièrement, mais qui lui permet de poursuivre, en parallèle, la réalisation de projets plus personnels. Rencontre avec une personnalité inspirante, aux multiples talents.

Audrey MARCHAL; à la galerie In Arte Veritas
Avec son large sourire pour étendard, Audrey MARCHAL est le rayon de soleil de la rue de la Trinité, à Toulouse. Directrice depuis deux ans de la galerie d’art In Arte Veritas, elle n’aurait pourtant jamais imaginé se retrouver à ce poste : « Fin 2023, devant le constat que mon activité de coach vocal en prise de parole en public, très bien développée depuis 2020, ne laissait plus assez d’espace pour l’art dans mon quotidien, j’ai contacté Stéphane DEBOST. Ce collectionneur d’art, fondateur d’In Arte Veritas, avait racheté la Galerie Alain Daudet, que j’appréciais, et j’avais envie d’initier un partenariat avec ce lieu. L’idée de pouvoir dispenser des séances de coaching, ici, me plaisait. J’aurais pu orienter mes exercices autour des œuvres d’art, mon cadre de travail aurait été particulièrement épanouissant et cela aurait aussi permis de faire connaître la galerie à un nouveau public. Il se trouve qu’à ce moment très précis, Stéphane cherchait quelqu’un pour reprendre la direction du lieu. Nous avons échangé sur notre vision de l’art, et j’ai accepté ce nouveau défi, avec bonheur ».
Sans formation particulière en Histoire de l’Art, et n’ayant jamais eu d’emploi salarié auparavant, Audrey a dû déployer une nouvelle énergie pour donner raison à son audace : « Je découvre et j’apprends encore au quotidien. Les missions sont très variées, mais surtout très stimulantes. J’ai découvert la réalité du commerce. Je travaille aussi sur la résilience… Il faut parfois accomplir un travail important pour des ventes qui ne se font pas systématiquement. La partie logistique était aussi très nouvelle pour moi. J’ai appris à conduire un camion, à emballer des œuvres, à les transporter… Le contact privilégié que je peux avoir avec les artistes extraordinaires, dont la réputation est soit déjà internationale soit appelée à le devenir, que nous présentons m’intéresse également beaucoup. C’est merveilleux d’entrer en discussion avec eux, d’être leur partenaire. C’est précieux, et c’est également une fierté. Les relations humaines que je tisse avec eux, ou avec mes collègues ou avec les clients, me comblent en tout point. Je m’aperçois que, même si je n’y avais pas forcément pensé auparavant, ce travail est totalement taillé pour ma personnalité… Ou le contraire ! ».

Audrey MARCHAL, lors d’un vernissage, à la galerie In Arte Veritas
« J’aime partager l’amour de l’art ! »
Si Audrey est très mobilisée pour la réalisation de ses missions de directrice, son credo reste avant tout le partage et la transmission : « J’ai beaucoup de bonheur dans l’accueil et dans le fait de partager l’art. C’est d’ailleurs dans cet objectif que j’ai initié un calendrier de l’Avent, en décembre dernier, accessible à tous, pour présenter une œuvre de chacun de nos artistes, simplement. Je souhaite pouvoir donner des clés permettant de comprendre le travail de l’artiste. Évidemment, tout le monde est en mesure de ressentir une émotion immédiate, instinctive, devant un tableau, une sculpture, une installation… Et rien ne remplace la réception de l’émotion. Mais il est aussi intéressant de donner des clés pour découvrir une œuvre avec un nouvel œil. J’aime partager l’amour de l’art ».
Il y a quelques semaines, une classe d’élèves de maternelle a investi la galerie. Il s’agit de l’une des nombreuses actions de médiation imaginées par Audrey pour désacraliser le lieu et le rendre accessible au plus grand nombre : « Je souhaite que l’art soit accessible à tous. Que personne ne se sente dévalorisé. Certaines personnes admirent la vitrine, mais n’osent pas encore pousser la porte, de peur d’être jugées, ou pire parce qu’elles l’ont été ailleurs… Pour moi, ce n’est pas entendable et je réserve, évidemment, le même accueil à chaque personne qui passe le seuil de la galerie. Ma mission chez In Arte Veritas est de faire en sorte que tout le monde se sente légitime et bienvenu dans l’art. Chaque jour, je fais l’expérience de la dimension inestimable de l’art pour l’épanouissement de chacun. L’art est nécessaire, et l’art, c’est pour tout le monde. Bien sûr, tout le monde n’est pas en mesure d’acheter certaines des œuvres les plus exceptionnelles que nous exposons, mais tout le monde peut déjà les admirer, et, peut-être, à un autre moment dans sa vie, devenir acheteur ».
Sky is the limit…
Avant de devenir directrice de galerie d’art, Audrey MARCHAL a exploré plusieurs univers, toujours avec passion : « La culture, et l’art en général, ont toujours été au centre de mes passions, depuis l’enfance. J’ai de grands souvenirs des concerts en famille le dimanche matin à la Halle aux Grains. J’ai fait de la danse, du théâtre du piano,… C’était un goût familial, mais je ne suis pas née dans une famille d’artistes, donc je n’ai jamais envisagé de faire de l’art une activité principale. J’avais d’excellentes notes, donc dans mon plan de carrière, j’envisageais d’obtenir un poste qui me permette de me dégager du temps libre pour m’adonner à mes passions. Sky is the limit ».
Mais évidemment, comme dans un bon roman, rien ne se passe comme prévu. Alors lycéenne, Audrey est engagée dans un opéra pour enfants, « La Nuit bleue ». Propulsée sur le devant de la scène du Capitole, dans des conditions professionnelles, c’est la révélation. Ou en tout cas, la confirmation qu’elle doit poursuivre dans cette voie. À 14 ans, elle intègre la Maîtrise du Capitole, participe à plusieurs opéras, et vibre à l’unisson avec les professionnels qu’elle côtoie. Petit berger dans Tosca, de Puccini, sa voix est remarquée par tout le monde… Et notamment le Chef d’Orchestre qui l’incite à se présenter au Conservatoire. Elle est reçue en chant lyrique. Lorsque vient le moment de choisir une orientation, à la fin de son année de terminale scientifique, il est inimaginable pour Audrey de vivre sans musique. Elle partagera donc son temps entre le Conservatoire de Toulouse et Sciences Po Toulouse, où elle se régale autant qu’elle brille : « J’avais regardé… Géographiquement… Quelles études pouvaient me permettre de poursuivre facilement mon parcours au Conservatoire. Mais au-delà de cet aspect pratique, je me suis régalée à l’Institut d’Études Politiques. Mon mémoire a été nourri par ce double cursus et aujourd’hui encore, j’utilise tous ces enseignements précieux, au quotidien ».

Audrey MARCHAL, en concert
Diplômes en poche, Audrey MARCHAL s’est dirigée à temps plein vers le chant, pour embrasser un parcours professionnel de près de 20 ans. Avec sa voix de Soprano Colorature, elle a donné beaucoup de récitals en soliste, avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse, l’Orchestre Mozart ou encore l’Orchestre Baroque de Toulouse. Spécialisée en musique ancienne, elle a également fondé son ensemble Carré de Cœur, avec qui elle a beaucoup tourné, en région et au-delà : « J’ai pris un plaisir immense pendant toutes ces années à vivre ces moments d’intense émotion. Mais quand je suis devenue maman, j’ai commencé à reconsidérer les trop nombreux sacrifices que je devais mettre en place pour mener à bien ma carrière et protéger ma voix… La période impactée par le virus Covid-19 m’a aussi permis de prendre du recul, et en 2020, j’ai décidé de tourner la page. J’ai honoré mes derniers galas jusqu’en 2023, avec un dernier concert à la Halle aux Grains qui reste gravé dans mon cœur. Le chapitre était clos. Les sacrifices que je m’imposais et que j’imposais désormais par ricochet à ma famille devenaient trop importants. J’ai ouvert avec envie, curiosité et enthousiasme un nouveau chapitre de ma vie ».
Changement de voix
Forte des émotions intenses vécues sur scène, Audrey a mis en place de nouveaux projets ayant tous la voix comme point d’ancrage. Tantôt productrice et animatrice de l’émission KEZAKOPERA sur la radio Esprit Occitanie, afin de démocratiser l’opéra, ses grands airs et ses interprètes, tantôt conteuse d’histoires ou voix off, elle a su rebondir, grâce à la pratique de sa voix. Alors, elle a souhaité transmettre à d’autres les clés qui lui ont permis de s’épanouir : « Depuis 2020, j’ai décidé de proposer des accompagnements de prise de parole en public, pour différents corps de métiers, pour des professionnels, des étudiants, des particuliers. J’ai souhaité développer cette activité pour les aider à aborder la prise de parole en public par l’angle de la voix… La voix rayonnante, la connexion avec l’auditoire, le langage corporel, la gestion du stress… Je voulais aussi aider les gens sur la construction de leur discours : comment être percutant et mémorisé ? Malgré mon agenda bien chargé, je continue mes accompagnements les lundis. Je me sens utile… Ça me plaît ! »
Néanmoins, l’art manquait cruellement à la Toulousaine passionnée, et c’est donc par un heureux concours de circonstances, expliqué au début de ce portrait, qu’Audrey MARCHAL s’est retrouvée à la direction de la galerie In Arte Veritas. Mais loin d’être rassasiée par toutes ces missions enrichissantes, elle continue de consommer de l’art et de fréquenter les lieux d’expositions pour son plus grand plaisir : « Même si mes horaires à la galerie entrent parfois en concurrence avec les expositions, ce nouveau rythme n’a pas changé la fréquence de mes sorties culturelles, mais peut-être davantage le regard que je pose aujourd’hui sur l’art, en général. Je crois être encore plus heureuse de me rendre à chaque événement, et l’apprécier avec un regard encore plus aiguisé. Désormais, je partage aussi ces moments avec ma famille, mes enfants. Nous allons dès que possible écouter des concerts à la Halle aux Grains ou explorer les superbes expositions du Musée des Abattoirs… J’ai la sensation que c’est dans ces secondes merveilleuses, de partage et d’émotion intense, que se loge la vraie vie… Un instant de grâce et de vibration très puissant qui nous indique que la vie doit être vécue ! Je ne pourrais pas envisager de vivre sans art, sans ces émotions, mais j’ai aussi beaucoup de mal à imaginer que d’autres ne puissent pas les vivre… D’où ma volonté, certes ambitieuse, que tout le monde puisse faire l’expérience de l’art et ressente ces émotions universelles ».
Et maintenant…
La nouvelle année qui débute permettra certainement à Audrey de poursuivre cette mission de transition et de partage de sa passion. En tant que directrice, la Toulousaine souhaite d’ailleurs continuer à œuvrer pour le rayonnement de la galerie et plus personnellement, poursuivre ses accompagnements en prise de parole en public, vivre de nouvelles belles émotions grâce à l’art… Mais pas seulement : « En 2026, je crois que j’aimerais défendre encore plus la consommation d’activités culturelles et la pratique de l’art, qui selon moi n’est pas encore suffisamment valorisée. Je crois que la pratique d’un instrument au sein d’un orchestre, par exemple, peut apporter énormément à une personne, autant que la pratique d’un sport. À fortiori, en ma qualité de membre du Club des Ambassadeurs de Toulouse, j’aimerais aussi pouvoir prêter mes compétences pour des missions de mise en avant de la Culture et de Toulouse… Comme j’ai déjà pu le faire en prêtant ma voix pour le clip « Toulouse a tout ! ». J’ai cette volonté grandissante de pouvoir contribuer au dynamisme culturel et économique de notre ville, de notre région. Je suis très inspirée par les gens qui prennent des risques et qui font la qualité de notre vie au quotidien ». Curieuse, engagée, plurielle, passionnée… Audrey cultive assurément l’art du mouvement : une trajectoire en devenir, dont les prochains chapitres méritent d’être suivis de près.

