Les lendemains de fête sont toujours très calmes dans les cinémas. Cela devrait commencer à bouger le 14 janvier, du côté du cinéma français, avec la sortie de « L’affaire Bojarski », de Jean-Paul Salomé, avec Reda Kateb dans le rôle d’un faussaire qui a mis au tapis la police durant de longues années après la Seconde Guerre mondiale. A la fois portrait d’un homme blessé et enquête palpitante, le film est une belle réussite.

Reda Kateb dans « L’affaire Bojarski ». Photo Guy Ferrandis/Le Bureau Films/La Compagnie des cinémas
Qui connaît encore Jan Bojarski aujourd’hui? Cet immigré polonais né en 1912 et mort en 2003, avait défrayé la chronique, dans les années d’après-guerre, pour avoir réalisé des faux billets plus vrais que nature, et cela durant plus d’une décennie. A ses trousses, la police avait dû guetter l’erreur d’un complice pour mettre enfin à l’ombre ce délinquant aussi fuyant qu’une anguille… Cette histoire réelle, qui fit les choux gras de « Paris Match » et du quotidien « France Soir », a inspiré à Jean-Paul Salomé un film qui est autant l’évocation d’une longue enquête depuis tombée dans l’oubli que la description méthodique d’une double obsession. Il y a celle, bien sûr, d’un commissaire qui mettra sa carrière en péril pour se fixer sur un gang, puis un homme seul, au détriment de toutes ses autres enquêtes. Et puis celle d’un immigré polonais que la France tardera à régulariser alors qu’il était plein de ressources.
Excellent Reda Kateb
Interprété, tout de souffrance rentrée, par un excellent Reda Kateb, Jan Bojarski fut tout d’abord un incroyable inventeur (il aurait imaginé le premier machine à café unidose, stylo à bille, etc.), qui ne put en déposer les brevets car il était étranger, avant de gagner sa vie comme faussaire. Quant au policier qui le traque, il est joué par Un Bastien Bouillon aux registres décidément très variés, travaillé ici de l’intérieur par sa mission, pour lui vitale. Le comédien de 40 ans, qui a connu le succès en 2025 avec « Partir un jour » et un relatif échec avec « Connemara », sera encore très présent sur les écrans cette année. On le verra ainsi le 4 février dans « A pied-d’oeuvre », de Valérie Donzelli, dans le rôle d’un photographe qui connaît la dèche quand il cherche à devenir écrivain. Et il sera encore à l’affiche de trois autres films à sortir.
L’atmosphère d’une époque
Avec « L’affaire Bojarski », Jean-Paul Salomé, qui sort de deux réussites dans le registre social (« La daronne » et « La syndicaliste ») mène son affaire sans fioritures, de façon classique et solide, restituant l’atmosphère d’une époque, à la fois sombre et enthousiaste, avec le concours de formidables techniciens comme le chef opérateur Julien Hirsch. Mention très bien aussi au compositeur Matthieu Lamboley, auteur d’une bande originale obsédante qui sait accompagner le caractère entier des deux principaux personnages.
« L’affaire Bojarski », de Jean-Paul Salomé, dans les cinémas mercredi 14 janvier.

