Les films primés au Festival de Cannes 2025 sont tous sortis dans les salles entre août (« Valeur sentimentale », de Joachim Trier) et décembre (« Agent secret », de Kleber Mendonça Filho). Et presque tous ont connu un beau succès. Restait aux spectateurs à découvrir celui qui a partagé le Prix du jury avec « Sirat », d’Oliver Laxe, à savoir « The sound of falling », qui sort en France mercredi 7 janvier sous le titre « Les échos du passé ». Dans ce long-métrage (de 2h29 minutes), Mascha Schilinski raconte le quotidien d’une ferme du nord de l’Allemagne durant un siècle, de la guerre 14 à nos jours, via le portrait de quatre jeunes femmes. Cette saga intimiste impressionne, tant par le fond que par la forme.

4 générations de femmes dans « Les Échos du passé ». Photo Fabian Gamber
Les grands films restent imprimés en vous durablement. C’est le cas des « Echos du passé » qui, plus de 7 mois après la projection cannoise, continue de nous hanter avec des scènes aussi fortes que mystérieuses. Qui est cette petite fille blonde qu’on voit vivante et espiègle…et puis figée dans le temps sur une photographie (à moins qu’il s’agisse d’une autre personne, très ressemblante)? Pourquoi une adolescente semble-t-elle attirée par le suicide alors qu’elle se laisse porter par le flot d’une rivière ? Et quel est donc ce jeu étrange où, juché sur une bicyclette, il faut attraper une anguille vivante dans un fût plein d’eau ?
Femmes sacrifiées
« Les échos du passé » distille des secrets enfouis, de silences transpercés par la violence, de femmes sacrifiées de génération en génération… L’histoire commence de façon quasi muette avec une adolescente longeant un couloir sur une seule jambe, appuyée sur des béquilles. En bas, un homme l’appelle et lui hurle de « rentrer les cochons ». Elle se remet sur ses deux pieds – elle imitait son frère, amputé sur le champ de bataille… Peu après, on assiste à un repas de famille. Hommes et femmes sont engoncés dans leur tenue, lapant leur soupe. Personne ne parle : On entend les mouches voler, littéralement. Tout est dit en deux scènes sur l’incommunicabilité qui régit la vie à la campagne, sur la violence qu’on sent prête à exploser à chaque instant, sur la mort qui frappe souvent, sur cette innocence des enfants qui se fracassera très vite sur la réalité. Cette même ferme de la fin du XIXe siècle, on la retrouve dans les années 1950 et 1970 dans une Allemagne de l’Est qui n’a rien perdu de ses traditions. Et puis de nos jours pour des vacances joyeuses…qui peuvent sombrer dans le drame si on n’y prête garde.
Un travail remarquable sur l’image et le son
Avec « Les échos du passé », Mascha Schilinski, dont c’est le deuxième long-métrage (le premier, datant de 2017, est resté inédit en France), nous plonge dans un monde de sensations fortes, de regards inquiets, d’eaux troubles. Elle filme dans un format carré, comme pour mieux montrer l’enfermement physique et psychique de ses personnages, allant jusqu’à réduire encore le cadre à l’embrasure d’une porte, le montant d’une fenêtre voire un trou de serrure. Les vies sont verrouillées, les corps maltraités. La mise en scène est austère et pourtant elle arrive à rendre captivante cette sombre histoire. Le travail sur la photographie de Fabian Gamper est remarquable, celui sur le son exceptionnel (on le doit à Billie Mind et Jurgen Schulz). On passe d’une époque à l’autre dans un souffle : un craquement se fait (comme celui d’un vieux vinyle), un vrombissement s’installe. Les êtres souffrent et les corps tombent. Le bruit des mouches revient, jamais éteint.
« Les échos du passé », de Mascha Schilinski, au cinéma mercredi 7 janvier.

