L’Orchestre national du Capitole a une fois encore présenté trois concerts à l’occasion du passage vers la nouvelle année. Les mercredi 31 décembre à 20h, jeudi 1er janvier à 17h et vendredi 2 janvier à 20h, les musiques festives au programme ont réjoui une Halle aux Grains pleine à craquer de publics motivés et ravis.

L’Orchestre national du Capitole, dans sa disposition particulière, dirigé par Enrico Onofri – Photo Classictoulouse
Lors du concert du 2 janvier, les musiciens, le chef invité, l’Italien Enrico Onofri, et la soprano australienne Siobhan Stagg ont conclu cette trilogie dans l’excitation du moment. Rappelons que Enrico Onofri, natif de Ravenne, est également un violoniste spécialisé dans la musique baroque. Violon solo de l’ensemble Il Giardino Armonico, il colore sa direction d’une vivacité parfois surprenante mais toujours menée avec précision et enthousiasme. On note qu’il choisit une disposition orchestrale des instruments à cordes différente de la disposition habituelle. Si les premiers violons sont toujours placés à gauche du chef d’orchestre, les seconds violons prennent place à droite. Au centre, on trouve les altos. Les violoncelles et les contrebasses se déploient du centre vers la gauche. Cette répartition évoque celle des orchestres d’Europe centrale et de l’est.
La première partie de la soirée, consacrée à Mozart, s’ouvre sur sa Marche en ré majeur K. 335 n° 1 qui date de 1779. Composée pour la cérémonie de fin d’étude de l’Université de Salzbourg, cette pièce brille par sa complicité avec le milieu étudiant. Le chef souligne tout d’abord avec vigueur l’aspect martial de la marche initiale. Il ne se prive pas d’en épicer le déroulement de quelques clins d’œil, de détails ironiques qui donnent aux musiciens solistes de l’orchestre l’occasion de briller.
Cette première pièce s’enchaîne directement avec l’air de concert K. 217 « Voi avete un cor fedele » (Vous avez un cœur fidèle), datant de 1775. Cet air était initialement destiné à intégrer un opéra du Vénitien Baldassare Galuppi. Une pratique courante à l’époque qui répondait aux demandes des chanteurs. La grande qualité de cette partition a conduit Mozart à la séparer de l’opéra de Galuppi et à la signer de son propre nom. La soprano Siobhan Stagg place la virtuosité et la grâce de son chant au service de la comédie musicale qui se joue dans cet air.

La soprano australienne Siobhan Stagg et le chef Enrico Onofri – Photo Classictoulouse
La célébrissime Symphonie n° 40 en sol mineur K. 550 du même Mozart complète cette première partie. Le chef dirige cette œuvre de pleine maturité dans un esprit presque « baroque » : peu de vibrato des cordes, tempi vertigineux, en particulier pour le Molto allegro initial qui manque de quelque respiration. Reconnaissons néanmoins l’impressionnante précision du jeu commun. Cette conception convient mieux à l’Andante, dont la construction s’avère d’une belle transparence. Les deux derniers mouvements retrouvent cette frénésie des tempi. Le rythme soutenu du Menuet et Trio s’enchaîne avec la nervosité de l’Allegro assai final à laquelle manque peut-être un élément de souplesse. Reconnaissons la pleine cohérence de cette interprétation que l’on pourrait peut-être qualifier de « historiquement informée » !
Toute la seconde partie est consacrée à Gioachino Rossini. L’ouverture du Barbier de Séville est tout d’abord jouée avec une vitalité et une transparence réjouissantes. La direction acérée et nerveuse du chef ménage néanmoins de belles nuances dynamiques, admirablement réalisées par les musiciens.
L’air extrait de l’opéra Semiramide : « Bel raggio lusinghier » (Beau rayon séducteur) retrouve le raffinement vocal de Siobhan Stagg. La virtuosité et la musicalité de son chant mériteraient peut-être une projection vocale plus affirmée. Néanmoins les difficultés de la partition sont habilement franchies avec un sens raffiné de la ligne.

Enrico Onofri – Photo Classictoulouse
Dans les deux ouvertures qui complètent ce programme, l’esprit de Rossini pétille de tous ses feux avec les contributions chaleureuses des solistes de l’orchestre. Dans l’ouverture de L’Italienne à Alger, on admire en particulier le beau solo de hautbois de Louis Seguin et la gestion millimétrée des crescendos. L’ouverture de Guillaume Tell démarre sur un somptueux solo de violoncelle admirablement joué par Sarah Iancu. La succession des épisodes est habilement organisée, du passage spectaculaire de l’orage à celui de la frénétique chevauchée finale. Admirons également le très évocateur « ranz des vaches » dans lequel le cor anglais de Serge Krichewsky dialogue avec la flûte de Mélisande Daudet.
L’ovation que recueille cette exécution signe le retour sur scène de Enrico Onofri qui souhaite, avec l’ensemble des voix des musiciens, une très sonore « Bonne année » au public. Pour conclure cette soirée festive l’orchestre et son chef nous entraînent à Vienne avec un traditionnel « Beau Danube bleu » (An der schönen, blauen Donau, en version originale) du roi de la valse Johann Strauss fils.
Serge Chauzy
une chronique de ClassicToulouse
Orchestre national du Capitole

