Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique, un livre injustement méconnu ou simplement à découvrir.
Dictionnaire amoureux des livres et de la lecture de Pierre Assouline
Déjà auteur d’un Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature, Pierre Assouline a publié, voici quelques mois dans la même collection, un nouveau volume qui est en quelque sorte le miroir inversé – et complémentaire – du précédent puisqu’il célèbre plus particulièrement le lecteur et la lecture. Eminent critique (du magazine Lire qu’il dirigea longtemps au blog La République des livres qu’il anime depuis plusieurs années), biographe, essayiste, romancier : on ne pouvait rêver mieux qu’Assouline pour brasser des thèmes comme les livres, la lecture, ainsi qu’à travers eux la littérature et les écrivains.

Pierre Assouline © Bruno Klein
« Lire est un art de suspendre le temps. Il permet de tromper l’attente et souvent de fuir l’ennui », prévient-il dans l’avant-propos de ce dictionnaire de plus de 700 pages qui réussit, notamment par la variété des entrées et des inspirations, à ne jamais susciter l’ennui ni l’indifférence. Le secret ? Avoir « une âme de passeur, le goût de la transmission » et le désir d’explorer « les profondeurs généalogiques du continent littéraire ».
Bonheurs de lecture
Cette ambition et cette volonté de s’inscrire dans le temps long contredisent sans surprise un présent amnésique, souvent fier de son ignorance et pourtant prompt à juger (et à condamner) les œuvres, les auteurs, un passé uniquement considéré à la lueur des valeurs du moment. De fait, ce Dictionnaire amoureux des livres et de la lecture est un texte de combat et de résistance à l’heure où la lecture est en régression constante en dépit des succès des mangas ou des ouvrages de new romance, de dark romance et autres sous-produits. Et Pierre Assouline, explorateur autant dans ses biographies de référence que dans ses romans des zones grises et de la complexité, de déplorer le débat d’idées contemporain « pris en tenaille dans une double injonction identitaire entre le repli nationaliste dans ce qu’il a de plus étriqué et l’ouverture à l’Autre dans un fantasme de métissage immaîtrisé ».
Cosmopolite enraciné, lecteur sans œillères, Assouline nous invite donc à partager ses enthousiasmes, ses passions, ses réflexions, ses aversions. Le souvenir d’une interview de Woody Allen ou de Jean-Luc Godard (dont la bibliothèque abrite des auteurs inattendus) croise une rencontre avec Simon Leys dont on apprend qu’il était un fervent admirateur d’Antoine Blondin. A des hommages à des écrivains trop vite oubliés (François Bott, Eric Holder…) répondent des lectures fines de Javier Cercas ou de Patrick Modiano chez lequel l’auteur du Nageur décèle au détour d’un roman la phrase qui explique tout. Parmi les bonheurs de lecture de ce livre qui manie la légèreté et l’érudition, il faudrait encore citer une superbe évocation de Sempé, les développements sur l’art de la traduction, des portraits ciselés (d’Annie Ernaux à Philippe Sollers), une réflexion désenchantée sur la postérité littéraire ou le salut à Blondin : « On n’a jamais eu autant besoin des livres d’Antoine Blondin ; sa présence légère nous dédommage des pesanteurs de l’air du temps et de l’actualité. » On serait tenté d’adresser les mêmes compliments à Pierre Assouline.
Dictionnaire amoureux des livres et de la lecture • Plon


