L’Attachement un film de Carine Tardieu
Carine Tardieu fait peu de films. Celui sous rubrique n’est que son cinquième opus en vingt ans de carrière. Elle met du temps à les écrire et à les réaliser. Mais ce temps, pour elle, c’est celui de l’approfondissement des sentiments et des émotions dont elle pétrie littéralement sa production. L’Attachement est comme le paradigme de ce credo. Avec une Valeria Bruni-Tedeschi dans son meilleur rôle à ce jour.
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Valeria Bruni-Tedeschi (Sandra) et César Botti (Elliot) – Crédit : Karé productions
Dans cet immeuble parisien, deux appartements se font face. D’un côté, celui habité par Sandra, quinquagénaire et célibataire assumée, vivant de rencontres hebdomadaires, libraire de son état. De l’autre, un couple remarié. Elle a déjà un enfant, Elliot, 6 ans, d’un premier mariage avec David. Elle attend un second avec Alex. C’est d’ailleurs le moment. Il faut vite se rendre à la clinique. Que faire d’Elliot. Alex sonne chez Sandra qui ne peut décliner devant l’urgence et accueille le petit bonhomme. Le retour d’Alex sonne la fin d’un rêve. Sa femme vient de mourir en donnant naissance à son bébé. Il se retrouve seul avec l’enfant d’un autre et le sien. Ce drame n’est malheureusement pas exceptionnel, sans le rendre pour autant moins douloureux. Ce qui l’est davantage et qui forme l’épine dorsale et dramatique de ce film, c’est le cheminement de Sandra. Sans le vouloir vraiment, elle va devenir la maman de substitution d’Elliot. Des sentiments nouveaux pour elle vont faire leur chemin dans ce cœur farouchement indépendant. C’est une sorte de révélation. La confusion des sentiments floute les relations entre les adultes, d’autant qu’une Emilia fait son apparition dans un scénario que l’on aurait trop rapidement formaté… Porté par une Valeria Bruni-Tedeschi lumineuse, éblouissante, ce film nous parle de drame et de vie, de deuil et d’avenir, de résilience et d’incertitude. Pio Marmaï (Alex), Vimala Pons (Emilia), Raphaël Quenard (David transgressif hallucinant), le petit César Botti (Elliot totalement craquant), mais aussi dans des seconds plans fulgurants de présence : Catherine Mouchet et Marie-Christine Barrault, complètent une distribution d’une subtile virtuosité. Un film intense, avec une bande-son qui ose les silences et une caméra qui « cadre » les doutes. À ne manquer sous aucun prétexte.