Le dessinateur Floc’h et le scénariste Jean-Luc Fromental reprennent le fameux logo du magazine « Life » pour « Memento mori », petit livre profond et élégant présenté comme un « Manuel de savoir-vivre et mourir ». Y figurent, sous forme de unes imaginaires, des personnalités admirées par le duo, qui connurent la gloire, les tourments et parfois la tragédie, de Marcel Duchamp à Kurt Cobain en passant par Elsa Schiaparelli, Yves Klein, W.C. Fields et George Sanders.

« Life » fut, durant tout le XXe siècle, le plus fameux des magazines américains, modèle du genre en matière de complémentarité entre reportages de fond et photojournalisme d’exception. Complices sur plusieurs ouvrages (« Jamais deux sans trois », « L’art de la guerre (Une aventure de Blake et Mortimer) »…), le scénariste Jean-Luc Fromental et le plus british des dessinateurs français Floc’h (« Une trilogie anglaise », « Blitz »…) se retrouvent sur « Memento mori », petit ouvrage aux allures de panthéon. Le projet éditorial a en fait eu plusieurs vies. Tout commence en 1985 avec « Life », réinterprétation très chic de la couverture de l’hebdomadaire (devenu mensuel en 1972 avant de disparaître en 2000). 15 portraits de personnalités adorées figurent dans un album devenu collector, notamment Groucho Marx, Noël Coward, Alfred Hitchcock, Harold Pinter et Bob Dylan.
Des génies grignotés par les angoisses et les addictions
En 1986, la paire gagne à nouveau notre admiration avec « High Life », autre sélection de 15 artistes qui, cette fois-ci, ont brulé la chandelle par les deux bouts, prisonniers de l’alcool, de la drogue et autres penchants funestes. W. C. Fields, Billie Holiday, Judy Garland ou Elvis Presley sont quelques-unes des têtes d’affiche de cette saga aussi exaltante que tragique. Ces deux parutions quadragénaires, Floc’h et Fromental les complètent aujourd’hui avec « Life after Life », centrée sur les plus torturés des artistes, dont l’issue fatale fut provoquée par des années d’angoisse et une pente vertigineuse les conduisant au suicide. Virginia Woolf y côtoie Jean Seberg, Pierre Drieu de La Rochelle Ernest Hemingway, Diane Arbus Kurt Cobain.

« Ce que la vie nous donne et nous reprend »
Ces 45 portraits sont désormais réunis dans « Memento mori », ouvrage au format modeste mais à la puissance d’évocation immense. On connaît le trait épuré, la classe anglaise, la finesse mélancolique et parfois ironique de Floc’h. Elle se déguste ici à chaque page. Quant à Jean-Luc Fromental, il propose pour chaque personnalité une brève biographie, à chaque fois prestement tournée. Et résume ainsi le propos du livre: « Ils sont désormais 45 rassemblés dans ces pages. 45 personnages, lointains ou familiers, dont les éclairs de génie, les appels de détresse, les élans, les accomplissements, les renoncements nous parlent de ce que la vie nous donne et nous reprend, maintenant et à l’heure de notre mort. » De quoi nourrir notre plaisir autant que notre réflexion.

« Memento Mori. Manuel de savoir-vivre et mourir », de Floc’h et Fromental (Le Dilletante, 112 pages, 18 euros).

