De Toulouse à Hollywood. Le court-métrage d’animation Papillon fait souffler un vent occitan jusqu’aux Oscars. Réalisé par Florence Miailhe et coproduit par la société toulousaine Xbo Films, le film retrace le destin hors norme du nageur Alfred Nakache, survivant d’Auschwitz.
Papillon, œuvre poétique et bouleversante, plonge dans la mémoire d’un champion brisé par l’Histoire. Une histoire de nage et de mémoire qui, en quelques minutes, porte Toulouse jusqu’à la scène mondiale. Ces souvenirs sont ceux d’Alfred Nakache, l’un des plus grands nageurs français en nage papillon, passé notamment au club des Dauphins TOEC à Toulouse.
Où le voir ?
D’une quinzaine de minutes, il est disponible gratuitement sur la plateforme Arte et leur chaîne Youtube.
Le nageur d’Auschwitz
Née en 1915 à Constantine, en Algérie française, il devient rapidement une figure majeure de la natation. Plusieurs fois champion de France, il participe aux Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin.
Mais la guerre vient tout basculer. Juif, Alfred Nakache est déchu de sa nationalité par le Régime de Vichy puis arrêté et déporté à Auschwitz avec sa femme et sa fille. Elles n’en reviendront pas. Lui, oui. Après la guerre et contre toute attente, il replonge dans les bassins. Sa vie c’est nager, encore et toujours. À tel point qu’il parvient à retrouver le plus haut niveau et participe aux Jeux olympiques d’été de 1948 à Londres. Son destin s’achève tragiquement en 1983, lorsqu’il se noie lors d’une sortie en mer à Cerbère suite à une crise cardiaque. Il est aujourd’hui enterré à Sète.
Un lien personnel avec le nageur
Pour Florence Miailhe, l’histoire d’Alfred Nakache ne relève pas seulement d’une mémoire collective. Elle a aussi une résonance personnelle. Enfant, la réalisatrice prend des cours de natation à Leucate avec William Nakache, le frère du champion. À la maison, son père, ancien résistant à Toulouse pendant la Seconde Guerre mondiale, évoque souvent admirativement ce nageur. Le nom d’Alfred Nakache circule donc très tôt dans son univers.
Des années plus tard, vers 2015, alors qu’elle cherche à financer son long métrage La Traversée, l’idée lui refait surface. Papillon naît de cette envie de raconter un destin tragique sous forme de conte. Avec ce film, Florence Miailhe décroche une première nomination aux Oscars pour la 98ᵉ cérémonie ce dimanche. Une nouvelle reconnaissance pour cette figure singulière du cinéma d’animation français, déjà remarquée pour ses anciens projets.
L’animation au rythme de la peinture
Pour raconter cette histoire, Florence Miailhe utilise la peinture à l’huile sur toile. La réalisatrice a peint les décors durant l’année 2022 et accompagné par les animatrices Aurore Peuffier et Chloé Sorin, elles les ont animés pendant 6 mois en 2023. Il est coproduit par Sacrebleu Productions et la société toulousaine Xbo Films. Papillon a été financé par la Région Occitanie et Toulouse métropole puis réalisé, en grande partie, dans les studios La Ménagerie à Tournefeuille. Le film a été présenté dans plusieurs festivals :
- Berlinale 2024 en remportant l’Ours de cristal
- Festival international du film d’animation d’Annecy 2024 où il a reçu le prix André-Martin du court métrage d’animation
- Festival international du film d’animation de Stuttgart 2025 en repartant avec le Grand Prix
- Nomination aux César 2025 pour le meilleur court-métrage d’animation
Papillon est donc en lice pour l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation. Le court-métrage toulousain concourt aux côtés de Forevergreen de Nathan Engelhardt et Jeremy Spears, The Girl Who Cried Pearls de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, Retirement Plan de John Kelly et Andrew Freedman, et The Three Sisters de Konstantin Bronzit. Rendez-vous dans la nuit de dimanche à lundi pour découvrir si Papillon décroche la statuette tant convoitée et porte Toulouse sur la scène internationale.
Sacrebleu Productions • Xbo Films

© Florence Miailhe / Sacrebleu Productions / Xbo Films






