Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
La Marche sur Rome de Dino Risi
En 1962, Dino Risi enchaîne la réalisation de deux chefs-d’œuvre qui marquent la quintessence de la comédie à l’italienne : La Marche sur Rome et Le Fanfaron. Dans ce dernier, il met en scène un tandem composé de Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant dont les pérégrinations offrent en arrière-plan un tableau de l’Italie de l’époque. Dans La Marche sur Rome, le cinéaste retrace à sa manière la montée du fascisme au début des années 1920 sur les pas de deux pauvres bougres interprétés par Gassman et Ugo Tognazzi (duo qu’il retrouvera l’année suivante avec Les Monstres, la référence du film à sketchs).
1919, à Milan, Domenico, ancien combattant, mendie dans les rues en invoquant ses supposés glorieux états de service et croise la route d’Umberto, l’un de ses ex-compagnons d’armes, tout aussi démuni que lui. Ces deux déclassés s’enrôlent dans le mouvement fasciste dont le programme, aux accents sociaux et révolutionnaires, semble leur promettre enfin des jours meilleurs…

Bouffonnerie tragique
Moins de trente ans après la fin de Seconde Guerre mondiale et la chute du régime de Mussolini, Risi revient donc sur cette marche paramilitaire de 1922 vers la capitale italienne qui fut la première étape de la prise du pouvoir du mouvement fasciste. Au-delà de l’épisode, les aventures picaresques de deux chemises noires permettent d’évoquer les origines du fascisme séduisant une part des classes populaires et des plus pauvres par la radicalité d’un programme bousculant l’ordre politique, économique et social. Hélas, pour Domenico et Umberto (et tant d’autres), les désillusions vont s’enchaîner. Risi ne cache rien de la violence quasi insurrectionnelle alors à l’œuvre autant du côté des fascistes que de certains de leurs opposants (ses « héros » manquent à plusieurs reprises d’être lynchés par leurs adversaires politiques), mais c’est évidemment au fascisme (grâce à lui « même les cons se sentent forts ») qu’il s’attaque avec un humour ravageur.

Gassman et Tognazzi sont étincelants. Lâches, flagorneurs, opportunistes, naïfs : ils parviendront tout de même à un degré de conscience leur permettant d’échapper à leur funeste engagement. La bouffonnerie vire à la tragédie. Le scénario (que Risi a coécrit notamment avec le célèbre tandem Age et Scarpelli ainsi qu’avec Ettore Scola) est d’une efficacité redoutable. Cette conjonction de talents a donné naissance à un film indémodable.
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