A la fois comédie sociale et mélodrame revendiqué, « Ceux qui comptent », de Jean-Baptiste Leonetti, ose le mélange des genres et parvient souvent à nous surprendre. Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin y forment, dans des registres opposés, un duo attachant.

Sandrine Kiberlain a le blues. Pierre Lottin lui en joue. Photo Julien Panié
Une photo de promotion de « Ceux qui comptent » nous avait mis sur une mauvaise piste. Pierre Lottin y figurait aux côtés de Sandrine Kiberlain en commandant de bord, bien cintré dans son uniforme. On y voyait une évolution bienvenue dans la carrière du comédien jusqu’à lors cantonné aux p’tits gars du peuple peu expressifs mais souvent sympas. Mauvaise pioche ! Si le Jean du film se déguise en pilote de ligne bien propre sur lui, c’est pour rendre service à Rose, le personnage joué par Sandrine Kiberlain (nous n’en dirons pas plus). Sa réalité est moins brillante : il végète dans un fourgon pourri sur un parking proche d’une route. Son passé, on va le découvrir peu à peu, du bout des lèvres, car l’homme, qui survit en lavant des voitures dans un parking souterrain, est du genre taiseux. Sa rencontre avec Rose va le faire sortir de son carcan, brisant une solitude dont il semblait s’accommoder. Il tombe sur elle dans un supermarché dont elle tente de s’enfuir sans payer, le chariot rempli à ras-bord de produits chers. Rose fut une excellente cuisinière. Son hôtel-restaurant a fait faillite. Veuve, elle y survit avec ses trois enfants (une petite fille et deux adolescents) : naufragés fragiles d’un navire à la dérive…
Une force de vie irrésistible
« Ceux qui comptent » démarre à toute vitesse, à l’image de Rose, foldingue volubile dont la vitalité cache bien des douleurs. Onze ans après un improbable film d’action (« Hors de portée », avec Michael Douglas, directement sorti en DVD), Jean-Baptiste Leonetti, également scénariste, prend le temps de révéler toute la richesse de ses personnages, mélange de failles béantes et d’une force de vie irrésistible. On rit parfois, on sourit souvent, on finit par avoir la gorge serrée même si le film ressemble parfois à une voiture déglinguée qui ne cesse d’avoir des embardées. Avec la subtilité qu’on lui connaît, Sandrine Kiberlain alterne jeu énergique et moments de profonde faiblesse, héroïne finale d’un mélodrame dont elle déjoue les pièges.
Pierre Lottin se démultiplie
Quant à Pierre Lottin, il sait faire passer bien des sentiments – lassitude, incompréhension, tendresse… – d’un regard, de quelques mots bien sentis…ou en maniant le coup de poing. Certes dans un registre qui lui colle à la peau mais avec ce petit rien qui le différencie d’autres comédiens de sa génération. Et lui vaut de tourner actuellement film sur film. On l’a vu en janvier dans un rôle de voyou dans « L’affaire Bojarski », de Jean-Paul Salomé. On le retrouvera le 15 avril en concierge un peu goguenard dans « Juste une illusion », d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Et puis dans deux autres longs-métrages en 2026. Il y serait chirurgien, cadre sup’, député ou avocat qu’on serait bigrement surpris.
« Ceux qui comptent », de Jean-Baptiste Leonetti, actuellement au cinéma.

