Et si l’art et la science pouvaient se rencontrer le temps d’une exposition, et permettre à deux domaines complètement différents de dialoguer ? C’est le défi qu’ont su relever le Musée des Abattoirs – Frac Occitanie et la Résidence Edenis Caroline Baron, à Toulouse. Au cœur de ce projet, les résidents de la maison de retraite qui, depuis 2015, travaillent chaque année sur une thématique en lien avec l’art contemporain.
Plus qu’une exposition participative, cette initiative est une passerelle vers une forme de partage artistique et culturel entre artistes, personnel soignant et résidents de la structure. Pour en découvrir plus, nous sommes partis à la rencontre de Melissa Paris Julia, psychologue au sein de l’établissement, Maëlle Caubel, adjointe à la direction, Mariana Georgieva, animatrice, Marie-Thérèse Albe et Chantal Heitzmann, toutes deux résidentes, le tout sous les précisions de Thérèse Nicollon des Abbayes, en charge de ce projet aux Abattoirs.

Melissa Paris Julia, Mariana Georgieva et Chantal Heitzmann / Crédit : Lou Deneuville
Le champ des possibles, entre Art et Sciences
Depuis 2015, les Abattoirs permettent à de nombreux projets socio-culturels de voir le jour, une manière de permettre à tous les publics d’accéder à l’art. « Les Abattoirs, c’est le musée d’art moderne et contemporain de la ville de Toulouse mais aussi le fond régional d’art contemporain, les FRAC, qui interviennent sur des missions de diffusion de l’art, notamment dans des lieux qui ne sont pas initialement dédiés à la culture », affirme Thérèse Nicollon des Abbayes. « Cette collaboration est vraiment au cœur de la mission des Abattoirs, on a cette responsabilité de rendre l’art et la culture les plus accessibles possible mais aussi de sensibiliser à nos métiers, au respect de œuvres et à leur conservation », ajoute-t-elle.
Ce partenariat entre les deux structures a également permis au personnel soignant de la résidence Caroline Baron d’accompagner certains des résidents lors d’une visite, directement au musée. « Dans cette maison de retraite, nous avons une population de résidents qui ont un attrait très marqué pour l’art et la culture. C’est vrai qu’amener l’exposition directement à nous, c’est une belle opportunité mais on a aussi eu l’occasion d’amener un groupe directement aux Abattoirs pour aller voir l’exposition de Castelbajac », explique Melissa Paris Julia, psychologue au sein de l’établissement. « J’ai beaucoup aimé les manteaux volumineux et originaux, il y en avait même un fait entièrement de peluches », confie Chantal, qui faisait partie du groupe de la visite.

Exposition Castebajac / Crédit : Lou Deneuville
« Créer du lien entre résidents et avec l’extérieur »
Début Mars, après cinq semaines d’ateliers, de réflexion et de mise en place, la résidence a organisé le vernissage de l’exposition Art et Sciences. « Cette exposition a aussi pour objectif de créer du lien avec l’extérieur puisque lors du vernissage, des proches des résidents ont pu venir. On a aussi des élèves du Caousou qui sont venus voir l’expo et un partenariat avec l’AgaPei de Balma pour vraiment favoriser l’échange et le partage », affirme Melissa Paris Julia. Plus qu’un projet culturel, cet expo participative, baptisée Le champ des possibles, porte bien son nom.
À la genèse d’Art et Sciences, une réflexion commune pour déterminer quelles œuvres prendraient place dans la salle d’animation de la résidence. « Cette recherche et ce travail sur la thématique des sciences a soulevé des sujets tels que le soin, le corps, l’intimité, les mathématiques, la biologie mais aussi l’aéronautique, de par l’identité de Toulouse et le fait que certains d’entre-eux travaillaient dans ce secteur. On a aussi exploré le regard sur la nature, les animaux, notre rôle dans leur protection puis, on a réalisé une sélection d’œuvres », explique Thérèse Nicollon des Abbayes.

Crédit : Lou Deneuville
En tout, huit tableaux ont été choisis par les résidents : Test d’acuité visuelle martien, 2013, de Berdaguer & Péjus ; Sans Titre, vers 1971 par Guy de Cointet ; Salle blanche 08, 2022, par Nicolas Darrot ; Ulysses, 2002, par Nicolás Lamas ; Untitled (Jellyfish), 1997-2005, par Jochen Lempert ; Les Astronomes, 1982, par Jacques Muron ; In your brain, 2024, par Jeanne Susplugas ; Spécimen éléphantesque, étude 1, 2007, par le Docteur François Courbe.

Crédit : Lou Deneuville
« L’objectif, c’est de laisser place à son imagination »
Plusieurs étapes ont précédé la finalisation de l’exposition, notamment des ateliers qui ont régis la construction même de ce projet. « Le but des ateliers, c’était aussi de créer des débats car chaque tableau n’évoque pas la même chose à tout le monde. L’art abstrait permet cette liberté d’interprétation, ça anime des échanges donc c’est stimulant », affirme Maëlle Caubel. « Ce qui est passionnant, c’est qu’en tant qu’animatrice et aide-soignants, on voit les avis évoluer. L’aboutissement de cette exposition, le vernissage, les fiches de médiations, ça permet de développer un projet concret pour les résidents », ajoute Mariana Georgieva.
Des passions peuvent en révéler d’autres, la preuve avec Marie-Thérèse et le tableau de Nicolás Lamas : « On a un tableau qui illustre Ulysse et, étant moi-même passionnée d’histoire, ça m’a fait plaisir de pouvoir inclure ce genre de sujet dans notre expo. Même si l’on est pas adepte de l’art contemporain, ce genre de tableau permet de voyager mentalement et de décrypter les interprétations des artistes dans le monde ». Mais si certaines œuvres n’évoquent rien pour certains, il suffit parfois d’y ajouter sa touche d’originalité ! « C’était intéressant de partager notre point de vu lors des ateliers et ça nous fait travailler les méninges en quelques sortes. Avec cette exposition, on se rend compte que l’on peut tout transformer en art avec un peu d’imagination, regardez par exemple, je vois un trèfle à quatre feuilles sur cette méduse », confie joyeusement Chantal, en faisant référence à l’œuvre de Jochen Lempert.

Crédit : Lou Deneuville
L’art pour se libérer, créer, imaginer
La résidence Caroline Baron ne s’arrête pas à ce partenariat avec les Abattoirs, elle poursuit sa démarche d’inclusivité et de création tout au long de l’année avec des animations culturelles. « On organise par exemple un atelier « transmission textile » où l’on recycle des matériaux en foulards, on a aussi des cafés philo, des cercles littéraires…. On essaie de créer un maximum d’échanges, c’est la beauté de notre métier, on peut créer de la transmission autour de plusieurs sujets artistiques », affirme Mariana, animatrice.
L’exposition Art et Sciences restera en place à la maison de retraite jusqu’au 28 juin prochain. D’ici là, les résidents et les visiteurs ont encore tout le temps de débattre sur leur vision artistique des œuvres !

