À quelques kilomètres de là où il a grandi, nous avons rencontré Oscar Emch retrouvant son premier terrain de jeu. À l’occasion du Festival de Guitare d’Aucamville et du Nord toulousain, l’artiste toulousain se produira ce soir à Saint-Alban pour un concert qui sonne comme un match à domicile.
On le retrouve là où tout a commencé, ou presque. Oscar Emch revient jouer à quelques rues de ses premiers repères. Chanteur, guitariste, multi-instrumentiste et aussi réalisateur de musique, l’artiste trace son début de parcours à Lespinasse. C’est après le bac que Toulouse devient réellement son terrain de vie et de création. Il intègre la faculté de musicologie du Mirail, où il se forme, tout en suivant en parallèle le conservatoire de Montauban.

L’une des covers d’Oscar ©Thomas Fliche
Comment décrirais-tu ton identité musicale et ton travail ?
J’écris des chansons en français, avec des influences afro-américaines : soul, R&B, un peu de jazz. J’ai sorti mon premier album il y a un an, qui s’appelle Ma Voix. C’est un mélange d’influences R&B modernes, avec des sonorités parfois plus 70’s ou 80’s. À côté, je produis aussi pour d’autres artistes dans mon univers, comme Ludji, Enchantée Julia ou Prince Waly. Je suis assez multifacette.
Quelles sont tes principales influences musicales et comment ont-elles évolué ?
Ces dernières années, j’ai beaucoup écouté Daniel Caesar. Ça me parlait parce que je retrouvais une continuité avec des artistes que j’aimais déjà, comme D’Angelo ou Prince, des figures du R&B de la fin du siècle dernier et des années 2000. Chez Daniel Caesar, il y a aussi l’influence gospel, notamment sur son premier album, et ça m’a beaucoup plu. Les artistes que j’écoute ont souvent un lien avec le jazz ou ont appris la musique à l’église aux États-Unis. J’ai aussi beaucoup écouté Thundercat, qui a commencé comme jazzman avant d’aller vers une musique plus grand public avec du chant. C’est un artiste qui m’a amené à créer des chansons, alors qu’avant je faisais surtout de la musique instrumentale. Aujourd’hui, je suis un gros fan de Frank Ocean et de Brian Faiyaz. Ces dernières années, l’artiste qui m’a le plus marqué, c’est Dijon. C’est devenu mon préféré. Ça m’a permis de découvrir d’autres cultures musicales américaines et d’enrichir ce que je fais, même si je reste sur de la musique francophone avec des influences afro-américaines.
Tu as sorti ton premier album. Peux-tu nous raconter son processus de création ?
Un album, c’est un processus à part. Ce n’est pas juste une somme de chansons. C’est aussi pour ça que j’ai mis du temps avant de faire le premier. J’avais déjà fait deux EP. Le déclic est venu en travaillant sur les albums des autres en tant que compositeur. Ça m’a permis de trouver mon chemin. Un album, c’est une œuvre qu’on conçoit avec un degré d’abstraction supplémentaire. Il faut penser un tout, raconter une histoire sur une dizaine de titres. Je suis parti des thèmes que j’avais envie d’aborder plutôt que d’une recherche musicale précise. Ensuite, j’ai agrégé les idées musicales que j’avais à ce moment-là. Les thèmes, c’étaient la famille, l’amour filial, l’amour romantique, mais toujours abordés de manière positive, optimiste. Dans le R&B, il y a souvent quelque chose d’assez dramatique, sombre. Ça ne me correspondait pas forcément. Je trouvais intéressant de parler d’une rupture autrement. Qu’est-ce que j’ai appris de cette relation ? Comment construire l’après ? J’avais aussi envie de raconter des événements de mon enfance qui m’ont amené à devenir chanteur. C’est une quête qui a commencé très jeune, mais il m’a fallu beaucoup de temps. Même après avoir commencé la musique, j’ai mis du temps à me sentir légitime. Dans l’album, je parle aussi de ça. Des soucis d’élocution, des mots qui restent bloqués dans la gorge.

Cover de l’album « Ma Voix » ©Thomas Fliche
Tu as remporté le tremplin du Rose Festival. Qu’est-ce que ça t’a apporté ?
C’est un tremplin qui est arrivé au bon moment. Juste après la sortie de mon album, je venais de faire un concert à la Maroquinerie. C’était complet. J’étais sur une bonne lancée, mais je n’avais pas encore énormément de concerts. Et dès qu’on essaie de jouer dans d’autres villes, ça devient plus compliqué. J’y suis allé en me disant que c’était le dernier tremplin que je faisais. J’en avais déjà fait plusieurs, et j’en avais un peu marre. J’avais envie que ça marche sans ça. Finalement, j’ai gagné. C’était une très bonne surprise. Je me suis retrouvé à jouer au festival, devant des milliers de personnes. Il y a aussi les partenariats du Rose Festival avec d’autres festivals. Ça m’a permis de jouer à Montréal. C’était une grosse folie. C’est le plus grand voyage de ma vie. J’aimais beaucoup que ce premier grand voyage se fasse pour la musique. Sur place, ça m’a permis de rencontrer plein d’artistes que j’aime et d’accéder à d’autres cercles. C’était hyper bien.
Tu te produis au festival Guitare d’Aucamville. Qu’est-ce que ça te fait de jouer près de chez toi à Saint-Alban ?
Je trouve ça assez fou. Je ne m’attendais pas du tout à faire un concert là-bas. Saint-Alban, quand j’étais petit, c’est contre eux que je jouais au foot. C’est vraiment le coin de mon enfance. Donc je trouve ça trop bien. Je sais qu’il y aura les mères de mes potes de primaire, des gens que je connais depuis longtemps. Je pense que ça va être assez touchant. C’est un retour aux sources.
Si on devait te découvrir avec un seul morceau, lequel choisirais-tu ?
Je dirais Mumu. C’est un des morceaux les plus entraînants que j’ai faits. Il est construit autour d’une mélodie et d’un rythme de guitare. C’est un concept que j’avais envie de réussir depuis longtemps. On sent bien mon côté guitariste, parce que c’est mon premier instrument. J’avais envie de remettre la guitare au centre. C’est aussi une chanson sur ma rencontre avec mon ex. J’aime beaucoup la manière dont j’ai raconté cette histoire de façon positive. C’est un morceau important pour moi, pour ce qu’il raconte, mais aussi parce qu’il est assez accessible et solaire. Ça permet de découvrir mon univers et ce que j’ai envie de proposer musicalement.
Festival de Guitare d’Aucamville et du Nord toulousain


