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Le long chemin de la rédemption

26 Jan Publié par dans Cinéma | 1 commentaire

3 Bilboards – Les Panneaux de la Vengeance, un film de Martin McDonagh

Dans cette petite ville, au cœur d’une Amérique, profonde selon l’expression, c’est-à-dire parfaitement représentative de ce pays en train de vivre une nouvelle mutation, un drame a eu lieu, il y a quelques années. Et quel drame !

Frances McDormand devant ses panneaux

Sur le bord d’un chemin, le corps sans vie, torturé, d’une jeune fille a été retrouvé. Depuis, la Police locale enquête, sous la tutelle de son chef Bill Willoughby (Woody Harrelson, parfait comme à son habitude). Enfin, elle enquête, si l’on veut… En fait, le dossier est classé sans suite.

Ce qui bien sûr n’est pas du goût de la mère de cette pauvre fille. Or, la maman en question, Mildred (Frances McDormand, en route pour un Oscar largement mérité), est tout sauf une pauvre femme seulement éplorée. Dans sa tête, un indicible sentiment de vengeance l’anime. Elle décide même un jour de louer pour un an trois panneaux publicitaires sur lesquels elle relance vertement la Police locale. Tout sera tenté pour interdire cette action y compris balancer par la fenêtre ce pauvre publiciste sous des relents homophobes. La spirale de la violence s’empare de cette agglomération. Spirale accentuée par la suicide de Bill, en fait condamné par la médecine. Il va laisser trois lettres qui vont changer le cours de l’histoire et le cœur des héros de cette tragédie.

Pour son troisième long, ce réalisateur britannique nous cloue littéralement sur notre fauteuil tant son scénario, sa caméra et sa direction d’acteurs sont stupéfiants de précision et d’efficacité. Des seconds rôles au cordeau complètent la peinture de cette société où il ne fait pas bon être différent. Au premier rang de ceux-ci l’adjoint de Bill, Jason, pauvre bonhomme trentenaire vivant chez sa mère, un brin bas du plafond. C’est Sam Rockwell qui incarne ce personnage semblant réunir sur ses épaules tout ce que le cinéma made in USA essaie de nous dire aujourd’hui sur les heurs et malheurs de son pays. Pour les curieux mélomanes, l’air d’opéra qui est par deux fois à l’écran est extrait du deuxième acte d’un opéra allemand : Martha, de Friedrich von Flotow, dont les premières paroles sont : La dernière rose de l’été… Evidemment, il n’y a rien de moins innocent. Le film à ne pas louper ! Déjà quatre Golden Globes majeurs !!

Robert Pénavayre

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Un commentaire

  • Phullin dit :

    Dommage que vous dévoiliez l’apex du film, que le réalisateur s’était attaché à nous faire découvrir par surprise ; apex écrit dans la tradition de la tragédie grecque, revendiquée par l’auteur. Dommage également que vous dévoiliez quelques éléments clés de l’oeuvre.

    Je trouve le titre français du film totalement absurde ; je n’ai pas vu, comme vous, le moindre soupçon de vengeance dans la démarche de cette femme, de cette mère d’abord, qui veut avant tout retrouver l’assassin de sa fille. La vengeance inspire davantage le personnage de Dixon, dont la douleur lui fera commettre l’acte pour lequel on lui retire son badge.

    Le thème sous-jacent – revendiqué encore une fois par l’auteur – est plutôt la dualité ange-démon, cruauté-compassion, qui se trouve en chacun des personnages, et plus largement dans cette culture américaine, et donc en nous-mêmes. Je vois le triangle Mildred-Willoughby-Dixon, enfermant en son centre la victime et son mystérieux bourreau, comme un seul et même personnage, incarnation de l’âme humaine.


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