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Leonskaja et Sokhiev au sommet !

25 Jan Publié par dans Musique classique | Commentaires

Compte rendu concert. Toulouse, le 6 Janvier 2018. Beethoven. Schubert.Leonskaja,Sokhiev

SOKHIEV Suprématie de la musicalité et du chant.

Tugan Sokhiev et Elisabeth Leonskaja développent saison après saison une complicité artistique qui fait merveille. Le public est conquis et les medias enregistrent tant en vidéo que dans le projet d’éditer une intégrale discographique des concertos pour piano de Beethoven.

Dès l’entrée, d’Elisabeth Leonskaja un frisson parcourt l’assemblée. La Halle-Aux–Grains pleine à craquer comme rarement (près de 2200 places) retient son souffle, les cameras et les micros sont présents à l’esprit de chacun et (Oh miracle !) les tousseurs se taisent !  
Après les accords du piano d’une beauté galbée, l’introduction orchestrale est magnifique. Le Beethoven de Tugan Sokhiev nous ravit à nouveau avec cette évidence de fermeté généreuse et de simplicité. Le tempo est large, les phrasés développés avec  élégance mais sans recherche de séduction. La direction à main nue du chef ossète, qui se tient au niveau du quatuor à cordes sans estrade, semble organiser une musique de chambre plus que diriger en imposant. Les mains parlent et d’elles naît la plus belle musique qui soit. Le piano de Leonskaja est ce soir particulièrement souverain avec une capacité à chanter hors du commun. Le deuxième mouvement si original avec cette plainte déchirante du piano et les réponses inflexibles de l’orchestre est le grand moment de drame attendu. Le début pianissimo par Leonskaja permet une montée progressive vers l’émotion la plus poignante. Dialogue orphique entre le chant du piano, ici pure prière, et les instruments à cordes grondant comme un Cerbère. L’enchainement vers le Rondo joyeux final est particulièrement réussi en raison de la connexion parfaite entre le chef, la pianiste et les musiciens de l’orchestre. Cette version du sublime concerto mérite bien un enregistrement qui fera date par sa perfection formelle certes mais surtout par une musicalité partagée magnifique.
Fêtée par un public émerveillé Elisabeth Leonskaja dont l’interprétation avait été marquée par une recherche de legato et de chant offre en bis la version piano d’un sonnet de Pétrarque mis en musique par Liszt et qui en écrivit une mélodie au lyrisme aussi large que sublime.

Elisabeth leonskaja portraitLa grande Leonskaja en diva du piano nous emporte sur les ailes d’un chant souverain avec des nuances d’une subtilité sans limites.
En deuxième partie de programme l’orchestre s’étoffe pour la dernière symphonie de Schubert. Si cette oeuvre posthume a eu beaucoup de mal à gagner le succès public, elle est reconnue comme un monument par Schumann et Mendelssohn dès ses premières auditions. Sa longueur et sa densité n’en font pas encore aujourd’hui la symphonie préférée du public. Ce soir nous ne cacherons pas notre plaisir à cette interprétation marquée par une souplesse et une structuration claire qui permettent d’en déguster bien de richesses. L’avancée décidée dont fait preuve Tugan Sokhiev, la sérénité de son geste entraîne l’orchestre du Capitole dans un voyage grandiose et admirablement lumineux. Les zone d’ombres sont passagères et ce qui domine est cette solidité, parfois terrienne, mais toujours belle de la composition de Schubert en contrepoint de son mélancolique Voyage d’hiver. Ici la lumière, et même la joie la plus pure dans le final, s’exposent et nous entrainent. Les musiciens de l’orchestre sont tous engagés et développent des qualités d’écoute admirables. La beauté des couleurs et des nuances construit une riche palette que la direction du chef magnifie. Le chant se développe avec des cantilènes sublimes aux cors aux bois (le hautbois de Louis Seguin !) et aux cordes. Schubert en compositeur de Lieder adapte ces courtes formes de chant aux proportions gigantesques d’un orchestre large avec une science de l’écriture digne de Beethoven. Tugan Sokhiev encourage à chaque instant ses musiciens à chanter tout en tenant dans une main ferme un tempo plein d’assurance.
Un grand et beau moment symphonique qui clôt ce concert marqué par une certaine idée du Bonheur.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 Janvier 2018. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur Op.58. Frantz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 9 en ut majeur «  La Grande » D.944. Elisabeth Leonskaja, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Hubert Stoecklin pour Classiquenews.com

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