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En tournage avec Jean-François Stévenin

17 Jan Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Avec Le Point de vue du lapin, Yann Dedet signe un beau récit sur le tournage du premier film réalisé par Jean-François Stévenin.

Révélons le secret le mieux gardé du cinéma français : Jean-François Stévenin est l’un de nos plus grands cinéastes. Le public connaît la silhouette trapue et le crane dégarni du comédien qui a joué dans plus de cent films. On l’a vu chez Truffaut, Rivette, Mocky, Blier, Arcady, René Féret et tant d’autres. Même dans des seconds rôles, une scène ou deux suffisent à le rendre inoubliable à l’instar de sa composition ciselée pour Les Patriotes d’Eric Rochant. On sait moins que Jean-François Stévenin est également réalisateur et ses trois longs-métrages – Passe Montagne en 1978, Double messieurs en 1986, Mischka en 2001 – en font déjà un auteur incontournable. Dans ses films, il est question d’errance, de dérive, de retour aux sources, de famille, de communauté, de fraternité, de frontières, de langage, de liberté. Comme chez Cassavetes, tout semble improvisé et tout est extrêmement écrit. La poésie et l’imprévu surgissent naturellement devant la caméra de ce créateur d’images inoubliables. Le royaume de l’enfance n’est pas loin, on reprend le chemin des écoliers.

Là où gît l’esprit

Le livre de Yann Dedet, Le Point de vue du lapin, se présente comme «Le Roman de Passe Montagne». L’auteur – monteur des deux premiers films de Stévenin, mais qui travailla aussi pour Truffaut, Pialat, Manuel Poirier, Philippe Garrel ou Amos Gitaï tout en étant acteur, scénariste et réalisateur – se souvient donc de son expérience sur le premier essai de son ami. Comme il le précise en avant-propos, ce récit peut être lu avant ou après avoir vu le film car il s’agit d’abord de l’histoire d’une aventure humaine autour d’un tournage chaotique.

L’art et l’artisanat se croisent durant la longue gestation et conception de ce film tourné dans le Jura profond. Yann Dedet nous entraîne – entre immersion et recul – dans les méandres de la création. Au passage, il nous livre l’une des clés du mystère Stévenin. Comment fait-il pour saisir la vie et l’humain dans ce qu’ils ont de plus incarné ? Une piste : «grâce à son instinct il va droit au sentiment sans s’appuyer sur la raison. Il ne cherche pas le jeu prétendument juste, mais l’instant rare, grinçant, et il sait combien le faux peut être vrai. Il ne choisit jamais le bien joué ou le bien fait, mais la viande, la chair où gît l’esprit.» Dans Le Point de vue du lapin, Jean-François Stévenin se souvient, Jacques Villeret ressuscite. Lisez le livre, voyez le film.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le Point de vue du lapin, P.O.L, 153 p.


Yann Dedet et Jean-François Stévenin à Ombres Blanches

Yann Dedet évoquera son livre, en présence de Jean-François Stévenin, à la librairie Ombres Blanches le jeudi 25 janvier de 18 heures à 20 heures. À noter que Passe Montagne sera projeté ce même soir, à 21 heures, à la Cinémathèque.


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