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Sept variations

12 Jan Publié par dans Théâtre | Commentaires

Nouveau directeur du Théâtre national de Toulouse, Galin Stoev met en scène pour la seconde fois « Danse «Delhi» », d’Ivan Viripaev, avec les comédiens du Théâtre national de Bulgarie.

Né en 1969, en Bulgarie, Galin Stoev a pris ses fonctions à la tête du Théâtre national de Toulouse le 1er janvier de cette nouvelle année. Il succède donc à Laurent Pelly et à Agathe Mélinand qui ont quitté la direction du Centre dramatique national dix ans après leur nomination. Depuis ses débuts remarqués à Sofia, dans les années quatre-vingt-dix, Galin Stoev a présenté ses mises en scène partout en Europe (Londres, Leeds, Bochum, Moscou, Paris, Rome, Genève, Lausanne, Avignon, etc.) et au delà (Ottawa, etc.). En 2005, il a crée sa propre compagnie à Bruxelles ; il a tourné un film, « The Endless Garden », en collaboration avec Yana Borissova.

Parmi les rencontres déterminantes qui jalonnent le parcours de Galin Stoev, signalons son amitié avec l’auteur russe Ivan Viripaev, puis ses collaborations avec le compositeur Oscar Strasnoy – notamment pour la création mondiale de son opéra « Geschichte » au Theaterhause de Stuttgart et au Teatro Colon de Buenos Aires. Il a également enseigné au St Martin’s College of Art and Design de Londres, à l’Arden School de Manchester, aux conservatoires nationaux de Ljubljana et de Sofia. Au cours de son premier mandat au TNT, d’une durée de quatre ans, Galin Stoev mettra en œuvre le projet pour lequel il été choisi, avec notamment la mise en place d’un incubateur créatif destiné à l’accompagnement des jeunes artistes.

C’est avec un texte d’Ivan Viripaev que le public toulousain découvrira l’univers de ce metteur en scène tourné vers l’Europe, qui vit entre Bruxelles, Paris et Sofia. Celui qui a mis en scène à la Comédie-Française les pièces de Spiro Scimone, Hanokh Levin, Corneille, Marivaux et Molière entretient un compagnonnage étroit avec Ivan Viripaev dont il a monté quatre textes. Après « les Rêves », « Oxygène » et « Genèse n°2 » (présentée au Festival d’Avignon en 2007), il vient en effet de créer au Théâtre national de Bulgarie une nouvelle mise en scène de la pièce « Danse «Delhi» », œuvre qu’il avait déjà approchée en 2011 au Théâtre de la Colline, à Paris, et au Théâtre de la Place, à Liège. «Même si je connais de mieux en mieux son univers, il continue de me surprendre. Il y a toujours un dialogue entre nous. Dans un certain sens, nous avons grandi ensemble, lui dans son écriture et moi dans mon travail de metteur en scène», assure Galin Stoev à propos de Viripaev.

« Danse «Delhi» » se présente sous la forme de sept brèves pièces en un acte, comme autant de variations poétiques autour du même motif. Chaque récit est situé dans une salle d’attente du même hôpital et débute par l’annonce d’une mort, avant de s’achever par la signature de l’acte de décès. Selon Galin Stoev, «par ses allers-retours constants entre mélodrame et vaudeville, entre art et réalité, « Danse «Delhi» » embrasse toutes les contradictions irréconciliables de la vie et du théâtre. Cette pièce nous parle avant tout de libération». Un leitmotiv ressurgit tout au long de l’œuvre : l’évocation d’une mystérieuse danse du nom de «Delhi» mentionnée par plusieurs personnages qui l’ont contemplée.

Galin Stoev, qui a signé la traduction bulgare du texte, prévient : «Quand j’ai monté le spectacle à La Colline, on était dans la petite salle, car on peut lire cette pièce comme une musique de chambre. Au Théâtre national de Sofia (photo), j’aborde le grand plateau et, tout d’un coup, le texte commence à résonner différemment. Dans mon travail, j’essaie de mélanger des choses qui, normalement, ne se mélangent pas et de voir quelle sera la réaction chimique et émotionnelle de tout ça. Comme des bribes de vie, de traditions, d’expériences des différents pays où j’ai vécu. À travers ces expériences, j’ai réussi à faire ressortir quelque chose d’essentiel qui peut lier toutes ces pratiques artistiques et produire encore plus de sens, créer des espaces de réflexion ou de ressentis. Je joue avec cette alchimie des différentes traditions, différentes langues dans ma pratique de metteur en scène : en mélangeant un texte russe avec des comédiens bulgares qui vont jouer devant un public français. « Danse «Delhi» » est peut-être l’une des pièces les plus mûres d’Ivan Viripaev. Il arrive à concilier le plus d’extrêmes possibles. Il parle de thèmes graves et importants comme la mort ou la souffrance dans le monde. Il réussit à trouver un langage, une manière de s’exprimer qui est digne de correspondre à ces thèmes, tout en restant très ludique. C’est ce qui rend son écriture profondément théâtrale. La mécanique du jeu est inscrite dans la manière dont il écrit les phrases.»

Jérôme Gac
une chronique du mensuel Intramuros


Jusqu’au 20 janvier, au TNT,
1, rue Pierre-Baudis, Toulouse.
Tél. : 05 34 45 05 05.

« Danse Delhi » ©
Guergana Damianova

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