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Voir ou revoir Police fédérale, Los Angeles

11 Déc Publié par dans Cinéma | Commentaires

Le film culte du réalisateur de French Connection et de L’Exorciste ressort en version restaurée, Blu-ray et DVD, dans un coffret ultra collector comprenant de nombreux bonus et un livre consacré au cinéaste.

En 1985, quand sort en salles Police fédérale, Los Angeles, William Friedkin est au creux de la vague. Figure de proue du «Nouvel Hollywood» avec De Palma, Scorsese ou Coppola, le cinéaste a mis les grands studios à ses pieds la décennie précédente avec French Connection en 1971 (énorme succès mondial et cinq Oscars au compteur) puis avec L’Exorciste (autre gigantesque succès) deux ans plus tard. Friedkin est tout-puissant, intouchable. On lui passe tous ses caprices, ses folies, notamment lors de son projet de très libre remake du Salaire de la peur de Clouzot. Le Convoi de la peur (Sorcerer en VO), pour lequel se sont associés la Paramount et Universal, connaît un tournage aussi long qu’apocalyptique, notamment en République dominicaine, et dépasse allègrement le budget. Mais le pire est à venir : le film, qui sort aux Etats-Unis en juin 1977 en même temps que La Guerre des étoiles, est un four absolu. Plus tard, Friedkin confiera à propos du succès du film de Georges Lucas : «Il s’est passé avec ce film ce qui s’est passé quand McDonald est arrivé : le goût pour les bonnes choses s’est mis à disparaître. Il s’en est suivi une période de régression terrible. Et elle continue. Nous sommes tous tombés dans le trou.»

William Friedkin ne retrouvera jamais son statut ni de réel succès public, ce qui ne l’empêchera pas de signer quelques noirs joyaux comme La Chasse (Cruising) en 1980, Le Sang du châtiment en 1987 ou Killer Joe en 2011 – sa dernière réalisation en date. Curieusement, accablés d’indifférence ou de mépris par la critique durant les années 80 et 90, nombre de ses films vont être reconsidérés à partir des années 2000 et Friedkin accéder au rang d’auteur. Ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient des tombereaux d’injures (réac, raciste, fasciste…) que la presse bien-pensante lui réserva comme elle le fit avant lui pour Sam Peckinpah ou Clint Eastwood.

Vivre et mourir à Los Angeles

Lors de sa sortie en France, en mai 1986, quelques mois après les Etats-Unis, Police fédérale, Los Angeles (dont le titre original, To Live and Die in L.A., reflète mieux la tonalité crépusculaire) n’échappa pas à la condescendance de la critique institutionnelle voyant là une série B influencée par le clip. Pourtant, au fil ans, Police fédérale va devenir un film culte comme en témoigne aujourd’hui sa prestigieuse édition dans un coffret ultra collector sous forme d’album-livre chez Carlotta Films. Le point de départ du scénario ne surprend guère : à quelques jours de la retraite, un inspecteur est abattu alors qu’il s’apprêtait à arrêter un faux monnayeur. Son jeune coéquipier, Richard Chance, décide par désir de vengeance de reprendre la traque du faussaire et entraîne dans sa quête son nouveau partenaire…

Willem Dafoe

L’une des singularités de ce film noir réside dans sa vision de la «Cité des anges». «Je voulais un film dans lequel la ville serait dépeinte comme un immense terrain vague gangrené par la violence et le cynisme sous un soleil brûlant.», déclara Friedkin. De fait, on découvre cette ville comme on ne l’avait jamais encore vue au cinéma : zones industrielles, voies ferrées, centrales électriques, fourrières, zones portuaires… À ces décors (que la saison 2 de True Detective – série fortement imprégnée de l’univers de Friedkin – se réappropriera) répondent des lieux (boîtes de nuit, luxueuses villas, atelier…) reflétant le monde de Rick Masters (premier rôle important de Willem Dafoe), à la fois artiste peintre et faussaire de génie, dont la beauté magnétique, vaguement androgyne, crée d’emblée un sentiment de malaise. Face à lui, William Petersen (première apparition au cinéma) campe un flic au bord de la rupture, une tête brûlée.

Simulacres

Police fédérale, Los Angeles rassemble les motifs de prédilection de Friedkin : le Mal, le double, les masques… Parabole sur le mensonge, le film accumule les simulacres, les fausses identités, le commerce des apparences au premier rang desquelles les faux billets, conçus par Masters avec une précision d’artiste, qui seront pour les personnages la raison de vivre et de mourir à Los Angeles. De la musique synthétique du groupe Wang Chung à la photographie de Robby Müller (chef-opérateur attitré de Wim Wenders) qui effectue d’étonnantes variations (orange, bleu, vert, rouge) en passant par le montage, Police fédérale impose une signature formelle inoubliable.

William Friedkin se joue des codes, s’autorise toutes les audaces, filme une poursuite de voitures encore plus impressionnante que celle de French Connection, scrute les visages, déploie une violence sèche. À signaler parmi les très nombreux bonus de cette édition (plus de quatre heures de suppléments) les témoignages du réalisateur, de William Petersen, du groupe Wang Chung ainsi qu’une fin alternative pour le moins surprenante. Bref, à voir et à revoir.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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