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Tous les états du texte

02 Déc Publié par dans Festival, Musique, Théâtre

Entretien avec Charles Robinson, romancier en résidence d’écriture au Théâtre Le Vent des Signes et invité du Festival Insolite MusiqueMots, manifestation dédiée aux formes hybrides et performatives.

Le lecteur

«Je suis romancier, j’écris des textes qui ont plutôt vocation à être insérés dans un livre. Seul le livre offre une liberté totale au lecteur pour construire son aventure à l’intérieur du texte : retenir les thèmes qui l’intéressent, lire lentement ou rapidement, etc. Mais à partir du moment où on est sur des textes exigeants, des écritures un peu inhabituelles et peu orthodoxes, ce type de livres touche des gens issus de milieux plutôt privilégiés, des gens diplômés, qui vivent en ville, etc. Ce qui est terrible c’est que les gens qui lisent peu sont très à l’aise avec mes textes qui ne respectent pas les formes classiques. Pourtant, il y a très peu de chances sociologiquement que ces gens soient en contact avec mes textes. J’avais donc besoin d’un autre espace et une autre occasion pour opérer cette rencontre entre des individus et ces textes.»

La rencontre

«Avec le théâtre Le Vent des Signes, nous nous intéressons avant tout à la question : “qu’est-ce que c’est d’être ensemble ?”. “Les Hospitalités” invitent à la fois le public et un artiste que je ne connais pas pour lui proposer un climat de lecture, une tonalité. Ce sont des créations que je pourrais peut-être qualifier de pop-up – si on prend le terme non pas de manière péjorative mais dans sa dimension joyeuse – parce qu’elles sont le fruit de très peu de temps de répétitions. C’est un exercice intéressant parce qu’on est presque comme deux chats qui se rencontrent pour la première fois et qui doivent se décrypter, repérer comment l’autre fonctionne et avec quoi il sera possible de jouer. On invente une forme éphémère à partir d’une proposition de texte et une tonalité que j’apporte. Chacun vient avec ses outils, on jette tout en vrac et puis on teste ce qui se répond, ce qui accroche. Et, à partir de là, j’écris un texte. Pour moi, il ne s’agit jamais de demander à un artiste d’illustrer mes textes. Le texte est clairement une occasion de rencontre, ce qui permet de le transformer radicalement. Le plus bel endroit où je peux déployer la plénitude du sens est le livre. La phrase la plus précise est dans livre car je n’y ai pas le risque de l’imperfection du live. Ce qui m’intéresse est d’aller chercher d’autres états pour la littérature, où le texte peut être radicalement transformé. Avec le guitariste Michel Cloup, il est évident que par moment le texte sera avalé par la puissance sonore. L’intérêt sera de voir comment les mots joueront au surfeur sur ces vagues, comment ils seront engloutis parfois par la vague, comment ils passeront sur la vague, comment ils joueront dans la vague. Tous ces jeux-là sont très précieux pour un écrivain.»

Le texte

«Romancier, j’imaginais le livre comme unique espace pour les mots, et ce qui n’est pas dans le livre disparaît. Aujourd’hui romancier et performeur, je me retrouve devant de multiples possibilités pour le texte : un même espace de littérature vit à travers des variantes. Quand je fais des lectures performées, j’utilise des textes qui sont dans le livre que je réécris pour l’occasion, j’utilise aussi beaucoup de choses qui ne sont jamais entrées dans le livre. Il y a même des passages que je choisis de ne pas insérer dans le livre parce que je juge qu’il sera plus intéressant de les travailler sur des formes extérieures (live, littérature numérique ou vidéo). Cette multitude de possibles permet aussi de travailler une même page à des régimes différents. Le premier roman que j’ai publié, « Génie du proxénétisme », a été adapté pour la scène par le Groupe Merci à Toulouse. Je découvrais alors l’hypothèse que ce que j’avais imaginé comme roman puisse devenir autre chose. J’écris aujourd’hui une pièce pour raconter la suite de ce roman. La performance présentée dans la cadre du Festival Insolite MusiqueMots avec le compositeur de musique électronique Jacky Mérit sera une lecture des prémices de cette pièce. Les rencontres proposées au cours du festival recouvrent des climats différents, il y a donc un champ d’expérimentation très ouvert.»

Propos recueillis par Jérôme Gac
le 9 novembre 2017, pour le mensuel Intramuros

F/MM[+], jusqu’au 9 décembre.

«Les Hospitalités» :
mercredi 6 décembre, 20h00,
à la Maison Salvan
,
1, rue de l’Ancien-Château, Labège ;
samedi 9 décembre, 19h00,
au théâtre Le Vent des Signes
.

«Urgence[s]» :
« Génie du proxénétisme 2 »,
samedi 8 décembre, 20h00, etc.
Au théâtre Le Vent des Signes
,
6, impasse de Varsovie, Toulouse.
Tél. : 05 61 42 10 70.

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