Close

La Bible d’Or

11 Nov Publié par dans Littérature | Commentaires

Retour sur des lieux emblématiques de la ville et de sa mémoire.

Rarement un lieu a été aussi indissociable de la personne qui l’animait. En l’occurrence, La Bible d’Or c’était Georges Ousset qui la tint des années cinquante jusqu’au début des années 2000 avant sa disparition en 2003. Plusieurs générations de toulousains, ont appris à lire grâce à la librairie sise au 22 de la rue du Taur. Parmi ceux-là, nous n’en citerons que deux : Christian Thorel (qui n’a jamais oublié de rendre hommage à Georges Ousset) et le regretté Bernard Maris. On croisait dans cette minuscule échoppe, où un geste distrait pouvait faire tomber une pile de livres en équilibre, des universitaires, des érudits locaux, des étudiants et surtout toute une faune d’originaux venant converser avec le maître des lieux.

Car La Bible d’Or tenait autant de la librairie que du salon littéraire et du cabinet de curiosités. La renommée de l’endroit et de son propriétaire dépassa rapidement les murs de la ville. Outre ses amis écrivains vivant à Toulouse (José Cabanis, Kléber Haedens), Georges Ousset recevait souvent la visite de ceux attirés par la réputation de ce libraire hors du commun. Quand il n’aimait pas leurs livres, il faisait semblant de ne pas les reconnaître… Nous ne citerons pas les noms. Ce n’était pas le cas lorsque Roger Nimier passait la porte.

«Comment ? Vous n’avez pas lu cela ?»

Réfractaire à tous les conformismes et aux endoctrinements, allergique au roman engagé et au Nouveau roman, Georges Ousset plaçait très haut André Fraigneau, les Hussards, Aragon, Abellio, Jules Renard, Dumas, Balzac ou Bernanos tandis que les maîtres de la Série Noire n’avaient pas de secrets pour lui. Impossible de ne pas évoquer Le Maître et Marguerite de Boulgakov dont il se fit l’inlassable passeur au point d’en écouler des milliers d’exemplaires au fil des ans et d’attirer l’attention d’un jeune journaliste de l’ORTF du nom de Bernard Pivot. Les nouveaux talents ne lui échappaient pas et il repéra dès leurs débuts Jean Rolin, Patrick Besson, Eric Neuhoff ou Frédéric Berthet. À la fin des années 90, on trouvait encore des éditions originales des Carnets de Montherlant publiés dans l’immédiate après-guerre à La Table Ronde. Le prix étant en anciens francs, la conversion se révélait favorable à l’acheteur.

Quand on entrait dans La Bible d’Or, il n’était pas rare d’en sortir avec un tout autre livre que celui que l’on était venu chercher. «Comment ? Vous n’avez pas lu cela ?», lançait monsieur Ousset en levant les yeux au ciel. D’autres fois, il vous glissait précautionneusement entre les mains un James Hadley Chase tel un talisman en chuchotant : «Vous le paierez si le livre vous plait…». Il y avait de l’acteur chez cet homme qui prenait des mines faussement effarouchées pendant qu’il distillait quelques insolences.

Monsieur Ousset ressemblait à un moine qui aurait été défroqué pour avoir trop fréquenté ce l’on appelait «l’enfer» des bibliothèques. Cependant, La Bible d’Or avait tout d’un petit paradis. C’était un lieu de transmission, de mémoire et de partage, hors du temps et de fait assez éternel.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante


Retour sur des lieux emblématiques de la ville et de sa mémoire

Toutes les chroniques : On connaît la chanson…

Toutes les chroniques : Toulouse, d’hier à aujourd’hui

Toutes les chroniques : Connaissez-vous…


 

Partager : Facebook Twitter Email

 


Christian Authier Plus d'articles de