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C’était Lautner

26 Oct Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Une réédition augmentée du livre d’entretiens de José-Louis Bocquet avec Georges Lautner. Toute une époque…

«Lautner est le compagnon incontournable de plusieurs générations de spectateurs, celles qui l’ont suivi dans les salles et celles qui ont grandi devant la télévision. Un compagnon familier mais presque clandestin. On connaît ses films sans reconnaître Lautner», écrit José-Louis Bocquet à propos du réalisateur des Tontons flingueurs, film, devenu culte au gré des rediffusions télévisées, qui occupe une place à part dans la patrimoine cinématographique national.

Inoubliables Tontons

Il faut dire que les talents ne manquèrent pas devant la caméra : Lino Ventura, Bertrand Blier, Francis Blanche, Robert Dalban, Jean Lefebvre, Claude Rich… Puis, il y avait les dialogues de Michel Audiard qui crépitaient, tantôt croquants comme des conversations de bistrots («Les cons ça ose tout ! C’est même à ça qu’on les reconnaît», «On ne devrait jamais quitter Montauban»), tantôt aussi limpides que des aphorismes ou des moralités Grand Siècle («Les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse», «Les jolies filles en savent toujours trop»). La tirade de Raoul Volfoni campé par le génial Bertrand Blier («J’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quat’ coins d’Paris qu’on va l’retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop j’correctionne plus : j’dynamite, j’disperse, j’ventile.») ou l’inoubliable scène de la cuisine (beuverie autour du «vitriol», une «boisson d’hommes» au goût de pomme et de betterave propice à rallumer les feux d’une nostalgie virile) font partie de ce que notre cinéma populaire a eu de meilleur. Nulle surprise à ce que l’on retrouve dans cette fable comique sur le pouvoir et la légitimité, dans ce récit d’une succession et d’une régence des références à Charlemagne, l’archiduc d’Autriche, l’Occupation, la Résistance, la bataille de Stalingrad, l’Indochine, la Guerre Froide et la Détente, le FMI, l’usage du référendum et le budget de l’Elysée.

José-Louis Bocquet

Lautner, ça existe

Pour autant, il serait injuste de réduire Lautner (une quarantaine de longs-métrages au compteur) aux seuls Tontons. José-Louis Bocquet évoque les autres comédies marquantes du cinéaste (Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas, Le Pacha, Laisse aller, c’est une valse…), les films avec Delon et Belmondo, mais aussi des œuvres méconnues comme La Route de Salina, sorti en 1970, où il dirigea Rita Hayworth. Manière de biographie buissonnière richement illustrée, Conversations avec Georges Lautner parcourt la vie et la carrière de celui qui fut des jeunes gens manifestant contre l’occupant et Vichy sur les Champs-Elysées le 11 novembre 1940. Plus tard, Lautner fit tourner Mireille Darc (douze films), sa mère (Renée Saint-Cyr) ou Robert Mitchum (dans Présumé dangereux en 1989). Sabine Azéma et Roland Giraud débutèrent devant sa caméra. Les écrivains Pascal Jardin et Didier van Cauwelaert collaborèrent avec lui.

On croise aussi certains des fidèles collaborateurs du réalisateur : le directeur de la photographie Maurice Fellous, le cascadeur Henri Cogan… On apprend que Stan Getz et Chet Baker jouèrent respectivement sur les bandes originales de Mort d’un pourri et de Flic ou voyou. Georges Lautner est mort en 2013 à l’âge de 87 ans. Cet artisan doué qui ne se prenait pas pour un artiste disait : «Ce n’était pas une façon de filmer que je cherchais mais une manière de raconter. Un ton.» Il méritait ce bel hommage. On laissera le dernier mot à Michel Audiard : «Lautner, ça existe. Voilà.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Conversations avec Georges Lautner, La Table Ronde, 335 p.

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