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Le prix s’oublie, la qualité reste

23 Oct Publié par dans Littérature | Commentaires

Dans Le Déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus reconstitue la remise du prix Nimier au jeune Patrick Modiano le 22 mai 1968.

Mai 1968 : la France est en ébullition. À Paris, les «enragés» élèvent des barricades. Le fond de l’air est rouge au Quartier latin. Même les palaces de la capitale sont remués par la fièvre insurrectionnelle. Au Meurice aussi, le petit personnel gronde. Cela n’empêche pas quelques traditions de se maintenir. Ainsi la remise du prix Roger-Nimier qui donne lieu à un déjeuner autour de Florence Gould, la milliardaire mécène du prix. Lors de cette cinquième édition du Nimier, c’est un jeune homme de vingt-deux ans qui va être couronné : Patrick Modiano. Son premier roman, La Place de l’Étoile publié chez Gallimard et préfacé par Jean Cau, ressuscite avec insolence quelques fantômes de l’Occupation et de la collaboration encore si proches.

Le Déjeuner des barricades est le récit de cette journée particulière vue par plusieurs personnages. Maîtres et domestiques, notables et anonymes : le canevas est bien connu. Des portes claquent, le champagne coule, on s’active dans les coulisses, des bons mots fusent, des drames ne sont pas toujours évités. Le casting est impressionnant (outre Gould et Modiano, on croise Paul Morand, Jacques Chardonne, Antoine Blondin, Marcel Aymé, J. Paul Getty, Salvador Dalí…), les seconds rôles ne sont pas oubliés (Jacques Brenner, Paul Guimard…), mais le plus souvent ces personnages sont réduits à des silhouettes.

La reconstitution est scolaire, soignée (malgré des erreurs : Denis Huisman – et non Philippe – fut l’un des instigateurs du prix Nimier), plombée par des répétitions («il redoute que le personnel des hôtels, dans ses uniformes impeccables, finisse par devenir bien plus élégant que les clients qui y descendent» page 59 ; «les femmes du monde porteront bientôt les mêmes guenilles que les étudiants révoltés ; et son successeur à la conciergerie sera mieux vêtu que les clients qu’il renseignera» page 96 ; «Elle dispose de huit millions de dollars par an» pages 54 et 69). Au final, avec ses grosses coutures et ses plis, Le Déjeuner des barricades évoque un produit conçu pour les prix littéraires. Au moins le prix Nimier.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le Déjeuner des Barricades, Grasset, 231 p.

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