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Premier éblouissement : La Chanson des Vieux Amants – Jacques Brel

16 Sep Publié par dans Musique | Commentaires

Dis-Moi Que Tu M’aimes – Assumant pleinement son sentimentalisme, Culture 31 se passionne pour les chansons d’amour : ceux qui les susurrent et ceux qui les écoutent.

C’est sur l’album Brel 1967, publié l’année éponyme, que paraît La Chanson des Vieux Amants, collaboration entre Jacques Brel et le pianiste Gérard Jouannest.

Impossible d’imaginer évocation plus profonde, plus bouleversante de l’amour invincible malgré le temps, les tempêtes et les manques.

Brel y démontre le talent rare qui distingue les simples auteurs des grands écrivains : la capacité d’incarner un sentiment dont tout on ignore.

Car le Grand Jacques n’use pas sa vie dans son art qui, au contraire, lui sert de rectificatif.

Il l’affirme déjà quand paraît Ne me quitte pas: « C’est l’histoire d’un con et d’un raté. Rien à voir avec une femme. »

Puis quelques années plus tard, après la sortie de La Chanson des Vieux Amants : « On raconte ce qu’on rate. On raconte ce qu’on n’arrive pas à faire. C’est un phénomène de compensation. »

« Un homme passe sa vie à compenser son enfance. Un homme se termine vers seize, dix-sept ans. Vers seize, dix-sept ans, un homme a eu tous ses rêves. Ils ne les connaît pas, mais ils sont passés. Ils sont passés en lui. Je crois qu’à dix-sept ans, un homme est mort. Ou il peut mourir. Je sais que moi, j’essaie de réaliser les étonnements, plutôt que les rêves, les étonnements que j’ai eu jusqu’à vingt ans. Les hommes ne sont malheureux que dans la mesure où ils n’assument pas les rêves qu’ils font. »

En tête des étonnements qui le dévorent se trouve l’Amour Absolu, qu’il doute de pouvoir partager un jour : « J’ai jamais très bien compris. J’ai parfaitement conscience d’être passé à côté de quelque chose toute ma vie. Je n’en suis pas fier du tout. Je crois que j’aime trop l’amour pour beaucoup aimer les femmes. Les femmes sont toujours en-dessous de l’amour. De l’amour dont on rêve. Et comme je suis un peu romantique, ou sentimental, la femme est un peu à côté de l’amour. A côté du rêve que j’ai. »

Jacques Brel, qui souffre de se croire laid et collectionne les conquêtes, écrit un soir d’après-concert à Thérèse Michielsen, son épouse, éditrice et mère de ses trois enfants : « Tu mériterais surtout plus d’amour, ma Mie, alors que je n’arrive qu’à te donner toute la gentillesse et la tendresse dont je suis capable. Cent fois, j’ai attendu de toi une phrase me disant que tu aimerais mieux me quitter, mais peut-être es-tu moins malheureuse que je me l’imagine. Peut-être aussi n’as-tu pas, comme moi, ce double besoin de brûler en amour et qui tue certains hommes ? »

Anticlérical convaincu, le plus grand interprète francophone qui revendique « une abominable envie d’aimer » aura, pour l’assouvir, construit son œuvre telle une religion sans idole, et conçu des textes comme des cathédrales prouvant, bien avant Bob Dylan, que les chansonniers aussi peuvent prétendre au Prix Nobel de littérature.

Eva Kristina Mindszenti


La Chanson des Vieux Amants

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